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Frédéric Durand | L’humanité du 28.11.2007

« Nous n’excluons pas de passer les usagers au tarif réduit »

vendredi 30 novembre 2007 par Frédéric Durand
Les salariés de l’énergie suivent les négociations et déterminent leurs actions avec en permanence à l’esprit le souci du public.

Le coeur économique de la métropole lilloise, Euralille, vaste plate-forme flanquée de grands immeubles où se mêlent bureaux, centres commerciaux et gares, a failli être, hier, totalement privée d’électricité à l’heure de la pause déjeuner. « Vue la configuration du réseau cette action aurait également touché des ménages, ça n’est pas ce que nous voulions », commente un délégué syndical d’EDF. C’est finalement une zone commerciale à l’extérieur de la ville qui sera la cible des salariés de l’énergie. L’anecdote en dit long sur l’état d’esprit qui règne aujourd’hui au sein de la profession. « Nous nous questionnons sur le type d’actions à mener, nous sommes conscients de l’antagonisme que l’on tente de créer entre nous et les salariés du privé. Nous n’excluons pas de faire passer tous les usagers en heures creuses pendant plusieurs jours si les négociations tournaient mal » prévient Laurent Langlard délégué CGT du site. En attendant on tient à jour le calendrier, encore huit

réunions, avec les directions et les

représentants de l’État, avant le 20 décembre, date qui doit clore les discussions. On édite « un journal des négociations » informant à chaque étape l’ensemble des salariés. 2 500 sont concernés sur la métropole dans 40 services ou unités couvrant l’ensemble du territoire. « Mon frère à GDF essaie de vendre de l’électricité à ses clients, moi à EDF je dois vendre du gaz aux miens, on doit leur signifier que s’ils veulent conserver un tarif régulé ils doivent se servir en énergie exclusivement chez l’un ou l’autre ! C’est incroyable, on sépare les entités pour les mettre en concurrence », s’énerve un salarié.

Le statut spécifique des agents de l’énergie, qui date du 22 juin 1946, devait protéger le secteur et ses employés des appétits du privé. La fusion GDF-SUEZ et les nouvelles stratégies concurrentielles désorientent des salariés viscéralement attachés à leur mission de service public.

En outre, le passage aux 40 annuités, vitrine de la réforme du gouvernement Sarkozy, se heurte ici au « décret 50/54 » qui oblige l’employeur à mettre en retraite à cinquante-cinq ans tout agent ayant vingt-cinq ans de service dont quinze ans de service actif (période de travaux reconnue pénible).

Les syndicats demandent l’abrogation du texte qui les pénaliserait lourdement en décote en cas d’allongement à quarante ans de la durée du travail.

« Le coût de nos retraites était prélevé sur le compte d’exploitation de l’entreprise jusqu’en 2004, c’est là que nous reversions nos cotisations et il n’y avait aucun problème. Ensuite, il y a eu séparation des comptes, mais si les salariés ont continué à verser leur part de 12 % dans la nouvelle caisse, la cotisation patronale, elle, a chuté à 7,85 %, la différence est allée dans la poche des actionnaires », se souvient Laurent Langlard.

« Aujourd’hui les jeunes dans l’entreprise semblent prêts à des actions beaucoup plus dures, certains veulent " mettre la France dans le noir ", sans aller jusque-là, nous espérons démontrer que nous sommes indispensables au fonctionnement de l’entreprise », conclut le syndicaliste.

30 % des agents seulement partent aujourd’hui en retraite à cinquante-cinq ans, la limite de la rémunération n’allant pas au-delà de 75 % du salaire, la plupart restent au travail, mais comme le note un ancien salarié d’EDF, « après cinquante-cinq ans, difficile de grimper encore à un poteau ». C’est sans doute, par cette catégorie-là que l’issue des négociations sera la plus attendue.

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