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Un aarticle de Yves Miserey paru dans Le Figaro du 2 février 2006

Nouveau cap pour les déchets radioactifs

jeudi 2 février 2006 par Yves Miserey

PAS QUESTION de descendre à plus de huit personnes. D’abord parce que l’ascenseur de chantier type années 60 est minuscule. Mais aussi pour des raisons de sécurité : en cas d’incendie, la zone refuge en bas est exiguë, elle aussi, et ne peut pas accueillir plus de monde. La descente dure plusieurs minutes. Serrés comme des sardines, les journalistes se regardent en silence, la boîte à oxygène accrochée à la ceinture. Jack-Pierre Piguet, le directeur du laboratoire de l’Andra (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) et le responsable de la communication, rassurent tout le monde. « Il va falloir finir le reste de la descente par des échelles verticales. Ceux qui ont le vertige feront mieux de ne pas regarder en bas. »

A 490 mètres sous terre, les galeries sont tapissées d’argile grise, dure comme du béton. Cette épaisse couche du Callovo-Oxfordien s’est formée il y a 155 millions d’années. « Elle est stable depuis 20 millions d’années, depuis que les Alpes ne bougent plus », explique Jack-Pierre Piguet.

« Front scientifique » : indique un panneau en carton. Il y a beaucoup d’expériences le long des parois. Ici, une sonde thermique plantée dans la roche mesure la déformation et la pression occasionnée par la chaleur. Là, une expérience de diffusion dans la roche d’une solution de substances faiblement radioactives. Un peu plus loin, une saignée remplie de bentonite qui pourrait permettre de boucher les alvéoles destinées à recevoir les déchets hautement radioactifs, si le stockage géologique était choisi comme solution. Plus de 30 000 carottes d’argile ont été prélevées depuis les premiers repérages en 1992.

Argile et calcaire

« On fait des tests de microfissuration de la roche pour voir si la perméabilité est modifiée », explique le directeur du laboratoire. La façon dont circule l’eau est décisive car si on enferme un jour des combustibles hautement radioactifs à vie longue dans des alvéoles, il faut éviter que l’eau remonte la couche d’argile et affleure au-dessus dans le calcaire. « Ça paraît sec dans la galerie, mais en fait la roche est gorgée d’eau », souligne Jack-Pierre Piguet. On estime qu’au bout de cinq ans après leur dépôt, les colis vitrifiés seront complètement noyés dans l’eau à l’intérieur des alvéoles.

Bure est aujourd’hui à un tournant. Le plus gros des recherches sur la nature de la roche a déjà été mené. La prochaine étape est suspendue aux décisions du Parlement, qui discutera dans le courant de l’année la nouvelle loi sur les déchets nucléaires. Si l’option du stockage reste ouverte, il faudra alors rentrer dans les choses plus concrètes : conception et fermeture des alvéoles, essai de robot pour manipuler les colis et faire des sondages sur la zone de 200 km2 autour de Bure où pourraient être stockés les déchets.

« L’Andra se contente d’attendre », assure Marie-Claude Dupuis, sa nouvelle directrice nommée à la fin août 2005. L’Andra a remis en juin un rapport au gouvernement suivi d’un autre en décembre. Ils concluent tous les deux à la faisabilité du stockage réversible comme l’avait demandé la loi de 1991 qui laissait ouvertes les autres options : entreposage et transmutation (voir interview). Mardi, l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire) a rendu public un rapport aboutissant aux mêmes conclusions, mais demandant que des recherches soient encore approfondies. Hier, c’était au tour de la DGSNR (Direction générale de la sûreté nucléaire et de la radioprotection) d’estimer que le stockage géologique en profondeur était « une solution de gestion définitive qui apparaît incontournable ». Un point de vue beaucoup plus tranché que les conclusions engrangées par la commission de débat public.

« Si la décision du stockage était prise, il ne commencerait pas avant 2025 », précise toutefois Marie-Claude Dupuis.


Encore des interrogations sur le stockage géologique

La commission de débat public sur les déchets nucléaires a rendu public son rapport hier [1]. Trois mille personnes ont participé aux débats répartis sur treize réunions à travers la France. Pour faire passer les messages collectés, son président Georges Mercadal multiplie désormais les auditions (gouvernement, office parlementaire, presse). Voici les principales conclusions.

« Hâtons-nous lentement ! » Le choix entre le stockage géologique profond, l’entreposage ou la transmutation ne doit pas être précipité. Un avis partagé par beaucoup, sauf la CGT et des sociétés savantes pronucléaires qui voudraient enfouir dès maintenant. Les autres font valoir qu’il reste des interrogations sur la faisabilité du stockage géologique. L’entreposage en sub-surface est remis en selle. Le choix d’un site expérimental est même souhaité.

Si le stockage géologique était choisi, il faut aller plus loin qu’un accompagnement économique mais mettre en place un projet de développement local. L’inventaire des déchets nucléaires ne doit pas être cantonné aux déchets hautement radioactifs à vie longue mais aussi, par exemple, aux déchets de mines d’uranium.

Question transparence, les différentes institutions en charge du dossier nucléaire doivent donner des informations et être indépendantes entre elles. La population a un rôle à jouer dans l’amélioration de la surveillance du nucléaire. Les expertises plurielles sont plébiscitées.

[1] www.debatpublic-dechets-radioactifs.org

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