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Article de Anne-Sophie Stamane paru dans L’Humanité du 23 septembre 2006

Nouvelle jeunesse pour le syndicalisme ?

lundi 25 septembre 2006 par Anne-Sophie Stamane
La bataille victorieuse contre le CPE a montré une réelle vitalité sociale. Un « héritage » à consolider.

« Jeunes et syndicalisme, comment construire ensemble ? »

Avec Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, Jean-Marie Pernot, chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales, Bruno Julliard, président du syndicat étudiant l’UNEF, Quentin Rodriguez, secrétaire national du syndicat lycéen UNL.

« Comment transformer le potentiel de puissance des mouvements sociaux en courant continu ? » La question, selon Jean-Marie Pernot, chercheur à l’Institut de recherches économiques et sociales (IRES), jalonne toute l’histoire syndicale. En 1919, tout comme en 1946-1947, les grèves avaient dopé les organisations. Quelques décennies plus tard, en 2006, l’équation vaut-elle pour la mobilisation anti-CPE ? A-t-elle provoqué chez les jeunes l’envie de se syndiquer ? À en croire la foule qui s’était amassée sous les tentes du Forum social, samedi dernier, l’interrogation taraude du monde. « Ce n’est pas gagné », a souligné Jean-Marie Pernot. De fait, Bruno Julliard, président de l’UNEF, n’est pas pleinement satisfait de l’augmentation de 20 % d’adhérents enregistrée à la fin du mois de juillet. « On s’attendait à mieux », a-t-il reconnu. Il souligne toutefois un point positif : la mobilisation a donné à de simples adhérents l’occasion de devenir de véritables militants. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, ne se voile pas non plus la face : « En matière de syndicalisation, le mouvement n’a pas changé la donne », dit-il. La dynamique générée par l’opposition massive au CPE, appuyée sur un front indéfectible entre les jeunes, les confédérations et les organisations étudiantes et lycéennes, n’a pas mécaniquement étoffé les rangs des syndicats.

Dans le public, une jeune femme non syndiquée a peut-être donné une clé de cette réticence : « Le retrait du CPE a été une victoire amère, car on voulait le retrait du CNE et de la totalité de la loi sur l’égalité des chances. Le CPE n’a pas été une grande victoire, et j’étais tellement dégoûtée que je ne suis même pas allée manifester le 1er mai. » Même sentiment exprimé par un étudiant : « On avait une liste de revendications, et on a arrêté dès que le CPE a été retiré. D’où la suspicion. » Bruno Julliard et Bernard Thibault, à rebours de ces opinions, refusent de voir tout en noir. Ils ont souligné à l’unisson que la mobilisation avait fait progresser le travail en commun. « Alors que les jeunes exprimaient une défiance vis-à-vis de la politique et des syndicats, on a démontré par notre fonctionnement et notre stratégie, par l’ouverture dont nous avons fait preuve en respectant les structures auto-organisées dans les universités, que le syndicalisme n’était pas là pour imposer des mots d’ordre ou des méthodes de lutte, mais qu’il était un instrument à destination des masses, et notamment des étudiants », explique Bruno Julliard. Quentin Rodriguez, secrétaire national du syndicat lycéen UNL, ne nie pas que la victoire avait un goût d’inachevé : « Mais les débats qui ont eu lieu dans les facs ont été importants, ils ont impulsé des réflexions réelles et profondes. »

Pour Jean-Marie Pernot, le faible afflux des jeunes vers les syndicats a d’autres explications. Le retrait du CPE n’a pas effacé, d’un coup de baguette magique, les handicaps qui entravent habituellement la syndicalisation. « Dans les syndicats, il manque les trente-cinq - quarante-cinq ans, l’enjeu est donc aujourd’hui de syndicaliser sans la possibilité de prendre appui sur cette génération intermédiaire », analyse-t-il. Autre obstacle de taille : les syndicats, traditionnellement puissants dans l’industrie, sont faibles là où sont les jeunes, c’est-à-dire dans les services et le commerce.

Pourtant, les dix-huit - trente-cinq ans ne sont pas les plus hostiles aux syndicats. Fort de ce constat, Bernard Thibault estime qu’il revient aux organisations de s’adapter. « Il faut faire une place aux jeunes, leur laisser exercer des responsabilités », a-t-il martelé. En outre, il pense que « pour que les syndicats avancent sur certaines revendications - l’égalité entre hommes et femmes au travail, le développement durable - il faut plus de jeunes, car ils en font des exigences plus fortes que les anciens. »

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