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Bruno Odent | L’Humanité du 17.01.2008

Nouvelle journée noire sur la planète finance

vendredi 18 janvier 2008 par Bruno Odent
Conjoncture . La crise qui s’est déclenchée cet été ne cesse de s’envenimer, alors que les États-Unis ont sans doute déjà commencé leur entrée en récession.

La crise financière ne cesse de s’étendre. Au fur et à mesure que le voile se lève sur le bilan 2007 des plus grandes banques apparaît l’ampleur de la contagion provoquée par la débâcle des crédits subprimes, sur fond d’explosion de la bulle immobilière aux États-Unis. Après un mardi noir provoqué par l’annonce de nouvelles pertes considérables de Merryl Lynch et de Citygroup, deux des poids lourds de la finance états-unienne, les places boursières continuaient hier de chuter très lourdement. Toutes les Bourses asiatiques ont plongé. Tokyo a perdu 3,35 %, Hong Kong a carrément dévissé (5,4 %), Paris a reculé de un point supplémentaire après en avoir perdu trois la veille. Et Wall Street a poursuivi sa descente, le Dow Jones et le Nasdaq enregistrant hier en début de séance des pertes qui ont fait disparaître tous leurs gains de 2007.

dévalorisation des titres spéculatifs

Merryl Lynch et Citygroup ont levé dans l’urgence respectivement 14,5 et 6,6 milliards de dollars pour faire face à la dévalorisation des titres hautement spéculatifs qu’elles détiennent dans leurs portefeuilles. En un an, les capitalisations boursières des deux mastodontes du monde de la finance ont fondu de près de 50 %. C’est dire combien le krach, commencé cet été, prend des dimensions considérables. Il n’est plus question désormais de se demander si la crise va toucher ou non la sphère de « l’économie réelle » dont les « fondamentaux » seraient toujours « bons », comme l’expliquaient doctement jusqu’à l’été dernier les économistes bien en cour ou le ministère français des Finances. Les seules interrogations qui subsistent concernent l’ampleur du ralentissement planétaire que tout cela va provoquer.

Le recul de 0,4 % de la consommation en décembre aux États-Unis constitue un signe supplémentaire de la menace de récession qui pèse en tout cas sur la première économie mondiale. Pour Alan Greenspan, l’ancien président de la Fed (la banque centrale états-unienne), l’affaire serait déjà entendue. « Les symptômes sont clairement là », a-t-il déclaré mardi dans un entretien au Wall Street Journal.

La financiarisation - c’est-à-dire la prise de contrôle toujours plus large des rentiers sur le financement de l’économie - est au coeur de la crise. C’est elle qui a favorisé, au cours de ces dernières années, la domination sans partage de la fameuse logique - anglo-saxonne de la shareholder value (la valorisation pour l’actionnaire) et propulsé la mise au point de techniques financières toujours plus sophistiquées. Les crédits à risque et à très fort rendement (comme les subprimes dans l’immobilier ou les LBO dans l’industrie) ont été ainsi transformés en titres qui sont venus garnir les portefeuilles de banques, attirées par le seul appât du gain à très court terme.

Cette nouvelle logistique financière au maniement très complexe, qui a accentué encore l’opacité de la sphère financière, a ouvert la voie à de véritables fuites en avant spéculatives. Résultat : des marchés de titres comme celui des CDO (collateralized debt obligations, obligations de dettes collatéralisées) adossés aux crédits subprimes se sont totalement effondrés avec le retournement de tendance dans l’immobilier états-unien. Une soixantaine de ces titres ne possèdent plus aujourd’hui que la valeur du papier sur lesquels ils ont été imprimés et, en conséquence, les pertes cumulées - subies donc par les banques dans ce seul secteur - sont désormais estimées entre 400 et 500 milliards de dollars.

urgent besoin d’un crédit sélectif

Pour échapper à ce piège, la question d’un autre financement de l’économie est plus que jamais posée (voir à ce propos l’entretien avec l’économiste Denis Durand ci-dessous ). Le moins qu’on puisse dire est que, pour l’heure, la majorité des dirigeants politiques français et européens se refuse à répondre à ce défi. Le besoin d’un crédit sélectif - bon marché pour l’emploi, la recherche, la formation et capable d’assécher à l’inverse les ressources grâce auxquelles a proliféré la tumeur financière - apparaît pourtant plus urgent que jamais. Mais, comme pris dans une course à l’irresponsabilité, ils s’appliquent au contraire à une fuite en avant dans la financiarisation, à travers le traité européen - qui conforte les pleins pouvoirs et le monétarisme de la BCE - ou le forcing pour les réformes libérales.


Point de vue Marc Cohen-Solal, délégué syndical BNP.

Les banques se sont lancées dans une course éperdue à la rentabilité à l’échelle mondiale, elles ont développé des formes de crédit à un taux d’intérêt dépassant celui ordinairement pratiqué, qui ont étranglé les clients au point qu’ils ne peuvent plus les rembourser. Face à cette crise immobilière, les banques se sont débarrassées de leurs créances en les vendant sous forme d’obligations à d’autres banques à des taux très rentables, pensant ainsi se débarrasser du risque.

Mais le système était tellement opaque qu’aucune des institutions bancaires ne savait ce qu’elles achetaient ou vendaient. Si bien qu’au bout d’un certain temps ces placements n’ont plus trouvé preneur, et les banques se sont retrouvées très endettées. À ce jour les Banques centrales ont injecté énormément de liquidité, mais personne ne peut prévoir, aujourd’hui, si cela va suffire. Il y a besoin de réorienter profondément l’activité bancaire en faveur de l’emploi, de la recherche et de la formation. Les banques américaines ont déclaré qu’elles ont tiré les conclusions de la crise et quelles vont repartir dans le bon sens, est-ce la réalité ?

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