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un article de Frédéric de Monicault paru dans Le Figaro du 7 avril 2006

Nouvelle poussée de fièvre à la pompe

vendredi 7 avril 2006 par Frédéric de Monicault
Les prix du pétrole sont revenus à des niveaux proches des records de l’an dernier, entraînant dans la foulée une forte hausse de ceux des carburants.

PAS DE RÉPIT pour le consommateur. Alors que les prix du gaz viennent tout juste d’augmenter (+ 5,8% depuis le 1er avril), ce sont maintenant ceux de l’essence qui s’envolent. A cela une bonne raison : le baril de pétrole est reparti vers les sommets, au-dessus de 67 dollars, à son plus haut niveau depuis sept mois.

Selon les chiffres de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), le litre de sans-plomb 95 s’établit aujourd’hui en moyenne aux alentours de 1,23 euro (1,281 chez Total), à comparer au 1,06 euro enregistré au début de l’année. Et la tendance ne va pas s’améliorer, car il faut toujours quelques jours avant que les distributeurs répercutent les dernières évolutions du brut (via les produits pétroliers cotés à Rotterdam). En l’occurrence, le mouvement est clairement inflationniste.

Certes, les derniers éléments qui ont favorisé la fièvre du brut peuvent être qualifiés de conjoncturels. A commencer par la proximité de la « driving season » qui voit, avec le retour des beaux jours, des millions d’Américains prendre leur véhicule pour de longs trajets. Cependant, l’envolée du baril obéit aussi à un mouvement de fond (lire ci-dessous). D’ailleurs, l’Opep vient de rappeler que sa fourchette de référence s’établit désormais entre 55 et 65 dollars le baril, soit plus du double de la bande 22-28 dollars encore en vigueur voici quelques années.

Le système de lissage des prix n’est plus en vigueur

A 1,23 euro le litre de sans-plomb 95, il reste sans doute un peu de marge avant d’atteindre le record enregistré en septembre dernier, à 1,33 euro. Mais plusieurs experts estiment que l’on va rapidement s’en rapprocher. Surtout que les compagnies ne sont plus sous la pression des pouvoirs publics. A l’époque, en effet, le ministère de l’Économie voulait les contraindre à baisser leurs prix. Thierry Breton avait même agité la menace d’une taxe sur leurs profits. Finalement, à l’issue d’une table ronde, Total s’était engagé, en cas de baisse des prix de marché, à la répercuter à la pompe dans un délai maximal de trois jours. A l’inverse, en cas d’augmentation rapide des prix, la répercussion sur les tarifs des carburants était étalée sur un délai de trois semaines.

Ce système était prévu pour être appliqué jusqu’au 31 décembre. Les anciennes procédures ont donc réapparu, avec un délai de répercussion qui oscille entre trois et cinq jours, voire entre quatre et sept. Cependant, Total prend soin de préciser que, en cas de forte augmentation des prix, la compagnie prendra soin de la lisser dans le temps. A Bercy, on constate effectivement que les pétroliers pratiquent un certain lissage.

« Toutefois, compte tenu de l’extrême côté concurrentiel du secteur, les bonnes résolutions sont difficiles à tenir. Par exemple, les grandes surfaces, qui assurent plus de la moitié de la distribution de carburants en France, ne se sont engagées en rien à répercuter plus ou moins vite », souligne un bon connaisseur du dossier. Seule et maigre consolation : comme les prix du gazole augmentent proportionnellement moins que ceux de l’essence, la France peut se féliciter de la « diéselisation » de son parc automobile, à raison de 70% des nouvelles immatriculations.


Les investisseurs financiers entretiennent l’inflation

Frédéric Lasserre est directeur de la recherche sur les matières premières à la Société générale.

LE FIGARO. - Le baril est reparti vers les sommets. Les tensions géopolitiques observées ici ou là suffisent-elles à expliquer cette accélération ou y a-t-il des raisons plus profondes ?

Frédéric LASSERRE. - Même si on ne doit pas minorer l’importance d’événements géopolitiques pour justifier la hausse des cours, cette nouvelle accélération ne peut pas être considérée isolément. Le pétrole, comme l’or, le zinc ou le cuivre, fait aujourd’hui l’objet d’un intérêt sans précédent de la part des investisseurs : ceux-ci considèrent les matières premières comme une classe d’actifs à part entière, au même titre que l’immobilier, les actions ou les obligations. A l’image des fonds de pension et même des particuliers, on voit de nouveaux groupes se porter sur ces marchés. Si ces fonds décident d’investir 2 ou 3% de leur portefeuille dans le pétrole, ce sont aussitôt plusieurs milliards de dollars qui vont être injectés, dans une période très courte, sur un marché qui n’est pas habitué à gérer un tel afflux de capitaux. Il n’en faut pas plus pour générer toutes ces poussées de fièvre du baril.

L’offre est-elle au maximum de ses capacités ?

Il y a une légère détente sur ce front au sens où, cette année, les producteurs non-Opep devraient être en mesure de produire 1,2 million de barils par jour (Mbj) supplémentaires, tandis que l’Opep annonce 700 000 barils de capacité en plus. Parallèlement, la situation s’est inversée : alors que, l’année dernière, ce sont essentiellement les pays non-Opep qui avaient pâti d’une série d’incidents affectant leur production, cette année, c’est au tour de l’Opep, avec l’Irak et le Nigeria, d’essuyer des baisses de production significatives.

L’année dernière, les experts ont beaucoup insisté sur l’impact du ralentissement de la demande pour freiner la flambée du baril. Où en sommes-nous aujourd’hui ?

Le ralentissement se confirme puisque le taux de croissance de la demande devrait tourner cette année autour de 1,5%, soit une progression modérée, très proche de la moyenne constatée entre 1994 et 2004. Ce phénomène s’explique en particulier par le léger ralentissement de la croissance économique. Il faut admettre également la réalité d’un effet prix. A partir de 60 dollars le baril, la demande peine, en Asie notamment, mais aussi en Europe.

La Chine , dont on a stigmatisé le rôle moteur dans l’inflation des cours, a-t-elle contribué à ce ralentissement ?

Pékin a décidé de plafonner les prix de vente des carburants au détail de telle manière que, si les consommateurs sont protégés, les raffineurs et les importateurs sont fortement pénalisés. Cela se traduit par une baisse des livraisons et, in fine, par un rationnement du carburant pour les automobilistes.

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