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Un entretien avec Lucy Bateman paru dans l’Humanité du 12 aout 2005

Objectif pour Suez : « mettre la main sur la trésorerie »

samedi 13 août 2005 par Lucy Bateman, Éric Roulot
Éric Roulot, secrétaire de la Fédération CGT de l’énergie, s’inquiète des conséquences sociales de cette OPA sur les salariés des deux entreprises.

Quelle stratégie sous-tend l’OPA de Suez sur Electrabel ?

Éric Roulot. Elle a été énoncée très clairement par la direction de Suez : cette OPA lui permet de mettre la main sur la trésorerie d’Electrabel, ce qu’elle ne pouvait pas faire en ne détenant que 51,1 % de son capital. Désormais, il sera possible à Suez d’utiliser cette trésorerie pour renforcer ses positions en Europe dans le domaine de l’énergie, en particulier sur le territoire français. Suez souhaite notamment être en situation - d’exploiter l’EPR, le nucléaire 3e génération. Aujourd’hui, sous l’effet des orientations politiques européennes qui poussent à la déréglementation, les grands groupes du secteur optent pour une stratégie menant au gigantisme, visant à dominer le marché. On se trouve dans une situation paradoxale : la Commission européenne indique dans plusieurs rapports qu’un des obstacles à la concurrence est précisément le phénomène de concentration, alors que dans tous les pays européens, sous l’effet des directives qui encouragent la déréglementation, on constate un phénomène inverse de concentration, auquel EDF d’ailleurs n’échappe pas.

Quelles sont les conséquences économiques de ces concentrations ?

Éric Roulot. En soi, les concentrations ne sont pas un problème. Étant donné les caractéristiques techniques de l’électricité - on ne peut la stocker, il n’existe pas de produit de substitution, c’est un produit de première nécessité -, il est naturel que ce secteur génère un phénomène de concentration. Ce que nous déplorons, c’est que cette stratégie s’attache à répondre aux exigences des actionnaires plutôt qu’à répondre à des choix de service public. En deux ans, 90 milliards d’euros ont été dépensés par les entreprises de l’énergie pour des acquisitions. C’est autant d’argent qui n’est plus disponible pour investir dans les moyens de production, le développement industriel ou la recherche. En France et en Europe, cette recherche est pourtant nécessaire, car on est au bord de la rupture : nous ne sommes plus en situation de surcapacité, mais de déficit. Au moment où le baril de pétrole est à 65 dollars, il est urgent de s’interroger sur l’indépendance énergétique, en favorisant des regroupements et des partenariats pour relever ces défis. Nous combattons cette stratégie financière, dans laquelle l’énergie est un outil de profit, par des propositions alternatives. Nous pensons que ce n’est pas aux industriels de décider de l’avenir énergétique de la France ou de l’Europe, mais aux nations. Il faut donc renforcer la maîtrise publique et l’intervention citoyenne dans ce secteur. Il y a une équation planétaire à résoudre : la demande explose, les ressources s’épuisent et il y a une urgente nécessité de protéger l’environnement. Par ailleurs, nous nous inquiétons des conséquences sociales de cette OPA sur les salariés de Suez et d’Electrabel, puisque les phénomènes de concentration se traduisent généralement par des coupes claires dans les - effectifs et le nivellement des garanties sociales.

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