Liste des auteurs

Un article de Alice GERAUD paru dans Libération le 18 mai 2005

« On coûtera toujours plus que l’Asie »

mercredi 18 mai 2005 par Alice GERAUD
Inquiétude au site de Crolles, consacré à la recherche et au développement.

Les visages sont fermés sous l’arrêt de bus, devant l’un des principaux sites français de STMicroelectronics, à Crolles, dans la région grenobloise. Deux femmes se saluent d’un soupir. Les salariés ont appris lundi après-midi par leurs supérieurs, ou, pour beaucoup, hier matin à la radio, que STMicroelectronics allait supprimer 3 000 emplois dans le monde (hors Asie) d’ici à la mi-2006.

Fatalisme. Le détail de l’écrémage n’a pas été communiqué. Mais, sous l’arrêt de bus de Crolles, tous se sentent potentiellement concernés. Ils savent que certains sites, comme Rousset dans les Bouches-du-Rhône, risquent d’être plus durement touchés. « On n’est pas à l’abri, même en travaillant ici en recherche et développement. On coûtera toujours plus cher qu’un ingénieur en Asie, avec des niveaux de compétences désormais équivalents. On le sait : un certain nombre de ces ingénieurs sont formés ici », explique, fataliste, un cadre. Crolles était jusqu’ici la vitrine rutilante de STMicroelectronics. Les pouvoirs publics avaient largement mis la main à la pâte, injectant plus de 540 millions d’euros. De l’argent frais pour des technologies de pointe censées parer au risque de délocalisation. Las ! Parallèlement aux 3 000 suppressions de postes, ST a annoncé qu’une grande partie serait transférée en Asie. Selon Henri Errico, secrétaire de CE et délégué CGT à Crolles, après l’argent investi à Grenoble, « les pouvoirs publics français n’ont plus joué leur rôle ».

Les salariés ne se disent pas surpris de l’annonce des restructurations. Depuis des mois, leur direction leur parle de la baisse des marges brutes, des coûts horaires. Quelques heures avant l’annonce officielle, la CGT avait d’ailleurs publié un communiqué redoutant de futures délocalisations. « Ça fait des mois qu’on nous tient des discours catastrophistes, on savait qu’on était sur la corde raide », explique Christine, cadre. L’un de ses collègues, qui travaillait déjà chez Thompson avant la création de ST en 1992, a le sentiment d’un retour en arrière. « Depuis 1992, on travaille dans d’excellentes conditions, on s’est développés, mais les lois du marché nous ont peu à peu rattrapés », conclut-il.

Précaires. A Crolles, les plus inquiets sont les précaires, qui représentent près de 30 % des 3 300 salariés. L’un d’eux, technicien en CDD de dix-huit mois, explique qu’il ne croit plus à une embauche. « Quand je suis rentré, je pensais être titularisé à l’issue de mon CDD, parce que ST, ce n’est pas n’importe quelle boîte ! Mais là, je sais bien qu’ils ne me garderont pas. » A l’arrêt de bus, une jeune fille écoute. Elle est élève ingénieur au Vietnam, en stage chez ST. Dans quelque temps, elle repartira travailler chez elle, en Asie. Elle dit juste : « Ça va être difficile pour eux. »

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !