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Par Thierry Lepaon, Secrétaire général du Comité régional CGT Normandie, Président du groupe CGT au Conseil économique, Social et Environnemental.

On ne peut pas continuer d’exclure la jeunesse du monde du travail

mercredi 3 novembre 2010 par Thierry Lepaon

Confrontés à la résistance sociale face à la réforme des retraites, les ministres, les éditorialistes, les experts autoproclamés et tous les porte-plumes du Medef se succèdent, en particulier depuis quelques jours, pour nous expliquer que l’emploi n’est pas un gâteau à partager. Quelques-uns avancent que les emplois ne sont pas substituables. Les deux notions sont confondues, mélangées. Bref la machine à décerveler tourne à plein. Les approximations, les erreurs de raisonnement, les omissions, les confusions, voire les ignorances et les insuffisances s’étalent au grand jour dans la presse.

Pourquoi déclencher ainsi l’artillerie lourde, au risque de se discréditer encore davantage par l’outrance des propos et les erreurs accumulées  ? C’est évidemment pour s’opposer à la jeunesse, qui comprend bien que les emplois occupés par les seniors ne seront pas disponibles pour les plus jeunes générations. Oui, des parents plus longtemps à l’ouvrage, ce sont des enfants plus longtemps au chômage.

L’emploi n’est certes pas un stock qui se partage. C’est le résultat d’une politique économique, de la croissance mais également de la réponse aux besoins des femmes et des hommes.

Or, nous vivons un double phénomène. C’est d’abord la montée persistante du chômage et notamment celui des jeunes et des plus âgés. C’est ensuite l’absence de création d’emplois et notamment d’emplois industriels créateurs de richesse. Certains statisticiens ou économistes parlent d’offre et de demande d’emploi. Dès lors se pose la question de la pénurie d’emplois, de l’utilisation de la richesse produite et disponible. C’est bien de cela dont il est question dans le bras de fer engagé autour de la retraite, de son montant, de son financement et de l’âge de départ.

Alors, qui sont ces propagandistes, serviteurs zélés du patronat ou du gouvernement qui voudraient nous persuader que prolonger la durée d’activité des plus anciens est le meilleur remède au chômage des jeunes  ? Ce sont ceux qui décident depuis de nombreuses décennies de la politique économique dont on mesure les tristes effets. Ils ont contribué à dégrader gravement les conditions d’emploi et de travail, à démotiver beaucoup de salariés et à précipiter leur envie de quitter le travail. Aujourd’hui, ces gens-là voudraient laisser plus longtemps au travail les salariés qu’ils ont auparavant démotivés et quelquefois dégoûtés.

Ils affirment d’abord que l’emploi n’est pas un gâteau que l’on se partage. Pourtant, c’est bien, précisément, dans une approche statique que s’inscrit leur politique. Retarder de deux ans l’âge de départ en retraite, cela revient à maintenir les seniors dans des emplois qui ne seront pas ouverts aux jeunes. Au lieu d’être fondé sur le renouvellement des générations, le raisonnement présuppose le maintien des seniors, même démotivés, sur les emplois qu’ils occupent déjà.

Notre logique est exactement inverse.

Si l’emploi n’est pas un stock, notre société ne peut pas continuer à exclure les jeunes du monde du travail qu’ils découvrent de plus en plus tard et dans des conditions de précarité grandissantes. Elle ne peut plus continuer à prolonger artificiellement l’enfance et à contraindre la jeunesse à la dépendance par rapport à la cellule familiale. L’autonomie est non seulement une juste revendication des jeunes mais aussi un besoin pour l’ensemble de la société. Ainsi, à l’heure de choix cruciaux pour le pays, penser que nous pourrons écrire son avenir sans l’apport des plus jeunes est une illusion.

C’est précisément pourquoi toutes nos propositions visent à libérer les forces vives du pays. Il s’agit, pour nous, de créer la dynamique économique. Dans une société, ce sont les jeunes qui créent la dynamique. C’est ce que j’ai cru devoir être retenu de la lecture de quelques démographes, de quelques historiens ou encore de quelques analyses des situations de certains pays dans le monde. Ce qui est communément admis dans le domaine de la recherche et de l’innovation est aussi vrai pour l’économie en général et l’ensemble des emplois dans l’entreprise.

Nous, nous sommes pour une dynamique économique et sociale s’appuyant sur les hommes et leurs capacités créatives. Ce n’est pas en commençant par augmenter, au surplus de manière contrainte, l’âge de départ à la retraite que l’on créera cette dynamique. En faisant ce choix on cristallise l’existant, on fige les situations actuelles. C’est au contraire par l’embauche massive de jeunes, y compris en appliquant, pour la plupart des emplois, le principe «  un départ, une embauche  » que nous pourrons débloquer la situation et construire une société plus ouverte et accueillante pour ses jeunes.

Alors se pose la question du financement et de l’utilisation de la richesse produite. C’est donc bien sur le terrain du travail qu’il est urgent d’agir. En ce sens, c’est donc avant tout une question sociale.

Thierry Lepaon

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