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Un article de Philippe Jérôme paru dans L’Humanité du 15 novembre 2005

« On tiendra bon trois mois s’il le faut ! »

mardi 15 novembre 2005 par Philippe Jérôme

Les traminots de la RTM ont massivement reconduit la grève, au moins jusqu’à la réunion aujourd’hui d’un comité d’entreprise extraordinaire.

Jeunes chauffeurs sur la ligne 33 dans le quartier populaire du Merlan, Nourredine et Mahrez ont attaqué la semaine avec un moral de gagnant : « Plus on avance dans la grève et plus on est forts », disaient-ils de concert après avoir voté, hier matin, au dépôt de la Rose en faveur d’un 35e ou 36e - « on ne les compte plus » - jour de grève. Ce qui leur donne cette vitalité combative, c’est bien sûr de lutter pour une cause qu’ils estiment juste et d’intérêt général, à savoir une régie publique « une et indivisible », mais aussi l’accueil des usagers pendant la trêve de la grève, la semaine dernière.

Les Marseillais solidaires

« Les Marseillais en ont marre de marcher et on est les premiers à les comprendre, mais la plupart sont solidaires car ils ont compris le sens de notre lutte », estimait Nourredine. Son collègue ajoutait : « Ce sont les plus pauvres qui sont les plus compréhensifs parce que ce sont des ouvriers comme nous. » Abdelkrim, chauffeur sur la ligne 37, racontait à ce propos cette anecdote : « Quelqu’un m’a posé un bâton contre une roue comme pour la crever et dire sa colère, mais c’était accompagné d’un petit mot de sympathie. » L’échec de la manifestation dominicale « antigrève », organisée par une association dont le siège est à Paris et qui n’a rassemblé que quelques centaines de personnes autour d’un quarteron d’élus UMP, témoigne d’ailleurs en creux de la popularité de ce mouvement profond de défense d’un service public qui figure en bonne place dans le patrimoine de Marseille.

Comme à la Rose, la grève a été massivement reconduite dans les dépôts d’Arenc, Saint-Pierre et la Capelette, où la circulation des personnels et du matériel est libre, le front syndical CGT, CFDT, FO, CFTC, UNSA, SUP Solidaires et SL s’avérant toujours aussi solide. Pour Abdelkrim, « la grève totale de tous est vraiment notre seul moyen d’action, car notre système de roulement ne nous permet pas d’arrêter le travail par intermittence. Et - ainsi que d’autres personnes nous le demandent - si nous faisions monter gratuitement les gens dans les bus, il y aurait rupture du contrat de travail, donc licenciement ». Indigné par la présentation faite dans certains médias, oublieux depuis la libération de Florence et Hussein de la signification de l’expression « prise d’otages », il tenait à préciser : « Comme mes camarades, je ne suis pas payé pendant la grève et la direction n’a versé aucun acompte en novembre. Je n’ai qu’une hâte, reprendre ce métier que j’aime ! » Pour aussitôt ajouter : « On tient bon et on tiendra bon trois mois s’il le faut ! »

Il ne faudra peut-être pas attendre aussi longtemps pour « sortir dignement de ce conflit », comme l’envisageait hier Alain Requena, le secrétaire général des traminots FO. Pour cela, il faudrait que la direction lève sa menace de référé visant le nouveau préavis de grève, ce qu’elle serait en passe de faire.

Appel d’offres infructueux

De leur côté, les syndicats tiennent toujours au chaud l’ouverture faite devant le médiateur et ainsi résumée par Louis Iorio de l’UGICT CGT : « Une assistance technique privée, si besoin est, pour la mise en place du tramway mais après l’inauguration une gestion à 100 % par la RTM. » Cela pouvant se réaliser, après avoir constaté, comme le réclament les syndicats, que l’appel d’offres est « infructueux » puisque seul le « partenariat » RTM-Connex s’est porté candidat à l’exploitation du futur tramway. Un partenariat, aux contours juridiques des plus flous, et qui apparaît de plus en plus mal ficelé. « Incroyable ! aucun contrat n’a été signé entre les deux entreprises, notre direction évoquant un vague "document" de travail », s’étonne Alain Requena. Pour en savoir plus les syndicats, ont demandé la convocation d’un CE extraordinaire. Il se tiendra aujourd’hui. Il pourrait enfin remettre sur les bons rails la négociation sur le plan d’entreprise, mais aussi sur les salaires et « l’absence de dialogue social » pointée par le médiateur sans qu’il ait eu à faire preuve de beaucoup de perspicacité.

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