Liste des auteurs

Marie Jégo | Le Monde le 20 janvier 2007

Opération séduction de Gazprom après la crise biélorusse

samedi 20 janvier 2007 par Marie Jégo

Le jeudi 18 janvier, à Moscou, devant des ambassadeurs étrangers, Vladimir Poutine avait émis le souhait de "faire évoluer les relations énergétiques avec tous les pays sur une base commerciale transparente, indépendante de l’Etat des affaires politiques". La Russie fera tout son possible pour remplir ses obligations, a assuré le chef de l’Etat russe.

Ces déclarations interviennent alors que la chancelière allemande Angela Merkel doit rencontrer M. Poutine, dimanche 21 janvier à Sotchi (sud de la Russie). Mme Merkel - l’Allemagne assure la présidence de l’Union européenne au premier semestre 2007 - veut mettre la question énergétique au coeur de cet entretien.

En moins d’un an, la Russie a essuyé à plusieurs reprises les critiques de ses partenaires européens. En janvier 2006, quand elle a coupé le robinet du gaz à l’Ukraine. Un an plus tard, lorsqu’elle s’est lancée dans un nouveau bras de fer énergétique avec la Biélorussie .

La crise - et l’interruption, trois jours durant, des livraisons de brut russe en Europe la semaine passée - a alarmé la famille européenne, plus que jamais soucieuse de limiter sa dépendance à une Russie, perçue comme peu fiable.

Les Russes veulent restaurer la confiance. Le Kremlin en fait une question de prestige. Ainsi l’entreprise publique Gazprom, dirigée par des proches du président russe, vient de lancer une campagne de relations publiques pour améliorer son image à l’étranger.

Le groupe mène des négociations avec la société américaine de conseil en communication PBN, pour des prestations publicitaires chiffrées, dans un premier temps, à 11 millions de dollars (8,5 millions d’euros). Le géant russe veut être perçu comme une société commerciale comme une autre, pas comme le bras armé du Kremlin sur la scène internationale.

POURPARLERS AVEC L’ALGÉRIE

"Gazprom aurait pu aussi bien ne pas prendre à Shell les gisements de Sakhaline 2 par voie de pressions gouvernementale et son image se serait aussitôt améliorée", ironise l’analyste politique Alexandre Konovalov sur le site Grani. ru.

Fin décembre 2006, le géant gazier a pris une participation de 50 % (et une action) dans ce projet (20 milliards de dollars d’investissements), développé par Shell dans l’Extrême-Orient russe. Le Rosprirodnadzor, le service de contrôle de l’environnement, menaçait Shell d’interrompre l’exploitation du site pour "non-respect de l’écologie".

Le groupe pétrolier russo-britannique TNK-BP, en partie détenu par la major BP, est à son tour sous la menace d’un retrait de la licence d’exploitation du gisement gazier de Kovykta, soumis comme Sakhaline 2 au régime des accords de partage de production. "Le même scénario va se reproduire : les réclamations faites par les structures de surveillance de l’environnement s’évanouiront dès que Gazprom sera dans le projet", écrivait jeudi le quotidien Kommersant.

S’il veut améliorer son image, Gazprom n’en poursuit pas moins son offensive. Après avoir mis la main sur le gazoduc biélorusse, le mastodonte revendique des compétences élargies au sein d’EuRoPolgaz, la société mixte qui gère le tronçon polonais du gazoduc Yamal où transite le gaz sibérien vers l’Europe. Gazprom conteste les tarifs perçus par la Pologne. Une réunion, mardi à Moscou du Conseil de surveillance d’EuRoPolgaz - détenue à 48 % par Gazprom et à 48 % par son équivalent polonais PGNiG - n’a pas permis de débloquer la situation.

Inquiète des récentes coupures de pétrole russe, la Pologne cherche de nouveaux fournisseur, de gaz notamment. Jeudi, des représentants du groupe algérien Sonatrach ont négocié avec la société gazière polonaise PGNiG, de futures livraisons de gaz à la Pologne, en marge d’une visite à Varsovie du ministre algérien de l’énergie et des mines, Chakib Khelil.

Au lendemain de l’accord, le ministre russe de l’énergie Viktor Khristenko et le vice-président de Gazprom, Alexandre Medvedev, sont allés à Alger parler de la coopération gazière algéro-russe. La création d’un "cartel du gaz", redoutée des Européens serait-elle en voie de réalisation ?

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !