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Un article de Olivier Auguste paru dans le Figaro du 12 février 2005

Ouverture le dimanche : le non du commerce

dimanche 13 février 2005 par Olivier Auguste

Autoriser les magasins de prêt-à-porter à ouvrir le dimanche, pour soutenir ce qui reste de l’industrie française du textile et de l’habillement. Le projet émane du ministre de l’Industrie face à l’invasion de produits en provenance de Chine. Les prévisions d’importation de pulls, de pantalons ou de chemisiers féminins depuis la République populaire ont doublé, voire triplé après la levée des quotas dans ce secteur le 1er janvier.

Patrick Devedjian a donc proposé, hier dans La Tribune, de permettre aux boutiques de prêt-à-porter - mais pas aux grandes surfaces - d’« ouvrir à terme tous les dimanches ». Dans un premier temps, le ministre suggère d’autoriser huit ouvertures annuelles. Jusqu’ici le maire de chaque commune peut accepter, au maximum, cinq ouvertures dominicales par an. Seuls les magasins à dominante alimentaire peuvent ouvrir tous les dimanches matins.

Reste que le ministre du Commerce, Christian Jacob, aussi chiraquien que Patrick Devedjian est sarkozyste, s’oppose à son collègue. Les centres d’usines seraient les grands gagnants, au détriment des petits commerces qui n’ont « pas le personnel » pour ouvrir le dimanche, estime l’entourage de Christian Jacob, qui demande : « Voulons-nous d’une société dédiée au tout-consommation, sept jours sur sept ? »

Les professionnels dénoncent eux aussi une fausse bonne idée. « M. Devedjian a devant lui une grande carrière de gagmant à Hollywood. Il a provoqué l’hilarité de nos adhérents », ironise Charles Mercer, le président de la Fédération nationale de l’habillement, qui déclare représenter 50 000 commerçants indépendants.

Mêmes doutes de la part des grands magasins ou du Conseil national des succursalistes de l’habillement (CNSH), qui regroupe les chaînes comme Zara, C&A, André ou Darjeeling. Contrairement aux fabricants de l’Union française de l’industrie de l’habillement, qui ont réclamé cette mesure, les commerçants dans leur ensemble ne croient guère que l’ouverture dominicale permettra des ventes supplémentaires de vêtements : le chiffre d’affaires réalisé le septième jour se fera au détriment des ventes du reste de la semaine. La mesure ne présenterait d’intérêt que dans les zones touristiques.

En revanche, elle induirait des frais, puisqu’il faut payer davantage les salariés le dimanche, voire engager des dépenses de publicité pour faire connaître les dimanches ouverts. Sans compter les risques de conflits sociaux. Dès hier, la CFTC a accusé Patrick Devedjian de « bricoler des mesures mortifères pour le commerce traditionnel, la vie familiale, associative et personnelle ».

A supposer, malgré tout, que l’ouverture le dimanche permette de développer le chiffre d’affaires, cela bénéficierait davantage aux fabricants chinois que français, ou même européens. « Nous n’allons pas nous approvisionner de façon différente le dimanche, relève François Forget, délégué général du CNSH, dont les adhérents se fournissent majoritairement hors de l’Union européenne. Et nos clients ne regarderont pas plus la provenance des articles ce jour-là qu’un autre jour. » Le consommateur reste bien plus attentif au prix figurant sur l’étiquette qu’à la mention « made in... ».

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