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Philippe Jérôme | L’humanité le 31.01.2008

Panzani-Lustucru ne rit plus

vendredi 1er février 2008 par Philippe Jérôme
Agroalimentaire . Les prud’hommes jugent qu’aucune raison économique ne justifiait la fermeture de l’usine de riz camarguais.

Quatre ans après les inondations de la zone industrielle d’Arles, qui avaient servi de prétexte au groupe Panzani pour fermer et vendre les machines de son usine Lustucru, puis délocaliser en Espagne une partie de sa production de riz, le conseil local des prud’hommes vient de chiffrer les préjudices, moral et financier, qui en ont découlé pour chaque licencié. En moyenne, chacun des 75 anciens salariés qui ont saisi le conseil recevra quelque 36 000 euros. Une décision qui ne concerne pas encore cinq délégués CGT, dont le recours pour licenciement abusif (confirmé par le ministre du Travail de l’époque, Jean-Louis Borloo) est pendant devant le tribunal administratif. Néanmoins, l’un d’entre eux, Serge Bonutti, qui est également responsable régional (PACA) des syndicats CGT de l’agroalimentaire, crie victoire : « Ce jugement est d’autant plus important qu’il reconnaît la légitimité de notre lutte contre la fermeture de l’usine. Les arguties de Panzani tombent à l’eau, si je peux dire en parlant de l’inondation qui aurait obligé à cette fermeture. La preuve, c’est que Panzani travaille maintenant avec une société dont les silos sont en pleine Camargue, zone inondable de chez inondable ! C’est une faute économique inexcusable qui a été commise, ainsi que le soulignent les juges. Une faute que seuls les travailleurs ont durement payée, car aucune indemnité ne peut remplacer la perte de son emploi ! »

En effet, si la note est salée pour Panzani - un total supérieur à 2 millions d’euros -, elle est à comparer au montant des assurances encaissées (46 millions d’euros) et surtout au produit de la vente des machines et du savoir-faire industriel à un groupe espagnol, qui se monterait à plusieurs centaines de millions d’euros. En conséquence de quoi, 146 emplois ont été liquidés à Arles. Que sont devenus tous ces salariés ? « Quarante-cinq ont bénéficié des fonds Panzani (3,8 millions d’euros) arrachés par la lutte et certains ont créé une micro-entreprise. Quelques-uns sont partis à la retraite. Mais soixante-dix d’entre eux sont dans une - situation de précarité qui devient catastrophique », précise Serge Bonutti.

Pourtant, sous l’impulsion de la mairie et de la communauté d’agglomération d’Arles, des services de l’État et de la CCI, le site (cédé par Panzani pour un euro symbolique à la municipalité) a été en partie - réanimé économiquement. Mais, comme le déplore l’union locale CGT, en notant que 569 emplois ont été créés dans une cinquantaine d’entreprises du pays d’Arles, « les ex-Lustucru n’ont, pour la plupart, aucunement bénéficié de formations leur permettant éventuellement d’occuper ces nouveaux emplois ».

Contrairement aux promesses faites par le ministre de l’Économie et des Finances de l’époque, qui s’était rendu sur place pour évaluer le montant des dégâts économiques et sociaux provoqués par la crue du Rhône, la plupart des ex-Lustucru demeurent exclus du retour à l’emploi. Serge Bonutti estime que « ce ministre a, depuis, plutôt favorisé la délocalisation de notre entreprise ». Son nom ? Nicolas Sarkozy…

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