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Un article de Philippe Ricard paru dans Le Monde du 22 janvier 2006

Paris vante les atouts de l’énergie nucléaire

dimanche 22 janvier 2006 par Philippe Ricard

Le gouvernement français entend profiter du débat qui bat son plein sur la politique énergétique européenne pour plaider la cause d’un sujet très controversé au sein de l’Union : le nucléaire.

Le mémorandum que la France va présenter à ses partenaires par l’intermédiaire de Thierry Breton, lors du prochain conseil des ministres des finances de l’Union européenne, mardi 24 janvier, est très clair : tout en rappelant qu’en la matière, chaque capitale fait comme elle le souhaite, au nom de la "subsidiarité", Paris demande de "prendre en compte la contribution de l’énergie nucléaire à la sécurité d’approvisionnement de l’Union, et la contribution de celle-ci à la lutte contre le réchauffement climatique". Il est suggéré d’augmenter les dépenses communautaires de recherche "pour le développement de l’énergie nucléaire du futur". Ou de poursuivre "les travaux visant à assurer les niveaux les plus élevés en matière de sécurité, de sûreté, de gestion des déchets".

DÉPENDANCE AUX LIVRAISONS RUSSES

Certes, le document d’une vingtaine de pages ne se limite pas à la seule énergie nucléaire pour trouver une parade à l’envolée du prix des hydrocarbures. Les Français suggèrent aussi de muscler le "dialogue énergétique" de l’Union envers les pays fournisseurs d’énergie fossile. Ils préconisent "d’accélérer l’usage des biocarburants", et réclament une nouvelle législation européenne sur "les énergies renouvelables thermiques". Mais le mémorandum apparaît comme un plaidoyer en faveur du nucléaire.

Tout s’est accéléré depuis la rencontre informelle des chefs d’Etat et de gouvernement de Hampton Court, fin octobre 2005. Après des mois de hausse du pétrole, les vingt-cinq chefs d’Etat et de gouvernement réunis par Tony Blair, qui assure alors la présidence de l’Union, tombent d’accord pour tenter d’avancer ensemble dans un domaine où chacun - France en tête avec le nucléaire - est resté très jaloux de sa souveraineté. Grâce à ses gisements de gaz et de pétrole, le Royaume-Uni a longtemps boudé toute approche communautaire en matière d’énergie. Mais l’épuisement prévisible des réserves de la mer du Nord, et les risques de pénurie de gaz cet hiver viennent faire évoluer les esprits de l’autre côté de la Manche. Avec la crise entre la Russie et l’Ukraine, fin décembre, le sujet est devenu encore plus brûlant : plusieurs Etats membres, dont les nouveaux, sont très dépendants des livraisons russes. Après avoir décidé, sous les années Schröder, d’abandonner le nucléaire d’ici à 2020, l’Allemagne se sent particulièrement vulnérable, puisqu’elle espère compenser la sortie de l’atome par le gaz.

Dans ce contexte, les dirigeants français savent que le recours au nucléaire tente à nouveau de nombreux gouvernements. Après la Finlande, Jacques Chirac a décidé de construire un réacteur de troisième génération (EPR) à Flamanville, dans la Manche, d’ici à 2012. M. Blair songe à renouveler un parc de centrales vieillissantes. Engagé dans le démantèlement de ses réacteurs, le nouveau gouvernement allemand est moins catégorique que son prédécesseur. Pour ne pas braquer son allié social-démocrate, fidèle à la décision prise à l’époque avec les écologistes, la grande coalition dirigée par Angela Merkel (CDU) a opté pour le statu quo. Mais son ministre de l’économie, Michael Glos (CSU), tente de relancer le débat. "Nous allons devoir discuter de l’équilibre entre nos différentes sources d’énergie, et aussi du nucléaire", a-t-il répété cette semaine.

En Espagne, comme en Italie et en Pologne, nombreux sont ceux qui plaident pour reconsidérer les atouts supposés de l’atome, en dépit de l’opposition des réserves exprimées par les partis écologistes. Même la Commission, qui prépare une étude stratégique sur l’énergie pour courant mars, ne néglige pas cette voie. "Aucune option ne doit être exclue, pas même le nucléaire", a estimé cette semaine le président de la Commission, José Manuel Barroso, quelques jours avant que Paris ne dévoile ses plans.


CHIFFRES

CONSOMMATION. En 2005, d’après des estimations de la Commission, la consommation énergétique de l’Union européenne s’est répartie entre pétrole (37 %), charbon (15 %), gaz (26 %), nucléaire (15 %), renouvelables (7 %). Elle serait la suivante en 2030 : pétrole (35 %) ; charbon (15 %) ; gaz (32 %) ; nucléaire (9 %) ; renouvelables (9 %).

NUCLÉAIRE. Le nucléaire représente 80 % de la production électrique française, contre 29 % en Allemagne, et 26 % dans les pays du Benelux.

GAZ. Devant la Norvège (29 %) et le Moyen-Orient (26 %), la Russie représentait, en 2003, 45 % des importations européennes de gaz naturel, dont la consommation au sein de l’Union s’est accrue de près de 60 % depuis 1990.

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