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Yves Miserey | Le Figaro du 23.04.2008

Pas de hausse globale des leucémies près des centrales

dimanche 27 avril 2008 par Yves Miserey
Trois points noirs subsistent toutefois en Grande-Bretagne et en Allemagne. Mais les causes de cancer ne sont pas liées aux installations nucléaires et restent un mystère.

En décembre 2007, une étude mise en ligne par l’International Journal of Cancer relevait « un risque élevé de leucémies chez les enfants de moins de 5 ans résidant à moins de 5 kilomètres des centrales allemandes ». Un résultat ponctuel qui n’est pas corroboré par une revue critique de la littérature scientifique, affirme Dominique Laurier, épidémiologiste à l’IRSN (Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire). Il vient de piloter un rapport sur cette question et en a présenté les grandes lignes mardi. Il a regretté que cette étude, rassemblant des renseignements détaillés sur les habitudes de vie des enfants et de leur mère au moment de la grossesse, n’apporte que des chiffres et ne se risque pas à donner des explications.

Dominique Laurier a insisté sur les incertitudes entourant les leucémies. La maladie constitue une véritable énigme : plusieurs cas apparaissent dans certaines zones de manière épisodique, sans qu’on sache pourquoi. Dans 90 % des cas, les causes de cette maladie ne parviennent pas à être identifiées. Ce cancer ayant un bref temps de latence par rapport aux autres cancers et pouvant être déclenché par de fortes doses radioactives, il constitue pourtant une cible privilégiée pour la surveillance épidémiologique autour des sites nucléaires. Les leucémies représentent 40 % des cancers infantiles, avec environ 470 nouveaux cas chaque année en France. Les taux de guérison sont en constante augmentation.

« L’ensemble des études multisites actuellement disponibles, y compris en France, ne montre pas d’augmentation de la fréquence des leucémies globalement chez les 0-14 ans ou 0-24 ans à proximité des sites nucléaires », indique le rapport. Le bilan fourni par une centaine d’études portant sur 200 sites de dix pays est lui aussi rassurant. Il est entaché toutefois de trois exceptions bien circonscrites : des excès de leucémies sont confirmés depuis plusieurs années autour des installations nucléaires de Sellafield en Angleterre, Dounreay en Écosse et autour de la centrale de Kruemmel en Allemagne. Là encore, les études ne sont pas parvenues à établir une relation entre les cancers des enfants et les rejets radioactifs, note Dominique Laurier.

Une meilleure coordination des recherches

Les épidémiologistes de l’IRSN avaient déjà effectué une revue de la littérature à la fin des années 1990 quand le Pr Jean-François Viel avait relevé un excès de leucémies autour de l’usine Cogema de la Hague. « Aujourd’hui, les résultats sont de plus grande ampleur, les approches plus rigoureuses et les enquêtes plus fouillées étant donné que de nombreux enfants guérissent », note Dominique Laurier. Mais les causes des leucémies autour de ces trois sites nucléaires restent un mystère.

C’est pourquoi les représentants de l’IRSN vont plaider pour une meilleure coordination des recherches au niveau européen, lors du prochain congrès des épidémiologistes du nucléaire qui va se tenir du 5 au 8 mai à Berlin. « Les effets des faibles doses posent tellement de problèmes qu’une collaboration internationale est nécessaire », estime Jacques Repussart, directeur général de l’IRSN. Le périmètre des recherches épidémiologiques sur les leucémies s’élargit lui aussi. Ainsi, le programme Geocap conduit par l’Inserm est en train de conduire la première étude multifactorielle et géoréférencée des leucémies en France, incluant trafic routier, lignes à haute tension, stations-service, centrales nucléaires et sites Seveso.

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