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un article de Jacqueline Sellem paru dans l’Humanité du 29 décembre 2004

Pas de trêve pour la répression

mercredi 29 décembre 2004 par Jacqueline Sellem

« C’est comme s’ils venaient pour arrêter des brigands. Qu’est-ce qu’on a fait pour avoir ces CRS partout, cette police armée jusqu’aux dents ? » Isaka Kamango, sur un ton posé, dit son amertume mardi matin après l’irruption des forces de police venues chasser les salariés grévistes de l’entrepôt H & M du Bourget. C’est que, pas plus tard que lundi, le préfet de Seine-Saint-Denis faisait encore mine de préférer la négociation en annonçant qu’il faisait appel à une médiation de la direction départementale du travail.

une vague promesse de la direction

Le directeur logistique de l’entrepôt s’est alors fendu dans la soirée d’une vague promesse, même pas écrite, de reprise des négociations à partir du 10 janvier. Un résultat qui ne pouvait satisfaire les salariés qui savent bien qu’à cette date, une fois les magasins de la chaîne ravitaillés en vue des soldes, leurs moyens de pression sur la direction se trouveraient réduits comme peau de chagrin. Pour le préfet, par contre, cette apparence de concertation a suffi, et considérant sa mission accomplie, il a fait donner les forces de l’ordre, en plein dans la période des fêtes, en vertu du texte du délibéré rendu vendredi par le tribunal de Bobigny. « Entre ce qu’il dit et ce qu’il fait, rien n’est pareil », en conclut Isaka Kamango. « Le préfet n’a pas tenu ses engagements », a réagi pour sa part la secrétaire nationale du PCF, Marie-George Buffet, en condamnant cette évacuation par la force et en renouvelant son soutien aux salariés en lutte. Pour la sénatrice de Seine-Saint-Denis, Éliane Assassi, sur les lieux avec plusieurs autres élus communistes du département, « le rôle du préfet est de créer les conditions pour que la négociation ait réellement lieu et aboutisse ». Ces élus ainsi que le président du conseil général, Hervé Bramy, ont donc immédiatement protesté contre l’utilisation de la force et demandé l’organisation d’urgence d’une réunion en vue de déboucher rapidement.

Profits contre salaires de misère

Car ce que réclament les grévistes de l’entrepôt H & M n’a rien d’exorbitant. Alors que le chiffre d’affaires du groupe suédois, l’une des premières enseignes de distribution de vêtements, ne cesse d’augmenter, eux ne gagnent que 600 à 750 euros par mois. Ils demandent donc une revalorisation de leurs salaires et la prime d’intéressement qui leur a été supprimée en décembre 2003 sans que le comité d’entreprise puisse dire son mot.

Aussitôt après l’intervention policière, les sorties de l’entrepôt un fois dégagées, la direction de H & M, mettant semble-t-il les intérimaires à contribution pour effectuer le travail, s’est empressée de faire partir des camions. Réunis dans une salle de la mairie du Bourget, les grévistes discutaient hier après midi des suites à donner à leur action. « J’ai le coeur qui saigne mais on ne va pas s’arrêter là », assurait une salariée, qui soulignait aussi que les 76 grévistes assignés en référé par la direction n’avaient pas vu leur paye du mois virée comme elle aurait dû l’être le 24 décembre. Pour H & M, il n’y a décidément pas de petits profits...

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