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Un article de Fanny Doumayrou paru dans l’Humanité du 21 juin 2005

Pénibilité : le Medef évacue la retraite anticipée

mercredi 22 juin 2005 par Fanny Doumayrou
Troisième séance de négociation sur la pénibilité au travail. Le texte du Medef ne fait aucune allusion à la retraite anticipée, mais tente de revenir sur des acquis. Les syndicats attendent une définition très précise de la notion de pénibilité.

La journée d’action de la CGT, aujourd’hui, coïncide avec la troisième séance de négociation entre syndicats et patronat sur la pénibilité au travail, qui se tiendra cet après-midi au siège du MEDEF. Rappelons que cette négociation s’est ouverte en février, en application de la loi de réforme des retraites d’août 2003. À l’époque, le gouvernement avait concédé une possibilité, très restreinte, de retraite avant 60 ans pour les salariés « longue carrière » ayant commencé à travailler très jeunes. Mais il avait refusé d’aborder la question de retraites anticipées pour les travailleurs usés par des métiers pénibles. Pour faire bonne figure, il avait renvoyé la question à une négociation interprofessionnelle « sur la définition et la prise en compte de la pénibilité », devant aboutir dans les trois ans.

Le MEDEF, très peu enclin à négocier lorsqu’il s’agit d’avancées pour les salariés, a traîné des pieds avant d’accepter d’ouvrir les discussions en février. Mais il a aussitôt fermé la porte à l’idée de départs anticipés pour travaux pénibles, qui constitue pourtant l’objet central de la négociation. Les syndicats estiment que, pour ne pas institutionnaliser la pénibilité, la prévention et l’amélioration des conditions de travail sont incontournables. Mais dans l’immédiat, la perte d’espérance de vie des salariés aux métiers pénibles justifie le financement de départs anticipés, pour que ces personnes profitent de quelques années de repos. À l’issue de la deuxième séance en avril, le patronat ne s’est toujours pas exprimé mais les syndicats ont salué ses « petits pas en avant ». Selon eux, le syndicat patronal avait enfin accepté d’établir une définition de la pénibilité et de discuter de la possibilité de départs anticipés. Il devait rédiger une proposition d’accord pour la séance suivante.

Le texte sur la table aujourd’hui risque de décevoir. Le titre I, sur l’« amélioration des conditions de travail », se contente de réaffirmer des bonnes intentions très générales, gommant le bilan catastrophique de la dégradation des conditions de travail sur la santé des salariés. Le texte fixe ainsi aux partenaires sociaux des branches et des entreprises l’objectif d’« améliorer la situation des salariés au travail pour renforcer leur intérêt au travail et leur permettre de poursuivre leur carrière jusqu’à son terme dans les meilleures conditions, d’autre part de renforcer la compétitivité des entreprises » !

Alors que les syndicats attendent une définition très précise de la pénibilité pour établir des critères et modalités de départ anticipés (la CGT propose un trimestre d’anticipation pour un an de travail pénible), le MEDEF botte en touche.

Le titre II porte sur la « pénibilité » mais propose une définition floue, voire provocatrice des « facteurs de pénibilité » : « des efforts physiques marqués, un environnement agressif, certains rythmes de travail ». La question d’une réparation par départ anticipé n’est pas évoquée. Plus grave, le texte invite les entreprises et branches à dresser un bilan des avantages (primes, repos) existants pour les postes pénibles, pour réaffecter cet argent « à des actions nouvelles d’adaptation des postes de travail destinées à en réduire le degré de pénibilité ». Par exemple, on supprime à un salarié sa prime de pénibilité ou des journées de repos compensateur en échange de l’installation d’une nouvelle machine plus ergonomique ! Aux salariés usés, le MEDEF offre une porte de sortie illusoire, la reconversion : « Pour les salariés affectés à des postes où il n’est pas possible de réduire de façon significative la pénibilité, les entreprises (...) offriront à chaque salarié la possibilité d’accéder à des formations leur permettant de réorienter leur parcours professionnel dans l’entreprise vers d’autres postes. » Mais dans les entreprises où se concentrent les travaux pénibles, la plupart des postes sont pénibles, ce qui ne permet pas de reclassement.

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