Liste des auteurs

Lucy Bateman | L’Humanité du 2 novembre 2006.

Petit Casino :la révolte des gérants

jeudi 2 novembre 2006 par Lucy Bateman
Commerce . L’Humanité a reçu de nombreux témoignages de gérants de supérettes qui rejoignent le récit des époux Fléchais publié la semaine dernière. Tous dénoncent les méthodes du groupe.

L’histoire de Nadia et Yves Fléchais, anciens gérants d’une supérette qui ont déposé plainte contre Casino pour « escroquerie » et « harcèlement », a libéré la parole chez ces petits commerçants d’un genre particulier. Depuis sa parution le 25 octobre dans les colonnes de l’Humanité, nous avons reçu de nombreux témoignages qui racontent une histoire similaire : attirés par la liberté et le statut qu’offre le petit commerce, des candidats à la gestion d’un Petit Casino se retrouvent à enchaîner des semaines de 60 heures pour un revenu qui n’excède pas le SMIC. Sans l’indépendance promise par le groupe qui veille de près à leur gestion. Et finissent par voir leur contrat rompu pour des déficits d’inventaire dont ils estiment ne pas avoir le contrôle. Un forum ouvert sur Internet bouillonne de témoignages (lire ci-dessous). Nous avons choisi de donner la parole à trois nouveaux couples, qui ont accepté de se raconter à visage découvert (voir pages 3 et 4).

un statut hybride

Ils sont gérants-mandataires, un statut hybride créé en 1944, à mi-chemin entre celui d’indépendant et celui de salarié. Toute l’ambiguïté vient de là. En principe, ils sont libres de leur gestion, de fixer leurs horaires d’ouverture et leurs jours de congé, et responsables de leur stock. En fait, insiste un délégué syndical qui veut rester anonyme, « nous ne sommes pas gérants de société, mais employés du groupe. La subordination - est complète, on reçoit des ordres, le service commercial de Casino peut arriver à l’improviste, faire pression pour que l’on ouvre 7 jours sur 7 ou les jours fériés ». Mais les vols, les chèques en bois ou les faux billets sont supportés par le gérant, ainsi qu’une partie des frais de carte bancaire, les frais de tenue de compte ou les éventuels agios.

Les heures de travail sont longues : au minimum 60 heures par semaine, pour un revenu qui correspond à 6 % du chiffre d’affaires, avec un minimum garanti : 1 935 euros brut, un SMIC et demi pour un couple, avec un logement de fonctions. « Ça veut dire qu’un des deux cogérants travaille à moitié prix », ironise le délégué, qui précise : « Si le gérant a besoin de prendre un employé parce que le magasin marche bien, il devra le payer, ainsi que les cotisations patronales, sur sa commission. Et courir le risque de voir baisser ses revenus. » Il sera également, fait - inédit, à la fois salarié et - employeur. Pour Claudine Bouyer-Fromentin, l’avocate des époux Fléchais, et d’un autre couple installé en Rhône-Alpes, « les gérants sont pieds et poings liés ». Elle estime qu’ils peuvent s’en sortir à condition que Casino mette ses engagements par écrit et les respecte : Casino peut prendre en charge l’embauche d’un employé. Pour Jean-Christophe Bonfils, l’avocat d’un des couples qui témoignent aujourd’hui, « ce statut permet à Casino d’échapper à la législation sur le temps de travail. Et de transférer le risque commercial sur les gérants ».

Ils ne signent pas un contrat de travail, mais un contrat de gérance ou de dépôt. Ils remplissent pourtant tous les critères du lien de subordination qui définit le statut de salarié : le lien exclusif avec l’entreprise Casino, la fourniture du local, l’exploitation dans des conditions fixées par le groupe... Un certain nombre de gérants, remerciés par Casino, saisissent les prud’hommes pour faire requalifier leur contrat en contrat de travail, et contester sa rupture.

Un motif récurrent de rupture est « le déficit d’inventaire », explique une avocate qui défend des gérants devant les prud’hommes et le tribunal de commerce. « On leur met huit personnes dans les pattes, sans qu’il leur soit possible de contrôler le scannage des produits. Et quand on leur impute un déficit, il est calculé au tarif de la vente au client, TVA comprise », affirme-t-elle. « C’est impossible », réagit Caroline Simon, l’attachée de presse du groupe, « les inventaires se font selon des règles très strictes ». Elle ajoute : « Il ne faut pas oublier l’intérêt du statut des gérants-mandataires : ils sont indépendants, ils organisent leur gestion comme ils le souhaitent, sans avoir à investir pour acheter le stock qui appartient à Casino. » Et les multiples sujétions auxquelles ils sont soumis ? « Casino a une politique commerciale, c’est normal que les gérants la respectent. » Et de poursuivre, enthousiaste : « Le turn-over chez ces gérants n’est que de 10 % chaque année, un chiffre particulièrement bas dans la distribution. Les gérants sont donc satisfaits. Ces 4 000 supérettes permettent au petit commerce de se maintenir. Alors si 10 gérants sur ces 4 000 sont mécontents... » S’ils ne sont que 10, alors ils ont tous contacté l’Humanité.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !