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Un article de Vittorio de FILIPPIS et Christian LOSSON paru dans Libération du 22 avril 2005

Pétrole, attention au choc

vendredi 22 avril 2005 par Vittorio DE FILIPPIS, Christian LOSSON
Stocks limités, demande chinoise croissante, conflits... tous les ingrédients sont là.

Le laïus des experts en énergie, début 2005 (« inquiétant » mais « surmontable »), n’est plus de mise. Le « choc pétrolier » se révèle de moins en moins « rampant » et de plus en plus « durable ». L’augmentation des prix à la pompe provoque des crises sociales dans plusieurs pays du Sud (Indonésie, Honduras...). Le Costa Rica s’apprête à déclarer l’état d’urgence économique. Et les pays développés redoutent les ravages d’une stagflation, où une croissance émolliente serait doublée d’une inflation galopante.

En une semaine, le spectre a refait surface. Le FMI, peu suspect d’alarmisme, retient l’hypothèse d’un baril à 100 dollars. Et s’inquiète que « les prix élevés et fluctuants » représentent « un risque sérieux pour l’économie mondiale ». La Commission européenne reconnaît que, si « la demande de pétrole continue de croître en Chine et en Inde » et si « la capacité d’approvisionnement reste faible », alors « le risque d’un choc entre l’offre et la demande existe ». Et Jean-Pierre Raffarin manie le mot tabou de « choc pétrolier » pour tenter d’expliquer un chômage à la hausse.

Les conjonctions géopolitiques (Irak, Nigeria ou Venezuela) ne sont pas seules à brouiller les cartes. La gloutonnerie chinoise, l’insouciance « pétrophage » américaine viennent rappeler que la demande a gonflé de 3 % l’an passé. Surtout, les puits de pétrole tournent à plein régime, les capacités de raffinage sont en surchauffe, le manque d’investissements des pays producteurs pèse, le défaut de transparence sur les stocks inquiète et, faute de volonté politique, les énergies de rechange restent un doux rêve. Le monde consomme depuis dix ans plus de pétrole qu’il n’en est découvert chaque année. Les stocks exploitables se réduisent. Et le brut risque encore de grimper (lire ci-contre).

Certes, le baril n’atteint pas encore le niveau de 1973. Il faudrait, en dollars constants, qu’il dépasse 80 dollars. Mais toute progression de 5 dollars engendre une perte de croissance de 0,2 % à 0,5 %. Les banques centrales pourraient bien décider d’augmenter les taux d’intérêt pour refroidir la hausse de prix provoquée par celle du baril... Au risque de ralentir encore plus la croissance.

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