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Clotilde Mathieu | L’Humanité le 20.02.2008

Philippe Matzkowski : " Renforcer la démocratie à l’entreprise "

jeudi 21 février 2008 par Philippe Matzkowski, Clotilde Mathieu
Philippe Matzkowski préside le collectif constitué en 2006 pour lutter contre les rachats d’entreprises à des fins spéculatives.

L’année 2007 a été l’année de tous les records pour les fusions-acquisitions. Quelle a été l’activité du collectif LBO pendant cette période ?

Philippe Matzkowski. Avec la médiatisation de notre collectif, et la prise de conscience qu’elle a suscitée au-delà de nos frontières, de nombreux experts - économistes, juristes, fiscalistes, syndicalistes internationaux - nous ont contactés. Ceux-ci ont permis d’enrichir le discours du collectif vers des solutions alternatives. Puis, le collectif a demandé à Alain Bocquet, député communiste du Nord, d’intervenir à l’Assemblée nationale sur le cas TDF et Cegelec. Pour aller plus loin, le député a proposé une commission d’information qui s’est transformée en mission d’information, votée en janvier 2007.

La crise financière qui pèse sur le crédit et plus largement sur notre économie peut-elle remettre en cause le recours aux LBO ?

Philippe Matzkowski. La difficulté d’accéder au crédit peut pénaliser un peu les LBO, surtout les plus spéculatifs et les rachats très importants. Mais, si on regarde l’actualité économique, plus de 80 % des sommes investies se réalisent dans des PME de moins de deux cent cinquante personnes, pour lesquelles les LBO arrivent toujours à trouver des prêts. Ensuite, avec la crise, le prix des actifs boursiers est à la baisse : les fonds peuvent acheter un plus grand nombre d’entreprises pour la même somme investie. Sur les grandes entreprises, qui nécessitent un investissement plus conséquent, la levée de fonds risque d’être très difficile. Mais les fonds de placement détenus par un État, plus connu sous le nom de fonds souverains, ont les moyens de réaliser ces investissements et commencent à s’intéresser à des grandes sociétés occidentales. Si eux se mettent à faire des LBO, la pression financière continuera.

Pensez-vous, comme le MEDEF, que les LBO vont se réguler d’eux-mêmes ?

Philippe Matzkowski. Non, car ils sont soumis à une concurrence très forte. Les sociétés de gestion garantissent à leurs clients des taux de rendement élevés ; ces fonds récoltés sont ensuite placés dans des entreprises. Si une autre société garantit une rentabilité financière plus élevée, alors elle va récupérer plus de clients et lever plus de fonds. Au final, c’est toujours une course en avant.

Comment stopper la machine ?

Philippe Matzkowski. Une des pistes est le renforcement de la démocratie sociale dans l’entreprise. Les comités d’entreprise doivent connaître le montage financier et le montant de la dette qui repose sur l’entreprise, car ils conditionnent toute la gestion et les conséquences sociales. C’est grâce à ces informations que les salariés sont capables de juger si les pressions financières sont trop importantes et incompatibles avec les besoins en salaires, en personnels et en investissements. Si la pression financière est forte, les élus du comité d’entreprise seront dans la capacité d’alerter les salariés et de créer un rapport de forces suffisant pour faire plier les appétits financiers dans l’entreprise.

Plus globalement, il faut une prise de conscience la plus large possible. Il faut créer une convergence entre les forces syndicales, politiques, associatives et citoyennes. Il y a dans ce pays une culture de lutte, des avancées historiques. Il faut s’appuyer sur ce qu’on a pour faire pression sur le gouvernement et le contraindre à ne plus être au service du capitalisme financier.

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