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Un article de Sophie Fay paru dans Le Monde du 21 avril 2005

Plusieurs enquêtes sur les besoins en main-d’oeuvre des entreprises relancent le débat sur le contrôle des chômeurs en France

jeudi 21 avril 2005 par Sophie Fay

Dans plusieurs secteurs de l’économie française, les offres d’emplois sont importantes, mais ne trouvent pas preneurs. En dépit de la montée du nombre de chômeurs ­ ils sont aujourd’hui près de 2,5 millions ­, l’hôtellerie-restauration, le bâtiment, certaines fonctions médicales, ou encore le transport routier, ont du mal à recruter.

L’Unedic l’a souligné dans son enquête sur les besoins de main-d’oeuvre (BMO), publiée lundi 18 avril (Le Monde du 19 avril), et ses conclusions vont au-delà de ces quelques secteurs : elle établit, en effet, que les entreprises se disent prêtes à recruter, en tout, 1,2 million de personnes en 2005, mais que plus de 45 % d’entre elles éprouvent des difficultés à trouver des candidats. La chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP) a relancé le débat, mardi, en publiant sa 29e enquête de conjoncture (un sondage par téléphone auprès de 6 000 entreprises, effectué du 7 au 23 mars par l’institut Médiamétrie).

En Ile-de-France, précise-t-elle, 90 000 propositions d’emploi restent non pourvues, alors qu’on recense 600 000 chômeurs. La CCIP relève que 21 % des PME de la région parisienne et 37 % des grandes entreprises rencontrent des difficultés de recrutement telles "qu’elles font obstacle, plus d’une fois sur deux, à leurs projets d’embauche".

Ce constat, qui pourrait sembler normal en phase de reprise économique, surprend aujourd’hui, alors que la croissance reste modérée. Le Medef a indiqué, mardi, que le produit intérieur brut français ne devrait pas progresser de plus de 1,7 % en 2005.

ENJEU ÉCONOMIQUE

Pour le président de la CCIP, Pierre Simon, ce décalage entre offres et demandes d’emplois commence à peser sur la croissance en France. L’enjeu n’est plus seulement social, "il est économique", insiste Nicolas Jacquet, directeur général, sans toutefois le chiffrer.

Dans cette logique, la CCIP a cherché à quantifier les conséquences, pour les entreprises et leur activité, de ces difficultés à recruter. Pour 54 % des entreprises de la région parisienne, elles entraînent une "impossibilité de répondre à la demande" ; pour 48 %, elles se traduisent par une augmentation du temps de travail des salariés en place ; 44 % des entreprises estiment que ces difficultés conduisent à une réduction d’activité et 22 % se disent obligées de recourir à "une main-d’oeuvre ou à des prestataires étrangers". Seul point positif, cette situation entraîne, pour une entreprise sur quatre, une redéfinition de ses plans de formation.

"VOLONTÉ DE CULPABILISER"

La CCIP veut faire de cette question des emplois non pourvus son cheval de bataille. C’est pourquoi elle a organisé, mardi, une conférence sur ce thème, en réunissant les principaux responsables politiques d’Ile-de-France.

Afin de tenter d’expliquer leurs difficultés de recrutement, les entreprises de la région parisienne ont, notamment, évoqué les questions du logement ­ trop cher ­ et du transport. Elles ont aussi avancé d’autres explications : la pénurie de candidats, l’inadéquation des formations aux besoins, l’image du métier ou les conditions de travail, ou encore les exigences du candidat.

Les conclusions de la CCIP, comme celles de l’Unedic, renvoient à un autre débat : celui de la motivation de certains chômeurs à retrouver rapidement un poste. Le directeur de l’Unedic, Jean-Pierre Revoil, a très clairement posé la question dans La Tribune, lundi 18 avril. "Nous avons encore trop, en France, une culture d’assistance", a-t-il affirmé. Et s’il a insisté sur le fait qu’une large majorité de gens "sont en grande souffrance et se démènent pour trouver un emploi et un salaire", il n’en a pas moins relevé que "quand on regarde comment les personnes privées d’emploi vivent, les premiers mois de chômage, on constate une forte passivité".

"Il faut habituer les Français à être beaucoup plus réactifs. Si le chômeur refuse la démarche de recherche et d’accompagnement vers l’emploi alors qu’il est indemnisé, il y a un problème. Il faut trouver des moyens de pression, voire de contrôle, et même dans certains cas avérés, de sanction", a-t-il ajouté. Et il a conclu en expliquant qu’"il faut dégripper le marché du travail".

Dans la foulée de l’enquête BMO de l’Unedic, FO a réagi, dénonçant la "volonté de culpabiliser les chômeurs et, au-delà, de les sanctionner par la privation de leur maigre revenu de remplacement".

La polémique sur le contrôle des chômeurs redémarre donc. Ce thème est, entre autres, au coeur des négociations entre l’Etat, l’ANPE et l’Unedic qui, dans le cadre du plan Borloo de cohésion sociale, doivent permettre d’élaborer une convention tripartite afin d’améliorer le système public de reclassement des chômeurs.

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