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Bertrand Bissuel | Le Monde le 29.02.2008

Polémique autour d’une prime "antigrève" chez GT Logistics

vendredi 29 février 2008 par Bertrand Bissuel

S’agit-il d’une prime antigrève ? Ou d’une banale gratification accordée aux personnels méritants ? La direction de GT Logistics a, en tout cas, provoqué une vive polémique en offrant 1 000 euros à ses salariés - à condition qu’ils s’astreignent à une certaine continuité dans leur travail. Jugeant la démarche illicite, 41 employés de cette entreprise implantée à Tarnos (Landes) ont saisi le conseil des prud’hommes de Dax, avec l’aide de la CGT, tandis que la CFDT a annoncé, mercredi 27 février, qu’elle allait engager une action en référé.

L’affaire commence au début du mois de février. Des négociations salariales étaient alors ouvertes dans cette société qui assure la sous-traitance de certaines activités confiées par Turbomeca, le fabricant de turbines d’hélicoptères (manutention de pièces, conditionnement, etc.). "La direction répondait "non" à la quasi-totalité de nos demandes", raconte Pierre Prat, délégué syndical CFDT. Exaspérés, entre 30 et 35 salariés (sur près de 100) ont cessé de travailler durant un peu plus d’une heure, le 7 février, d’après M. Prat. Le 11, un nouveau débrayage s’est produit : cette fois-ci, la moitié du personnel y a participé. Eric Sarrat, le président du groupe GT, qui contrôle GT Logistics, s’est rendu à Tarnos, le 12 février, pour essayer de résoudre le conflit.

"1 000 EUROS... REMBOURSABLES"

C’est dans ce contexte qu’il a proposé à ses salariés de signer un "contrat de garantie de permanence de prestation chez Turbomeca". Ce document de quelques lignes stipule que "GT Logistics verse ce jour une avance permanente de 1 000 euros au soussigné". "En contrepartie, poursuit-il, le soussigné s’engage à maintenir la permanence de sa prestation." La somme versée est "remboursable (...) en cas de non-respect (du) contrat", établit-il encore.

Certains employés se sont indignés, estimant que la direction cherchait à acheter leur docilité. "C’est une remise en cause du droit de grève, qui est inscrit dans la Constitution, déclare M. Prat. En théorie, les salariés qui ont signé le contrat de garantie peuvent se remettre en grève. Mais ils doivent alors rembourser l’avance. Comment voulez-vous qu’ils fassent lorsqu’ils gagnent 1 000 ou 1 200 euros par mois ?"

Pour Me Farida Hadidi, l’avocate de la CFDT, la direction traite sa main-d’oeuvre de façon discriminatoire : ceux qui s’abstiennent de débrayer sont récompensés, les autres non. L’initiative de GT est un non-sens, selon Me Hadidi, puisque le contrat de travail oblige déjà le salarié à remplir sa mission - sous peine de sanctions s’il n’est pas à son poste sans raison valable. Enfin, le "contrat de garantie" est "tellement flou", aux yeux de l’avocate, qu’il pourrait bien avoir pour conséquence d’imposer aux signataires la restitution de "l’avance" en cas d’arrêt-maladie, par exemple.

Contacté par Le Monde, M. Sarrat n’a pas souhaité s’exprimer. Le 20 février, sur l’antenne d’Europe 1, il avait expliqué que le dispositif incriminé visait à récompenser "l’assiduité au travail" de ses employés. "Il n’y a aucun problème pour que les salariés, y compris ceux qui ont signé (le contrat de garantie), puissent se mettre en grève", avait-il ajouté. A d’autres médias, il avait confié son souci de ne pas perdre le contrat de sous-traitance liant GT Logistics à Turbomeca. D’après le président du groupe GT, environ 60 % des personnes employées à Tarnos ont accepté les 1 000 euros - un ordre de grandeur jugé "crédible" par M. Prat. Le délégué syndical CFDT précise que "deux ou trois" de ses collègues ne voulaient pas de l’avance mais l’ont néanmoins prise car elle améliorait leur situation : "Ils m’ont dit : "J’ai honte mais je ne peux pas faire autrement.""

L’affaire a été jugée si sensible et si complexe que la direction générale du travail est en train de réaliser une expertise juridique. "On s’exprimera sur le fond quand elle sera terminée", indique-t-on dans l’entourage du ministre du travail, Xavier Bertrand.

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