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Article de Thomas Lemahieu paru dans L’Humanité du 6 octobre 2006

Polimeri bafoue la dignité des salariés

vendredi 6 octobre 2006 par Thomas Le mahieu
Chimie . Après un an de conflit, la direction organise des licenciements au rabais. Et, tout en finançant une partie du plan social, les pouvoirs publics continuent de regarder ailleurs.

C’est un pur scandale de la France invisible. Commencé avec l’annonce, le 30 septembre 2005, de la fermeture de cette usine de production de caoutchouc synthétique dans l’Isère, le dernier épisode du feuilleton Polimeri approche, semble-t-il, et, pour les 250 salariés de la filiale du géant pétrolier italien ENI, il promet désormais d’être assez nauséabond. Une issue dans la douleur, en colère, tendue, enragée, écoeurante... Une fin en eau de boudin, et pis ! Voilà que les pouvoirs publics et, bien sûr, la direction de l’entreprise paraissent disposés à faire boire aux salariés récalcitrants depuis plus d’un an ce brouet jusqu’à la lie. Les « Polimeri » voulaient faire redémarrer leur usine ; c’est niet. Ils avaient déniché par eux-mêmes un repreneur sérieux mais, après que, pour des raisons inavouables et en tout cas sans la moindre explication, le groupe chimique américain ISP a été contraint fin août de jeter l’éponge, ils ont vérifié qu’on organisait bel et bien une politique de terre brûlée pour toute la chimie au Sud de Grenoble. Ils exigent depuis lors un plan social tout simplement décent pour partir dans la dignité, la tête haute, mais, selon l’expression de Fred Vivancos, délégué CGT, ce sont des « miettes pour les pigeons » qu’on leur balance, et encore avec cette vicieuse parcimonie qui trahit la frénésie punitive des puissants.

Au cours du mois de septembre, trente heures de négociations à la préfecture de l’Isère et des dizaines d’autres avec la Direction départementale du travail et de l’emploi (DDTE) n’y ont rien fait, ou presque (lire ci-contre) : la direction de Polimeri continue de faire fonctionner le chantage à plein régime et, tout en accordant plus de 2 millions d’euros pour financer le plan de liquidation d’une filiale d’ENI dont les bénéfices nets devraient, selon les prévisions, augmenter de 30 % en 2006 pour s’établir à 12 milliards d’euros, les représentants de l’État laissent faire en regardant ailleurs. « La direction ne nous a rien donné, déplore Gaby Vittinger, secrétaire CFDT du comité d’entreprise (CE). On les a forcés à nous octroyer un tout petit chouia, mais c’est vrai que ça n’est pas grand-chose. On en était à moins que zéro au départ, mais maintenant qu’on est arrivés à zéro, on doit décider si on veut ça ou rien ! »

Dans ce contexte, les syndicalistes pointent, une fois de plus, la défaillance du gouvernement. Dernière embrouille en date, et pour des clopinettes en plus : hier matin, la direction présente un « protocole de fin de conflit » qui viole le code du travail, par exemple, en refusant de payer les congés payés des salariés qui pourraient partir en préretraite, et que font les pouvoirs publics ? Silence radio : ils n’interviennent pas, arguant en substance que les syndicats doivent maintenant absolument signer l’accord pour ne pas perdre leurs maigres acquis et que, si cet accord est dérogatoire, ça n’est plus le problème de l’administration... La boucle est bouclée, le comble du cynisme atteint. « Il n’est pas question de nous faire signer un accord dans ces conditions, explose, hier midi, Yves Bassard, délégué CGC. S’ils ne veulent même pas respecter le code du Travail, c’est le problème de la préfecture et du ministère, pas le nôtre ! »


ENI fait les poches de l’État

Au cours de la négociation, l’intersyndicale est parvenue à arracher le principe d’une « indemnité transactionnelle » - terme choisi par la direction pour éviter l’expression « indemnité de préjudice moral » - équivalent à dix mois de salaires pour les futurs licenciés de Polimeri. Ce qui, dans la plupart des cas, devrait doubler la prime de licenciement. Les syndicats ont par ailleurs réussi à abaisser l’âge requis pour les préretraites et l’État prend en charge le coût (1,7 million d’euros) d’un dispositif FNE pour les salariés de plus de cinquante-sept ans. De manière complètement fortuite, les salariés viennent d’apprendre que le gouvernement accordait une autre enveloppe de 450 000 euros à Polimeri pour la prise en charge à moitié des cotisations sociales des préretraités. « Dans cette affaire, la direction de Polimeri semble n’avoir qu’une ambition, fulmine Fred Vivancos (CGT). C’est de faire les poches de l’État au maximum et, même si on ne connaît pas l’enveloppe que Polimeri veut consacrer au plan de liquidation, on sait que le groupe ponctionne son autre site en France à Dunkerque. C’est un comble car c’est l’argent public et la sueur de nos camarades du Nord qui vont financer notre mise à mort ! »

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