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un tract de la FNME CGT

Politique énergétique : entre effet de serre et marché

mardi 6 mars 2007 par FNME-CGT

LA RESPONSABILITÉ DE L’ACTIVITÉ HUMAINE DANS L’EFFET DE SERRE NE FAIT PLUS DE DOUTE

Le rapport publié le 2 février dernier par le Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat (GIEC) a fait l’effet d’une bombe médiatique. La nouveauté, c’est la conviction renforcée et consensuelle des scientifiques mondiaux sur le fait que « l’essentiel de l’augmentation observée des températures moyennes depuis le milieu du 20ème siècle est très probablement dû à l’augmentation des concentrations de gaz à effet de serre engendrées par l’homme ». Cela permet d’approcher les scénarios possibles des conséquences de l’effet de serre sur le réchauffement climatique.

Agir sur les causes nécessitera des actions qui ne relèvent assurément pas d’une simple modification des comportements individuels, mais qui appellent des mesures politiques, mondiales, concertées, à la fois immédiates et de long terme.

Immédiates, car le système climatique planétaire est doué d’une très grande inertie : l’impact des efforts entrepris aujourd’hui n’aura un effet certain qu’à la fin du siècle. De long terme, car le nécessaire développement économique des pays où des populations entières sont aujourd’hui privées des droits humains les plus élémentaires ne pourra souffrir d’aucun ralentissement qui, de fait, serait consenti au profit des pays développés.

UN CONSTAT SCIENTIFIQUE QUI APPELLE DES DÉCISIONS POLITIQUES INNOVANTES

Lors de la conférence internationale sur l’environnement à Paris, le Président Chirac a appelé à ouvrir une nouvelle ère politique : celle d’une « révolution des consciences, d’une révolution économique, d’une révolution politique ». Selon lui, les «  économies les plus innovantes et les plus respectueuses de l’environnement seront les plus puissantes »… à condition de se doter de « règles de concurrence claires et loyales pour éviter la guerre écologique ». Le Président Chirac fait la révolution à bon compte puisqu’il prend pour hypothèse que le développement durable devra s’accommoder, quoi qu’il en soit, des règles financières du marché, dans des secteurs comme l’é- nergie, le transport ou l’habitat.

Parlons énergie

La Commission européenne a présenté le 10 janvier dernier un paquet énergétique fait de mesures volontaristes présentant un intérêt quant aux choix énergétiques et de dispositions nouvelles de déréglementation dont la gravité est avérée.

DES MESURES VOLONTARISTES DONT IL FAUT DÉBATTRE…

L’ensemble des mesures proposées dans le paquet énergé- tique, se veut une réponse aux défis environnementaux ; économies d’énergie et efficacité énergétique ne sont pas des objectifs contestables. Il y a débat entre les pays europ éens sur les objectifs à se fixer. Si tout ce monde s’accorde sur le fait que l’objectif majeur est la réduction des émissions de CO2, certains pays, dont la France, discutent les moyens à utiliser. Faut-il, comme le préconise le commissaire européen, se fixer des objectifs en matière d’émission de CO2 et laisser chaque pays déterminer les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir ou fixer parallèlement des objectifs de développement des énergies renouvelables ? En fonction de leur mix énergétique (le mix énergétique, ou bouquet énergétique, est la proportion des différentes sources dans la production d’énergie), les pays européens ont des approches différentes.

Cela n’empêche évidemment pas de développer de façon volontariste les énergies renouvelables, mais en visant la meilleure utilisation possible des ressources.

C’est notamment le cas de la production d’électricité éolienne. Couplée à des capacités de stockage, elle pourrait constituer une véritable avancée. Couplée aux moyens de secours thermiques classiques, nécessaires aujourd’hui, elle s’avère problématique, tant du point de vue économique (elle a un coût excessivement élevé), qu’écologique (elle aboutit de fait à des rejets de CO2).

Aussi, faut-il distinguer dans le développement des énergies renouvelables ce qui est pertinent à court, moyen et long termes. De ce point de vue, il n’est pas sûr que la production d’électricité soit le domaine où les énergies renouvelables sont intéressantes à court terme, tandis que l’habitat recèle de véritables potentialités (chauffage par géothermie et chauffe-eau solaires par exemple).

Au contraire, le recours à l’électricité peut contribuer à la réduction de la consommation énergétique (pompes à chaleur).

Enfin, le domaine des transports recèle des gisements d’économies d’énergie par la baisse des consommations des véhicules et la réduction des rejets de CO2 tant par le développement des biocarburants que par le développement des véhicules hybrides.

…ET DES MESURES DE DÉRÉGLEMENTATION QU’IL FAUT COMBATTRE !

Dans le paquet énergétique présenté le 10 janvier dernier, la Commission européenne propose tout à trac d’engager les pays européens dans un nouvel élan pour le marché intérieur de l’énergie et préconise des mesures urgentes : la séparation totale de propriété des réseaux (transport et distribution) et de la production pour instaurer un marché vraiment concurrentiel, et la constitution d’une régulation à l’échelle européenne pour accélérer la mise en oeuvre des échanges commerciaux transfrontaliers.

L’ÉNERGIE À BASE DE COMBUSTIBLE NUCLÉAIRE : UNE SOLUTION INCONTOURNABLE AU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

Il serait malhonnête de vouloir prétendre prévenir le réchauffement climatique en faisant l’impasse sur l’énergie nucléaire. Les scientifiques expliquent l’urgence de prendre des décisions radicales dès aujourd’hui pour espérer en voir les effets à l’échelle du siècle. On peut s’accorder sur l’importance de la recherche - ce qui implique aussi dans ce domaine des décisions urgentes en matière de budget et de contenu. Mais on sait que la mise en œuvre industrielle des innovations alternatives aux technologies actuelles que l’on peut en attendre se situe dans la même échelle de temps (piégeage du CO2, fusion nucléaire).

A court terme, l’appel massif aux énergies renouvelables, hormis le grand hydraulique, ne résout pas l’équation du développement, de l’écologie et de la sécurité d’alimentation (éolien, biomasse notamment).

Deux conséquences du développement de l’énergie nucléaire font débat : le risque de prolifération des matières radioactives à des fins militaires et la question des déchets. Ces deux sujets ne sont pas sans solution : politique pour le premier, sociale et technique pour le second. En particulier, la mise en œuvre des réacteurs dits de 4ème génération, qui ne sont autres que les petits frères de Superphénix, et les recherches sur la séparation-transmutation, permettraient conjointement de réduire le volume et la nocivité des déchets et d’économiser le combustible naturel.

Par contre, tout recul de l’énergie nucléaire dans la production d’électricité a pour conséquence inéluctable d’augmenter la production des gaz à effet de serre : le moratoire sur les investissements en Europe pendant 15 ans pour cause de libéralisme conduit aujourd’hui à devoir décider dans l’urgence de la construction de cycles combinés au gaz, ou de centrales thermique fioul ou charbon pour prévenir les risques de pénurie.

Par ailleurs, construire de l’éolien impose de construire soit des barrages hydrauliques, soit des centrales thermiques à flamme, pour parer au caractère aléatoire de la production éolienne.

C’est cet état des lieux qui fait dire au Président d’EDF que les deux tiers des investissements d’EDF se feront dans le thermique à flamme et, dans une moindre mesure, dans l’éolien.

C’est ce qui conduit la Commission européenne à défendre une nouvelle approche sur la question de l’énergie nucléaire. Celle-ci invite les états membres concernés à réfléchir à leur politique d’arrêt progressif du nucléaire et propose que l’on puisse prendre des décisions concernant de nouveaux investissements ou la prolongation de durée de vie de certains réacteurs.

La maîtrise publique de l’énergie : une solution d’avenir

Mais ces orientations sont-elles solubles dans la vision court-termiste du marché et le gaspillage des ressources financières et sociales provoqué par la mise en concurrence et les fusions entre grands groupes ? 36 milliards dilapidés par E.On dans l’OPA sur Endesa ; 1400 suppressions d’emplois dans la fusion Essent-Nuon aux Pays bas ; démixage gaz et électricité et désorganisation sans précé- dent de la distribution en France ; remplacement d’un départ sur 4 à EDF provoquant 4000 suppressions d’emplois d’ici 2008 ; fusion Suez- Gaz de France ; ouverture à la concurrence pour les particuliers en 2007… Au contraire, elles rendent encore plus crédibles les alternatives proposées par la CGT : un renforcement du contrôle public sur le secteur, une fusion 100 % publique d’EDF et Gaz de France pour un service public mixte et de proximité, et une agence européenne de l’énergie pour promouvoir une politique énergétique de coopération.

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