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Christian Vallery | Energies Syndicales décembre 2011

Politique indutrielle : changer de cap... vite !

mercredi 25 janvier 2012 par Christian Vallery
600000 emplois perdus depuis 2000. C’est dire si le tissu industriel en France va mal. Pour l’automobile, la sidérurgie, l’énergie, les grands groupes ou les PME, il est urgent de sortir l’industrie de cette tenaille qui a pour nom la rentabilité financière.

Novembre 2011, triste mois en vérité, pour l’un des plus grands noms de l’industrie. Le 15, PSA annonce un plan de 6 800 suppressions de postes, dont 5 000 en France. Le tout « sans licenciement sec ni plan de départs volontaires » Ce qui ne console personne… Jean-Pierre Mercier, délégué CGT du comité central d’entreprise du groupe automobile, exprime son amertume devant la presse : « C’est écœurant et révoltant. Il n’y a aucune raison aujourd’hui de supprimer des emplois chez PSA, qui a 11 milliards d’euros de liquidités. »

La révolte le dispute à la surprise. En effet, devant la production et les services généraux, ce sont les chercheurs qui payent le plus lourd tribut, soit 2 100 emplois, sur tous les sites de R&D. De fait, l’annonce de PSA sonne comme un désaveu de la politique de Nicolas Sarkozy, qui a subventionné massivement la R&D via le crédit impôt recherche dont PSA est un gros bénéficiaire. Pour Bernard Devert, secrétaire général de la fédération CGT de la métallurgie, « Depuis ses États généraux en 2009, l’industrie s’est encore affaiblie et ce dans toutes ses filières. Depuis 2000, on a perdu 600 000 emplois. Ce choix fait par le passé de vouloir faire de la France le pays du tertiaire aura été une erreur considérable. Pour la CGT, il y a urgence à changer de cap. »

Rentabilité forcenée

En cinq ans, la production française d’automobiles a chuté de 27 %. Et la déferlante touche jusqu’aux sous-traitants, à l’exemple de l’usine Bosal de Beine-Nauroy, dans la Marne, qui va supprimer 93 emplois. Ici sont fabriqués des attelages de caravanes et des galeries, pour PSA entre autres. Bosal, société néerlandaise, souhaite recentrer ses activités en Allemagne et en Hongrie, plus rentables… « On ne peut pas continuer à mettre l’industrie sous la tutelle des marchés financiers, martèle Bernard Devert. Les exigences de rentabilité sont contre-productives en matière de long terme. On constate que l’investissement industriel en France continue à reculer. Nous sommes le seul pays européen où la formation professionnelle, rapportée au PIB, recule. À l’autre bout de cette chaîne, nous sommes le 3e pays d’Europe où le niveau de dividendes est le plus élevé. »

Quel financement ?

L’industrie française se fragilise. Et, « Avec la crise, on voit un secteur bancaire français qui ne joue plus son rôle, contrairement à l’Allemagne. 75 % des PME françaises n’ont plus accès au crédit. On se retrouve avec des entreprises dont les carnets de commande sont pleins, mais qui n’ont plus la capacité financière d’acheter la matière première. » Désormais, les grands groupes produisent de moins en moins par eux-mêmes : « 40 % des voitures fabriquées par Peugeot ou Renault sont faites ailleurs. » Et font supporter de plus en plus le risque financier aux PME et aux sous-traitants. « En leur demandant parfois d’investir à leur place, y compris dans les études… »

Industrie et énergie indissociables

Ce constat affecte-t-il le secteur énergétique ? « Pour produire de l’énergie, il faut disposer de capacités de production. Où et comment va-t-on fabriquer le matériel nécessaire aux turbines, aux centrales thermiques, hydrauliques ou nucléaires ? Nous avons la possibilité d’investir de nouveaux champs technologiques, notamment autour des énergies renouvelables. Il est incompréhensible aujourd’hui qu’on investisse autant dans l’éolien et que l’industrie française soit incapable de répondre à cette demande. » L’énergie a besoin de l’industrie qui a besoin de l’énergie… « Le faible coût de l’électricité française est un atout, notamment pour la transformation de métaux, très énergivore. Mais la politique du gouvernement et celle de l’Europe, qui consiste à augmenter les prix, va avoir un impact sur la stratégie des groupes (1). Si demain on veut développer l’industrie en France, en lien avec l’énergie, il va falloir changer radicalement de cap. »

La CGT s’y essaye, en initiant notamment des coopérations entre fédérations. Dans les semaines à venir, une initiative va regrouper les fédérations de l’énergie, de la chimie et de la métallurgie autour du site industriel de Tricastin, qui abrite entre autres une centrale nucléaire, un centre d’enrichissement et un centre de recherches. Un travail de décloisonnement et de convergence « Autour de l’emploi et du social qui sont au cœur de notre projet industriel. On a besoin que les salariés puissent peser sur les choix, dans leur entreprise, en renforçant leur poids dans les CE. Mais aussi hors entreprise, dans un contexte local, régional, national voire européen. Les salariés doivent pouvoir peser sur des choix stratégiques qui les concernent. L’industrie et l’énergie ont besoin d’un socle social le plus élevé possible. D’autant que les politiques de mise en concurrence, de prêts de personnels, de précarité, de mobilité, de sous-traitance en cascade fragilisent les capacités des entreprises. »

Perte de maîtrise

Un constat que confirme Marie-Claire Cailletaud, de la FNME. « L’énergie est une filière industrielle qui n’a pas échappé à la désindustrialisation, aux pertes de maîtrise et de compétences. Nous en avons la démonstration sur le chantier de l’EPR de Flamanville. En France, on a perdu la maîtrise de ce type de grands chantiers : on y constate la désorganisation, le manque de tissu industriel et une sous-traitance poussée à l’extrême qui explique aussi la fuite des compétences. »


Industrie et énergie local, global

Il n’y a pas que le nucléaire qui fasse peur

Bernard Devert, secrétaire général de la fédération CGT de la métallurgie

« On voit bien que des groupes tels qu’Arcelor-Mittal (1), qui ferme ses hauts fourneaux en Europe ne se cache pas de préférer aller produire en Inde ou au Brésil. Plutôt que de devoir répondre à des normes environnementales que lui impose – à juste titre - l’Europe, et de faire face à des hausses, partout annoncées, des prix de l’énergie. Et si l’on regarde du côté de l’Allemagne, on voit le syndicat IG Metall, favorable à une sortie du nucléaire, être néanmoins très inquiet quant aux perspectives industrielles du pays.

Un débat national est en train de s’installer outre Rhin contre la construction de grands réseaux de transport, pourtant nécessaires pour acheminer l’électricité depuis les zones de production jusqu’aux sites industriels. La peur de l’industrie ne se limite pas à la peur du nucléaire… »


Chantage à la localisation…

Marie-Claire Cailletaud, animatrice du pôle politique énergétique et industrielle de la FNME

« Des militants de la CGT Énergie Savoie, avec ceux de la Chimie, nous ont récemment alertés sur le comportement de l’entreprise Rio Tinto [1], électro-intensif qui fabrique de l’aluminium dans la vallée de la Maurienne. Rio Tinto a un accord avec EDF, jusqu’en 2013, pour un MW à 24 euros.

Et a annoncé à ses salariés qu’au-delà de cette date, soit ils arrivent à négocier une électricité à un tarif intéressant, soit ils mettent la clef sous la porte. Au-delà du chantage honteux, il est clair que le prix et la qualité de l’énergie fournie sont des facteurs de localisation industrielle. »


Concurrence (s)

Frédéric Imbrecht, membre de la commission exécutive confédérale, délégué aux questions européennes

« L’Europe est censée être une union. Mais l’obsession des patronats de chacun des pays européens est d’être en concurrence avec les autres. Imagine-t-on la Californie décider d’entrer en concurrence avec le Texas ?

C’est absurde… Pourtant, dans notre « famille » européenne, lorsqu’un pays tombe, en l’occurrence la Grèce, on lui met la tête sous l’eau. »

[1] L’usine Rio Tinto de St-Jean-de-Maurienne emploie 450 salariés. Selon son directeur, « l’énergie représente 30 % du coût de production de l’aluminium. »

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