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Sylvestre HUET | Libération le 30 juin 2007

Pour Bruxelles, le temps est venu de s’adapter au climat

samedi 30 juin 2007 par Sylvestre Huet
Dans un « livre vert », la Commission européenne liste les mesures à prendre.

Prévenir coûte moins cher que guérir. Et le dossier du climat n’échappe pas à cet adage. C’est le message central du dernier « livre vert » de la Commission européenne, rendu public vendredi, qui se penche sur « l’adaptation au changement climatique » . Ce rapport, d’une trentaine de pages agrémentées de graphiques sur le risque de vagues de chaleurs estivales et de crues ainsi que sur l’évolution des productions agricoles, ne prétend pas détailler les adaptations nécessaires.

Préparer. Cependant, une liste non exhaustive permet de réaliser l’ampleur du problème. On y parle de rehausser les digues de protection sur les ­côtes. De préparer les infrastructures de transport et de production d’énergie à des régimes hydrologiques différents d’aujourd’hui : une région méditerranéenne plus sèche l’été, des risques d’inondations plus forts au nord de l’Europe. De développer des céréales tolérantes à la sécheresse, de sélectionner des espèces d’arbres et d’adopter des pratiques forestières moins vulnérables aux tempêtes et aux incendies. D’aider les espèces à migrer pour suivre l’évolution des niches climatiques.

Plus qu’une liste de grands travaux, la Commission veut poser deux questions : quand commencer à s’adapter et quel rôle pour l’action communautaire, versus celle des Etats ou des collectivités locales ? La réponse ne peut se contenter des distinctions actuelles entre leurs domaines d’action respectifs. Si la Commission s’interroge sur l’urgence de cette adaptation, c’est d’abord parce qu’elle est convaincue de sa nécessité. Même si l’on parvient à limiter les émissions de gaz à effet de serre et donc à maintenir le réchauffement aux alentours de 2°C de plus qu’aujourd’hui, à la fin du siècle (en moyenne planétaire), ce changement sera considérable. Faut-il pour autant l’anticiper ?

Un exemple parmi ceux choisis par les rédacteurs du livre vert, celui du niveau des océans, gonflé par la température croissante, illustre le raisonnement. Une hausse d’environ un demi-mètre du niveau de la mer représente des coûts d’environ 18 milliards d’euros par an de dommages possibles à l’horizon 2080. En revanche, si l’on prévient ces dommages par des travaux d’adaptation, le coût (travaux compris) ne serait plus que de 3 milliards d’euros. Même s’il ne s’agit que d’indicateurs, l’écart justifie la prévention précoce. Surtout que la durée de vie - souvent plus d’un siècle - des infrastructures en construction (ports ou digues) suppose, dès aujourd’hui, une conception adaptée aux changements qui s’annoncent.

Confiance. Il est piquant de lire dans ce texte d’une Commission habituellement thuriféraire de la « concurrence libre et non faussée » cet aveu : « Il est peu probable que les forces du marché seules soient capables de diriger une adaptation efficace. » C’est d’autant plus évident que, si le coût du changement climatique diminue par une action préventive efficace, celle-ci doit s’engager alors que les incertitudes restent importantes. Aussi, le texte pointe-t-il le risque d’une action qui, si elle est trop tardive, obligerait à réagir en urgence, ce qui serait « plus coûteux » et « menacerait les systèmes économiques et sociaux de l’Union ainsi que sa sécurité » . Dès lors que nous avons assez confiance dans les prévisions des climatologues, « l’adaptation doit commencer maintenant » , conclut le livre vert.


Le « livre vert » : du débat, pas d’action

Un « livre vert », dans le jargon bruxellois, n’est pas forcément imprimé sur papier recyclé ou relatif à un sujet bucolique, voire même écologique. Héritée d’une tradition parlementaire britannique, cette couleur désigne un rapport dont l’objectif est de lancer une discussion formelle entre Etats membres sur un nouveau champ d’action communautaire. Le livre vert de la Commission sur l’adaptation au changement climatique ne vaut donc ni engagement ni programme d’action. Il doit néanmoins se traduire par une sorte d’obligation de débat sur les pistes qu’il avance. La Commission va donc organiser des séances de travail dans plusieurs pays et un débat public sur son site Web. Si la réaction des Etats membres est positive, la Commission rédigera alors un « livre blanc », recueil de propositions d’actions, base d’une future politique publique communautaire.

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