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Article de Jean-Michel Bezat paru dans le Monde du 22.11.06.

Pour EDF, l’Asie du Sud-Est devient la deuxième région stratégique après l’Europe

mercredi 22 novembre 2006 par Jean-Michel Bezat

Oubliés, les déboires en Amérique latine, où EDF a perdu beaucoup d’argent ! Tout en consolidant ses positions en Europe, le PDG du groupe français, Pierre Gadonneix, a décidé de mettre le cap sur l’Asie du Sud-Est à la recherche de relais de croissance et d’une forte rentabilité, mais aussi d’un débouché pour le savoir-faire que les ingénieurs d’EDF doivent conserver dans leurs domaines d’excellence : les centrales nucléaires et les grands barrages hydroélectriques.

Le marché de l’énergie est ouvert aux investisseurs étrangers, y compris en Chine. La consommation d’électricité y augmente de 15 % par an et les autorités prévoient de 62 et 74 milliards de dollars par an d’investissements pour répondre à cette demande. "Le centre de gravité industriel du monde s’est déplacé vers l’Asie, constate Hervé Machenaud, directeur Asie d’EDF. En 2006, les Chinois auront construit l’équivalent du parc français, soit 100 000 MW. Et cela va continuer."

Premier investisseur étranger du secteur en Chine, EDF a fait de sa présence dans le nucléaire chinois "le coeur de sa stratégie". M. Gadonneix a signé, fin octobre à Pékin, deux accords-cadres avec les deux plus gros électriciens du pays. Il coopérera avec China Datang Corp pour le développement conjoint des projets de construction et d’exploitation de centrales électriques (gaz, charbon, nucléaire, renouvelables). Avec la puissante compagnie de la région de Canton (CGNPC), l’accord prévoit la prolongation d’une coopération vieille de 20 ans (centrales nucléaires de Daya Bay et Ling Ao), EDF souhaitant être présent sur le marché de la duplication par dizaines de ces réacteurs dans les quinze prochaines années.

Le groupe veut désormais investir et exploiter de centrales nucléaires avec des électriciens chinois. Il y va autant de ses intérêts financiers que de la survie de ses compétences. Ses dirigeants soulignent que le modèle industriel d’EDF a permis la construction en France d’un parc nucléaire standardisé à la fois sûr et dont le coût d’exploitation serait "la moitié de la moyenne mondiale". Il repose en particulier sur une parfaite connaissance des fournisseurs et des équipements. Or demain, les fabricants de centrales seront en Asie, notamment en Chine.

Dans l’orbite économique de la Chine, le Vietnam est le deuxième pôle de la stratégie asiatique d’EDF. Avec une croissance de la demande d’électricité de 15 %, ce marché de 84 millions de consommateurs est plein de promesses. "Si l’on n’y est pas présent, on laissera d’abord la place aux Japonais, puis aux Chinois seuls", prévient M. Machenaud. EDF s’intéresse au premier projet de centrale nucléaire qui pourrait être mise en service dans le centre du pays en 2020. En 2005, il a livré clé en main la centrale au gaz de Phu My 2.2 (715 MW) construite avec des capitaux privés près d’Ho Chi Minh-ville.

Alors que l’Europe est saturée, le Laos constitue pour EDF un pays test dans sa politique de relance des grands barrages hydroélectriques. Le groupe français est à la tête d’un consortium international qui construit le barrage de Nam Theun 2 (1 070 MW) sur un affluent du Mékong. Et le gouvernement laotien vient de lui confier l’exclusivité de l’étude de faisabilité d’un autre barrage (200 MW). Des vitrines commerciales pour un groupe qui entend vendre ces compétences sur d’autres continents.

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