Liste des auteurs

Un article de Jean-Pierre Robin paru dans Le Figaro du 8 février 2006

Pour l’OCDE, la France ne travaille pas assez

mercredi 8 février 2006 par Jean-Pierre Robin
EMPLOI Tout en saluant les réformes en cours, l’organisation estime que la rigidité du marché du travail reste un facteur pénalisant pour la croissance hexagonale.

Au rythme actuel, les Européens de la zone euro risquent d’afficher un niveau de vie deux fois moins élevé que les Américains dans vingt ans. Jean-Philippe Cotis, l’économiste en chef de l’OCDE, en a fait la remarque hier, alors qu’il présentait le tableau annuel des « politiques structurelles » dans les trente pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économique.

Depuis l’an dernier, l’OCDE a pour ainsi dire établi des « ordonnances individuelles de croissance », pointant les faiblesses de chaque nation. Y compris les États-Unis, qui se devraient « d’améliorer les résultats de leur enseignement obligatoire » : les connaissances scientifiques des jeunes Américains sont sensiblement inférieures à celles des Français, entre autres, selon les enquêtes internationales (dites Pisa). Ce qui n’empêche pas les Etats-Unis de disposer du système de recherche et développement le plus performant au monde, grâce à quelques universités prestigieuses et à leur symbiose avec les entreprises.

Pour la France et l’Allemagne, le diagnostic est sans surprise : le retard actuel, d’environ un quart, de la richesse produite - le produit intérieur brut par habitant - s’explique principalement par un manque d’ardeur au travail. Alors que la productivité par heure est pratiquement identique (voire supérieure chez nous), Français et Allemands travaillent entre 25% et 30% de moins que les Américains. Ils sont moins nombreux à avoir un emploi (moins de 70% des 15-64 ans, au lieu de 75% aux États-Unis, et même 80% au Danemark) et ceux qui en ont un y consacrent moins de 1 500 heures (contre 1 700 outre-Atlantique) par an.

Dans sa feuille de route pour renforcer la croissance, l’OCDE assigne à la France trois grandes recommandations pour élargir son marché du travail. Tout d’abord « accroître le taux d’activité des seniors », et elle salue « les incitations à la poursuite d’une activité après 57 ans », annoncées le mois dernier à Paris. En second lieu, il est « recommandé de laisser le Smic diminuer par rapport au salaire moyen », de façon à accroître la demande de travail pour les jeunes ; sur ce point, l’OCDE regrette que le contraire ait été fait en 2005, même si le gouvernement s’est engagé « à poursuivre la réduction des cotisations sociales sur les bas salaires ».

Redynamiser les embauches

Le troisième volet pour redynamiser les embauches concerne « l’assouplissement de la législation de protection de l’emploi ». Jean-Philippe Cotis considère que le CNE (Contrat nouvelles embauches) et le CPE pour les moins de 26 ans sont de nature à lever les réticences des employeurs : « les CDI (contrats à durée indéterminée), sont trop rigides, en raison du coût élevé des licenciements et des incertitudes liées aux recours devant les tribunaux » explique-t-il. « Cet empilement de contrats spécifiques ne va pas dans le sens de la simplification », la meilleure solution « serait d’aller vers un contrat général plus souple », selon Jean-Philippe Cotis. Il souligne la similitude du CNE avec la possibilité donnée outre-Rhin par le gouvernement Merkel aux entreprises de prolonger la période d’essai jusqu’à deux ans, au lieu de six mois auparavant.

La caution de l’OCDE aux réformes Villepin n’est pas forcément de nature à convaincre leurs opposants en France toujours prompts à dénoncer « l’ultralibéralisme ». Reste qu’il n’est jamais inutile de se comparer aux autres, en toute objectivité.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !