Liste des auteurs

Un article de Thomas Lemahieu paru dans L’Humanité le 23.12.2005

Pour les chômeurs, mais sans eux

samedi 24 décembre 2005 par Thomas Le mahieu
UNEDIC . Les associations et la CGT chômeurs contestent la nouvelle convention et les économies effectuées sur l’indemnisation.

Alors qu’hier, en fin d’après-midi, les syndicats et le patronat devaient se retrouver pour « peaufiner » la rédaction d’une disposition très marginale, mais symbolique, sur la participation des entreprises au financement de la formation des salariés en CDD (lire ci-dessous), la nouvelle convention d’assurance chômage ne bougera plus dans ses grandes lignes : une refonte des filières d’indemnisation qui entraînera le basculement de chômeurs indemnisés vingt-trois mois actuellement dans une filière à douze mois d’allocations, des catégories de chômeurs particulièrement pénalisées (les plus âgés et les saisonniers), aucune mise à contribution des entreprises qui utilisent les contrats précaires, une très modeste hausse des cotisations patronales (0,04 point) et salariales (0,04 point), des aides forfaitaires aux entreprises, des mesures d’« activation » des dépenses comme le « profilage » des chômeurs et la mise en concurrence de l’ANPE avec des agences privées de placement, rien pour les jeunes qui arrivent sur le marché du travail... Face à ce compromis passé entre le patronat, la CFDT, la CFTC, la CGC et peut-être FO, les mouvements de chômeurs réagissent vivement. « Aucun accord n’est valide s’il n’améliore pas l’indemnisation du chômage », clameront vendredi matin, au cours d’une conférence de presse, la CGT chômeurs, AC !, l’APEIS et le MNCP. « Les négociations UNEDIC risquent fort de se conclure sur un accord pénalisant de nouveau les chômeurs et les précaires, constate Jean-François Yon, président du MNCP.

« on a parlé de tout, sauf des chômeurs »

À chaque négociation, c’est un peu moins de chômeurs indemnisés. Cette réforme des filières d’indemnisation cache un accès aux droits encore plus difficile ! » Si, pour AC !, la nouvelle filière, ouvrant droit à douze mois d’indemnisation pour ceux ayant cotisé douze mois durant les vingt derniers, peut « correspondre en un sens à une amélioration », il faut rappeler que les organisations signataires « sont responsables de la suppression, en décembre 2002, de l’ancienne filière 1 d’alors, beaucoup plus accessible (quatre mois d’activité durant les dix-huit derniers mois) ».

« Avec le MEDEF comme avec ses partenaires syndicaux, on a, au cours des débats, parlé de tout, sauf des chômeurs, rappelle François Desanti, secrétaire général de la CGT chômeurs, présent à ce titre dans la délégation de son syndicat pour la négociation. L’essentiel des débats, c’était comment sauver un système qui a montré son incapacité à fonctionner, c’était les économies des uns et des autres. Ils n’ont pas voulu du tout évoquer l’amélioration des conditions de vie des chômeurs pour qu’ils puissent retourner à l’emploi, et voilà ce qu’on obtient aujourd’hui ! » De son côté, Philippe Villechalane va jusqu’à contester vigoureusement l’augmentation des cotisations patronales et salariales : « Cela peut aller contre l’emploi, estime le président de l. Il y a d’autres possibilités de financement du régime d’assurance chômage comme la taxation de la précarité, que le patronat vient d’écarter d’un revers de main. Pour les cotisations, on ne peut plus, par ailleurs, se contenter d’en rester à l’assiette actuelle basée sur la masse salariale, il faut l’élargir en prenant en compte les bénéfices des entreprises et les profits financiers. »


Avoir Fo ou pas

Il ne devait pas y avoir de huitième séance de négociation sur l’assurance chômage, mais en quittant théâtralement le siège de l’UNEDIC, où il venait de passer la nuit avec les autres « partenaires sociaux » - à l’exception notable de la CGT - à mettre sur pied dans les couloirs la future convention UNEDIC, Jean-Claude Quentin, le négociateur de FO a empêché mercredi matin la conclusion du compromis final. Alors que la CFDT, la CFTC et la CGC, toutes trois favorables, ne prendront de positions officielles que début janvier, FO, qui doit s’exprimer mardi 28 décembre, cherche à monnayer la signature de son retour dans la gestion de l’UNEDIC. En arrachant peut-être (c’est le seul objet, avec les annexes des intermittents, de la dernière discussion hier au siège du MEDEF) une mesure extrêmement modeste de « lutte contre la précarité », mais en avalisant, pour la première fois depuis des lustres, une réduction des droits des chômeurs.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !