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Un article de Michel HENRY paru dand Libération le 12 aout 2005

Pour les salariés, Nestlé, c’est un peu fort de café

vendredi 12 août 2005 par Michel HENRY
Les employés de l’usine marseillaise, promise à la fermeture, accusent la direction de vouloir « dévaliser le stock ».

Par deux fois, mercredi et hier, des salariés de Nestlé Saint-Menet à Marseille ont bloqué la sortie de produits de leur usine en voie de fermeture, estimant que la direction veut « dévaliser le stock ». Nestlé assure au contraire qu’il s’agit uniquement d’honorer des commandes. Dans l’usine (café soluble, chocolat) arrêtée depuis fin juin, où la plupart des 427 salariés ont été mis en congés et sont toujours payés, direction et personnel jouent un bras de fer à l’issue incertaine. « On était d’accord pour faire partir du café pour certains contrats, explique Joël Budanic, représentant du personnel (CGT). Mais mercredi, c’était du chocolat, et pour une destination mystérieuse, un "centre de stockage". On leur a dit : "Vous videz le stock ? On vous en empêche." Si on laisse faire, ça revient à accepter une fermeture sauvage. » La direction conteste : elle désire faire partir 134 palettes de produits chocolatés vers une centrale de logistique à Longvic (Côte-d’Or). « Ces produits ne sont périmés qu’en mars 2006 mais ils sont attendus, assure Christian Malczuk, directeur par délégation. Si on ne les envoie pas maintenant, ils ne les voudront plus, et ils seront détruits. » Hier matin, rebelote : trois semi-remorques viennent charger de la poudre de café pour le marché roumain. Là encore, opposition des salariés. « La situation est bloquée, résume le directeur. On a fait acter le tout par un huissier. Il n’y a plus de livraisons prévues dans les prochains jours. »

Evacuation. Le 22 août, direction et personnel doivent se retrouver devant la justice pour une interprétation de la décision prise par le tribunal des référés de Marseille, le 4 juillet. Les magistrats ont ordonné aux salariés d’évacuer le site qu’ils occupaient depuis le 24 juin. Ils ont obéi et quitté les lieux, assurant depuis une veille devant l’entrée. En contrepartie, la justice enjoignait à Nestlé de « rétablir le fonctionnement normal de l’usine » pendant le processus de fermeture, estimé légal le 22 juin. Pour les salariés, cet ordre implique un « approvisionnement en matières premières » permettant de relancer la production. « Tant que l’usine ne redémarre pas, il n’y a pas de raison qu’ils viennent chercher des produits finis, résume Muriel Guerdoux, déléguée syndicale CGT. Si on les laisse faire, ils nous vident tout. » Mais la direction s’en tient à la « conservation de l’outil de production » réclamée par le juge : « Nous sommes dans un contexte de fermeture annoncée, pas de redémarrage de la production. »

Appel à Villepin. Suite à une réorganisation interne et une baisse des exportations, Nestlé (18 000 salariés en France, 6,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 35 usines dont quatre produisant chocolat ou café) a décidé, en mai 2004, de sacrifier son site marseillais. Un projet de reprise permettant de sauver 300 emplois en produisant pour le hard-discount et les marques de distributeurs a été rejeté par Nestlé : « Pas question de renforcer un concurrent. » Fin juillet, les salariés ont interpellé le Premier ministre Dominique de Villepin, pour qu’il « fasse entendre la voix de la France à Nestlé, au nom du patriotisme économique dont il se revendique ». Ils attendent une réponse.

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