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Un article de Olivier Auguste paru dans Le Figaro du 09 septembre 2005

Pour pousser les génériques, la Sécu démarche les patients

vendredi 9 septembre 2005 par Olivier Auguste
SANTÉ Le gouvernement estime nécessaire un « coup de collier » sur les médicaments

« Madame, Monsieur, vous avez été amené à prendre régulièrement le médicament X... au cours du premier semestre 2005. Savez-vous que ce produit existe aussi en médicament générique ? » Près de 300000 patients recevront bientôt un courrier commençant par ces phrases, envoyé par leur caisse d’assurance-maladie. Trois mois plus tard, ceux qui continuent à consommer le médicament de marque, plutôt que son équivalent moins onéreux, recevront un coup de fil pour tenter à nouveau de les convaincre de « passer » au générique.

La maîtrise des dépenses liées aux médicaments est en effet cruciale pour l’assurance-maladie pour revenir à l’équilibre financier. L’an dernier, la « Sécu » a remboursé 17,5 milliards d’euros de médicaments. La somme est en hausse de 6 % par rapport à 2003 et représente à elle seule 30 % des dépenses de soins de ville. Depuis janvier, la tendance est un peu moins mauvaise (+ 3,3%).

Les médicaments génériques sont 30 % à 40 % moins chers que les originaux qu’ils copient. Leur utilisation a permis à l’assurance-maladie d’économiser 380 millions d’euros en 2004. Mais leur taux de pénétration s’essouffle après des années de progrès : dans les catégories où des génériques existent, 60 % des boîtes délivrées sont des copies mais 40 % restent des médicaments de marque ou « princeps ».

Pour aller plus loin, la Caisse nationale d’assurance-maladie s’adresse donc directement aux « consommateurs ». Elle a testé la méthode dans l’Hérault, le Maine-et-Loire, la Marne, le Puy-de-Dôme, la Seine-Maritime et les Vosges. Plus de 9 000 personnes consommant régulièrement un médicament de marque ont été contactées par courrier ou par téléphone. Très peu se seraient offusquées de cette intrusion dans leur vie personnelle. Et six mois après avoir été contacté, presque un patient sur deux est passé au médicament générique.

Un résultat qui ne surprend guère la Cnam : 89 % des personnes sondées se disent prêtes à utiliser systématiquement les génériques. Mais souvent les patients ignorent tout simplement l’existence d’une copie du médicament qui leur est prescrit... La décision a donc été prise d’étendre la démarche. D’abord, en juillet, à 56 000 patients dans les deux régions à la traîne en matière de génériques (Ile-de-France et Paca). Et maintenant à l’ensemble du territoire. La Sécu table ainsi sur une économie supplémentaire de 12 à 17 millions d’euros.

Cela ne suffira évidemment pas. « La loi d’août 2004 réformant l’assurance-maladie fixe l’objectif de 2,3 milliards de moindres dépenses annuelles de médicaments d’ici à 2007, dont un milliard grâce aux génériques. La tendance s’améliore mais le compte n’y est pas encore, affirme l’entourage de Xavier Bertrand, le ministre de la Santé. Il faudra un coup de collier en 2006, notamment sur les génériques. »

La Cnam va continuer ses actions auprès des médecins et des pharmaciens. Le ministère dispose, lui, d’armes très dissuasives. Il peut baisser le prix des médicaments. Il peut aussi étendre le « tarif forfaitaire de responsabilité », qui consiste à aligner le remboursement d’un princeps sur celui de son générique, lorsque ce dernier ne décolle pas (environ 10 % des médicaments « généricables » sont actuellement soumis à ce régime).

Le ministère de la Santé attend également, dans les prochains jours, l’avis de la Haute Autorité de santé sur le « service médical rendu » de 263 médicaments. Au vu de cet avis, le ministère pourrait décider que ces médicaments, actuellement pris en charge à 35 %, ne seront plus remboursés par la Sécu.

A moins qu’un nouveau taux, inférieur, ne soit créé, comme l’idée circule. Ces produits font déjà partie de la liste de 616 médicaments dont le taux de remboursement avait été abaissé de 65 % à 35 % en 2003, tandis que 83 autres étaient purement et simplement retirés de la liste des spécialitées remboursées.


Antibiotiques, statines : la consommation reste élevée

Le montant des médicaments remboursés en 2004 par l’assurance-maladie a progressé de 6% l’an dernier. Ce qui ne veut pas dire que les Français ont ingurgité 6% de médicaments en plus ! La consommation a stagné (- 0,1%) en volume, à 1,8 milliard de boîtes de pilules, bouteilles de sirop et autres tubes de pommade. Sans compter les médicaments délivrés à l’hôpital.

La différence tient au « coût particulièrement élevé des nouveaux médicaments mis sur le marché, explique le directeur de la Cnam, Frédéric van Roekeghem, et à l’importance de la prise en charge à 100% des médicaments », près de 40% des traitements remboursables étant totalement payés par l’assurance-maladie au titre des « affections longue durée ».

Le classement des médicaments change peu par rapport à 2003. En terme de quantités vendues, la famille la plus prescrite est celle des antalgiques (Doliprane, Efferalgan...), devant les psycholeptiques et les antibiotiques. En termes de coût pour l’assurance-maladie, les traitements anticholestérol devancent les antihypertenseurs.

« Notre pays reste l’un des plus gros consommateurs de médicaments : deux fois plus d’antibiotiques ou de statines [anticholestérol, NDLR] que nos voisins d’outre-Rhin », déplore Frédéric van Roekeghem.

Les spécialités dont le « service médical rendu » est jugé insuffisant représentent une dépense de 619 millions d’euros pour la Sécu.

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