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L’Humanité | Sébastien Ganet - le 20 février 2007

Pourquoi l’euphorie boursière mine-t-elle l’emploi ?

mardi 20 février 2007 par Sébastien Ganet
Les réactions sur les marchés financiers semblent aujourd’hui curieuses. Les traders ne saluent plus les records de bénéfices comme l’année dernière

Rappel des faits

La Bourse vole de record en record. Pas plus tard qu’hier, l’indice CAC 40 a atteint 5 758 points, soit un niveau qu’il n’avait pas touché depuis le 13 février 2001.

Depuis le début de l’année, en à peine deux mois, l’indice parisien a déjà progressé de 2,5 %. S’appuyant sur une véritable atonie des salaires, une forte croissance mondiale et une très faible inflation depuis trois ans, la hausse du CAC 40 à + 60 % est spectaculaire. Pourtant, le scénario semble changé en 2007.

Le marché est euphorique. Des records vieux de six ans sont mis au tapis depuis la semaine dernière. Hier encore, le CAC 40 a atteint 5 758 points, soit son plus haut niveau depuis le 13 février 2001. La Bourse de Paris a déjà engrangé plus de 2 % de gains en à peine deux mois. Après des hausses de 17 % en 2006, 23 % en 2005 et 6 % en 2004, sa progression semble inépuisable. En trois ans, le CAC 40 a augmenté de 60 %, effaçant le krach boursier de la « bulle Internet ».

Pourquoi les marchés sont-ils haussiers ?

Depuis trois ans, la croissance économique mondiale a tiré les chiffres d’affaires des grands groupes. L’inflation faible (1,6 % en France en 2006) a préservé la valeur des portefeuilles de titres et l’évolution des salaires est complètement atone. L’environnement de « déflation salariale » permet aux grands groupes d’afficher des bénéfices et des hausses de dividendes records (voir encadré), portant au plus haut les marchés. Que ce soit les indices européens ou ceux d’outre-Atlantique, les records tombent. Le Dow Jones à New York a pulvérisé le record absolu en touchant 12 829 points la semaine dernière. Pourtant, à l’occasion de cette nouvelle saison de publication des comptes annuels, les réactions sont surprenantes.

En quoi 2007 est-elle différente ?

La semaine dernière a livré, à ce titre, son lot de curiosités. Malgré des bénéfices pléthoriques et une forte hausse des dividendes, la BNP Paribas et la Société Générale ont été sanctionnées à la Bourse de Paris. Coup sur coup, les deux grandes banques ont publié leurs comptes 2006. La Société Générale a affiché le 14 février un bénéfice net de 5,2 milliards d’euros, en progression de 19 %. De même, le dividende proposé aux actionnaires sur la base des résultats 2006 est en augmentation de 16 %. Pourtant rien n’y a fait. L’action a chuté le même jour de 3 %. Le scénario fut le même pour la BNP Paribas. En publiant le lendemain un résultat net en hausse de 25 %, à 7,3 milliards d’euros en 2006, la banque de la rue d’Antin affichait tout de même l’un des plus gros bénéfices du CAC 40 après celui notamment de Total (12,6 milliards). Curieusement, l’action BNP Paribas baissait de 3,6 % ce jour-là.

Pourquoi plébisciter les entreprises en difficulté ?

Un gérant de portefeuille évoquait hier « la psychologie du marché » pour minimiser un tel paradoxe, prétextant que, parfois, « les voix du marché sont insondables ». Comment alors expliquer que les secteurs en difficulté soient au contraire plébiscités ? Contrairement aux trois années précédentes, les sociétés saluées depuis deux semaines à la Bourse de Paris ne sont pas celles qui affichent des records de bénéfices. Les opérateurs de marché saluent plutôt les groupes qui tiennent compte du ralentissement de la croissance en 2007 et qui s’y préparent. Ainsi, le titre EADS était en hausse (1,9 %) à mi-séance hier, le marché saluant l’éventuelle annonce d’un plan de restructuration, baptisé « Power 8 », et prévoyant a priori la suppression de 10 000 à 12 000 emplois et des économies de l’ordre de 5 milliards d’euros d’ici à 2010. De même, les valeurs du secteur automobile ont tiré l’indice CAC 40 hier matin, l’action Peugeot enregistrant un gain de 1,7 %, celle de Michelin 1,2 % et celle de Renault 1,1 %. Les deux grands constructeurs ont annoncé récemment avoir des objectifs précis en terme de réductions des coûts. 2007 semble donc offrir un nouveau scénario, celui où le marché saluera ceux qui sauront préserver leur niveau de rentabilité malgré le ralentissement économique mondial. La montée des risques se lit dans des cours plus volatiles aujourd’hui et au travers de réactions boursières lourdes de conséquences pour les entreprises et l’emploi.

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