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Claire Gatinois | Le Monde le 23.01.2008

Pourquoi la tempête boursière affecte toutes les économies du monde

mercredi 23 janvier 2008 par Claire Gatinois

Désormais la crise financière qui sévit depuis l’été 2007 prend des allures de krach boursier. Il faut remonter au 11 septembre 2001 pour trouver une correction d’une telle ampleur. Les marchés financiers ne semblent plus avoir de doutes sur la réalité d’une récession aux Etats-Unis.

Cette crainte et celle de ses conséquences sur les économies asiatiques et européennes ont provoqué lundi 21 et mardi 22 janvier en début de journée de véritables mouvements de panique sur les places boursières. A Paris, après avoir plongé de 6,83 % lundi, le CAC 40 abandonnait encore, mardi, 2,7 % en début de séance. Les principales Bourses européennes, Londres, Francfort et Madrid, qui avaient perdu lundi entre 5,5 % et 7,5 %, cédaient encore, mardi, de 2 % à 5 %.

L’Asie a donné le ton. Le marché de Tokyo, deuxième place financière mondiale, a terminé en recul de 5,7 % mardi, à son plus bas niveau depuis septembre 2005. Toujours mardi, la séance a même été suspendue un temps pour éviter des chutes excessives sur les places de Hongkong, Bombay et Séoul. Au final, ces marchés ont enregistré de lourdes pertes, de respectivement 7 %, 8,4 % et 4,4 %.

Illustration de la peur irraisonnée qui s’est emparée un peu partout dans le monde des investisseurs, les valeurs refuges comme les bons du Trésor américains ou le franc suisse s’appréciaient nettement.

Si la Bourse de New York était fermée lundi, en raison de la journée fériée en hommage à Martin Luther King, les courtiers se préparaient à une séance très difficile à Wall Street mardi, espérant secrètement que la place américaine tiendrait.

La spirale baissière tant redoutée semble en tout cas cette fois enclenchée. Les analystes du Crédit suisse mentionnent l’entrée dans une "zone de panique". Pour qu’un krach boursier se déclenche, "il suffit d’un grain de sable", affirme Paul Jorion, économiste en Californie.

Pour les investisseurs, ce grain de sable est advenu avec l’annonce de nouveaux déboires dans le secteur financier. Après des pertes de plusieurs dizaines de milliards de dollars enregistrées par les banques américaines, du fait de leurs investissements hasardeux dans les crédits immobiliers à risques (les désormais fameux subprimes), le marché redoute que la contagion s’étende de façon sévère aux banques européennes et asiatiques.

Au-delà de la sphère financière, la crainte tient surtout à la contagion de la crise à l’ensemble de l’économie mondiale. "La situation continue à se détériorer. Nous avions toujours exclu au cours des derniers mois une récession américaine, mais nous ne pouvons plus totalement l’exclure aujourd’hui", a déclaré à Bruxelles le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker. Quelques jours plus tôt, Alan Greenspan, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed) avait déjà estimé que "les symptômes de la récession" étaient déjà présents aux Etats-Unis.

Pour les investisseurs, les déboires de l’économie américaine, première puissance mondiale, n’épargneront pas l’Asie et l’Europe. M. Juncker a indiqué lundi que la croissance de la zone euro en 2008 serait "inférieure à son potentiel", évalué autour de 2 %. Jusqu’ici, la Commission européenne tablait sur 2,2 %.

MOUVEMENT "SAIN ET SALUBRE"

A l’occasion de son colloque annuel sur les risques pays, la Compagnie française d’assurance pour le commerce extérieur (Coface) prédit elle aussi un ralentissement de la croissance mondiale. "La crise sera moins forte en 2008 qu’en 2001", tempère l’organisation. Elle redoute toutefois "la contagion du ralentissement américain au Royaume-Uni, à l’Espagne et à l’Irlande". La Coface lance l’alerte aussi sur "les pays émergents, dont les bonnes performances ne doivent pas faire oublier les dangers des bulles et les faibleses de l’environnement des marchés".

Pour l’heure, les marchés ne voient aucune issue rapide à la crise. Aux Etats-Unis, le plan de relance de plus de 140 milliards de dollars (97 milliards d’euros) présenté vendredi 18 janvier par le président George Bush, n’a guère convaincu. Pour les analystes, il ne touche pas le cœur du problème : les difficultés de l’immobilier et des banques. Une intervention attendue de la Réserve fédérale américaine, qui, en baissant significativement ses taux d’intérêts, pourrait relancer l’économie, semble aussi a priori insuffisante. "Croire que la Fed peut à elle seule résoudre les problèmes est un mythe", affirme un analyste à Londres.

En Europe, le commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, a rejeté lundi soir l’idée d’un plan de soutien à la conjoncture comparable à celui des Etats-Unis, en mettant en avant une situation économique beaucoup moins préoccupante. "Ces mesures ne sont pas nécessaires en Europe", a-t-il assuré.

La ministre française de l’économie, Christine Lagarde, s’est aussi voulue rassurante, estimant mardi que ce qu’elle qualifie de "purge", "en particulier dans le domaine financier américain" était un mouvement "sain et salubre". Les "fondamentaux" de l’économie européenne sont "différents", a-t-elle ajouté. "Il faut éviter les mots-spectres, les mots-angoisse comme krach ", a-t-elle recommandé, préférant parler d’une "correction brutale" des marchés.

Mme Lagarde a toutefois implicitement appelé la Banque centrale européenne (BCE) à intervenir en ne relevant pas ses taux d’intérêt, voire en les baissant, "si la croissance devait faiblir significativement en zone euro". Au cas où.

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