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Yves Housson | L’Humanité du 06.03.2008

Pouvoir d’achat : les retraités ne veulent plus attendre

jeudi 6 mars 2008 par Yves Housson
Mobilisation . À l’appel de tous les syndicats, 70 manifestations et rassemblements ont lieu aujourd’hui pour une augmentation décente des pensions.

Alors que « les salariés expriment leur impatience » et sont « de plus en plus tentés par la grève pour obtenir des augmentations », comme le titrait hier le quotidien économique les Échos, le ton monte aussi les chez les retraités. À l’appel de l’ensemble de leurs syndicats (CGT, CFDT, CFTC, FO, CGC et fédération des retraités de la fonction publique, rejoints par l’UNSA et la FSU), ils descendent aujourd’hui dans la rue, à Paris et dans quelque 70 villes de province. De l’avis de responsables syndicaux, cette journée devrait s’inscrire, au regard des précédentes mobilisations, parmi les bons crus. Travaillée, comme toute la société, par les promesses électorales de Nicolas Sarkozy en matière de pouvoir d’achat, la population retraitée, par-delà ses inégalités, a toutes les raisons d’exprimer sa déception. L’annonce, le mois dernier, d’un coup de pouce pour le minimum vieillesse de 25 % sur cinq ans, si elle n’a pas été boudée, n’a pas vraiment changé la donne. D’une part parce que ce minimum, versé à 600 000 personnes, même ainsi revalorisé, demeurera au-dessous du seuil de pauvreté. D’autre part, parce que cette mesure laisse entier le problème des retraites. Mieux, elle renforce l’urgence de relever le minimum contributif, ce plancher de la retraite servi aux salariés ayant cotisé, sur de bas salaires, durant toute leur carrière, et qui se trouve distancé par le minima social qu’est le minimum vieillesse.

L’objectif des défilés d’aujourd’hui est d’obtenir une revalorisation immédiate et « significative » des pensions. Pour les syndicats, aucune retraite ne devrait être inférieure au niveau du SMIC. On en est loin. Selon les chiffres du ministère de la Solidarité, la moitié des pensionnés perçoivent moins de 1 334 euros. Mais ils sont près de 4 millions à devoir se contenter du minimum contributif, qui s’élève à 579,85 euros. Le sort des bénéficiaires de pensions de réversion (moyenne : 545 euros brut en 2004) est encore plus difficile. Et, de tous les points de vue, les femmes sont les plus mal loties : plus d’une retraitée sur trois (36 %) perçoit moins de 700 euros par mois ; une sur deux (51 %), moins de 900 euros.

Dans ces conditions, et après le battage sarkozyen sur le pouvoir d’achat, la revalorisation générale de 1,1 % au 1er janvier, pour 2008, octroyée par le gouvernement Fillon, a été souvent perçue comme une provocation. « Ça a été un coup de tonnerre », dit Françoise Vagner, responsable de l’union confédérale des retraités CGT, pour expliquer le succès annoncé des manifestations. D’autant que la hausse des prix suit, elle, un rythme annuel de 2,6 %. Deuxième détonateur, l’entrée en vigueur des franchises sur les soins, représentant une ponction potentielle de 50 euros par an sur les revenus. « Les gens commencent à le voir sur les feuilles de soins. » Les dépenses de santé - incluses les cotisations des mutuelles, elles aussi en hausse en 2008 - ne sont pas les seules à peser plus lourd, en moyenne, pour les retraités. Il en va de même pour la facture énergie, les retraités passant plus de temps chez eux et devant donc faire marcher le chauffage plus longtemps. Le ministre du Travail, Xavier Bertrand, a dû admettre l’insuffisance de la revalorisation de 1,1 %, et il a promis une amélioration d’ici à la fin de l’année. Tout en laissant entendre que ce serait dans le cadre d’un donnant-donnant, lors du « rendez-vous 2008 » sur les retraites. Après des années d’érosion régulière de leur niveau de vie, et alors que les dernières réformes promettent une aggravation de la tendance, les manifestants diront aujourd’hui avec leurs syndicats que « c’est tout de suite qu’il faut redonner du pouvoir d’achat aux retraités afin de compenser la hausse des prix et du coût de la vie ».

Le rendez-vous pour la manifestation parisienne est fixé à 11 heures, métro Sèvres-Babylone.

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