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Un article Jean-Pierre Stroobants paru dans Le Monde du 5 octobre 2005

Première grève générale en Belgique depuis treize ans

samedi 8 octobre 2005 par Jean-Pierre Stroobants

a Belgique devait connaître, vendredi 7 octobre, sa première journée de grève générale depuis treize ans. Les secteurs public et privé devraient être touchés, les trains, les aéroports et le secteur de la distribution étant, notamment, visés par le mot d’ordre de la FGTB, le syndicat socialiste, qui regroupe 1,2 million d’adhérents. Les syndicats chrétiens (CSC) et libéraux (CGSLB) ne se sont pas associés au mouvement.

L’équipe libérale-socialiste de M. Verhofstadt a engagé, il y a quelques semaines, une vaste concertation sur le financement de la sécurité sociale et sur les retraites avec les organisations syndicales et patronales. La Belgique vieillit, le taux d’emploi y est l’un des plus faibles d’Europe et son généreux système de sécurité sociale est perpétuellement en panne de moyens.

Pour affronter cette situation, le gouvernement entend encourager un maximum de gens à travailler et il veut allonger les carrières. L’âge de la "prépension conventionnelle" (légale) passerait de 58 à 60 ans. Jusqu’ici, cet outil était utilisé lors des restructurations d’entreprises. Le gouvernement entend, désormais, amener les personnes licenciées à retrouver un emploi. La FGTB redoute que cela ne se transforme en piège pour les travailleurs : ils risquent de ne trouver que des emplois précaires et, s’ils sont licenciés une deuxième fois, ils n’auront droit qu’aux indemnités de chômage. M. Verhofstadt entend aussi poursuivre son opération de baisse des charges des entreprises, en réduisant l’impôt des sociétés à 26 %, ce qui serait l’un des taux les plus faibles de la zone euro.

La Sécurité sociale devrait, elle, bénéficier d’un refinancement structurel. Quelque 15 % de l’ensemble des revenus mobiliers seront utilisés à cette fin, les taxes sur le tabac seront augmentées et une taxe sur l’industrie pharmaceutique aidera le secteur de la santé. Ces points, acquis lors d’une négociation qui a eu lieu mercredi 5 octobre, ont été jugés positifs par la CSC, qui estime que le système des préretraites est sauvé. Le syndicat se réjouit que les revenus du capital soient également mis à contribution. Il a, dès lors, estimé qu’il n’y avait plus de raison de faire grève.

La FGTB affirme, quant à elle, vouloir poursuivre les négociations, qui devaient reprendre samedi, mais elle estime qu’il était nécessaire de "mettre la pression" afin d’obtenir l’entrée en vigueur immédiate des plans prévus, ainsi qu’une augmentation des indemnités de chômage et la garantie du maintien de l’emploi dans les services publics.

L’action isolée du syndicat socialiste complique la situation du PS francophone au sein du gouvernement fédéral. Très lié à la FGTB, le parti du président Elio Di Rupo estime avoir arraché d’importantes concessions à ses partenaires libéraux. Il est, par ailleurs, convaincu que des réformes sont nécessaires pour assurer la viabilité du modèle social belge et de son système de concertation. S’il parlait, il y a quelques semaines, de la nécessité de réformer à tout prix, même sans les syndicats, le PS ne peut toutefois se permettre une crise qui pourrait tourner au divorce avec sa base traditionnelle. Il doit, en effet, affronter en ce moment de sérieuses turbulences après la révélation d’un vaste scandale d’abus de biens sociaux, à Charleroi. Cette affaire a entraîné la démission du président socialiste de la région wallonne, dont M. Di Rupo s’est proclamé successeur, afin de tenter de calmer la situation.

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