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FRANÇOIS-XAVIER BOURMAUD | Le Figaro le 21 mars 2007

Présidentielle : la tactique du patronat et des syndicats

mercredi 21 mars 2007 par François-Xavier Bourmaud
Les syndicats se projettent dans l’après-élection avec des attentes sociales décuplées par la campagne

CERTAINS ont déjà rencontré les candidats, d’autres attendent toujours une réponse à leurs sollicitations et les derniers ne diraient pas non à un entretien... Mais à un mois de l’échéance présidentielle, les syndicats ont acquis une certitude : l’après-élection sera social. De ce qu’ils ont pu entendre, lire ou voir de Ségolène Royal, François Bayrou ou Nicolas Sarkozy, tous savent que très vite, le prochain pouvoir leur demandera de se pencher sur la sécurisation des parcours professionnels, le contrat de travail ou l’assurance-chômage.

C’est la conférence sociale que promet le candidat UMP pour juillet, la conférence sur les salaires, les revenus et la croissance qu’annonce celle du PS le même mois ou encore la session parlementaire extraordinaire sur l’emploi et l’exclusion que programme celui de l’UDF « pendant tout l’été ». La récente réforme du dialogue social ayant rendu les syndicats incontournables dès lors qu’il s’agit d’engager une réforme touchant au marché du travail ou à l’emploi, ce sera à eux de décider s’ils acceptent ou non d’engager une négociation avec le patronat sur les projets du nouveau gouvernement. Autant donc s’y préparer.

Et c’est là que les stratégies divergent. Avec, d’un côté, les syndicats traditionnellement portés sur la négociation - CFDT, CFTC, CGC - et, de l’autre, les contestataires - CGT, FO. Pour les premiers, il s’agit avant tout de ne pas être pris de court. « L’objectif est d’avoir bouclé l’état des lieux sur les principaux sujets sociaux avant l’élection. Quel que soit le prochain pouvoir, il aura l’obligation d’afficher assez vite des résultats et ne sera certainement pas prêt à attendre pendant trois ans les résultats d’une négociation », prévoit-on dans l’entourage de François Chérèque (CFDT). Meurtrie par l’épisode des retraites, la centrale organise actuellement des débats internes dans ses fédérations pour caler ses positions sur les sujets.

Mouvements sociaux

Le président de la CFTC, Jacques Voisin, formule la même analyse. « Les sujets sociaux sont dans tous les programmes. Mais après l’élection, ce sera à nous de reprendre la main sur nos domaines de responsabilité », explique-t-il. En creux, ces syndicats formulent une critique sourde de la façon dont les politiques abordent ces sujets dans la campagne. Du côté de FO, on ne s’embarrasse pas de ces précautions : « Comme pendant toutes les campagnes, le politique a tendance à mépriser les syndicats. Mais très vite, le prochain pouvoir va réaliser qu’il faut compter avec nous. Il pourra organiser un « Grenelle » s’il en a envie, mais devra surtout prendre en compte des revendications qui n’ont pas changé. Pendant la campagne, les restructurations continuent », estime Jean-Claude Quentin, responsable des questions d’emploi.

Amplifié par le contexte électoral, le bruit de fond continu des mouvements sociaux contribue à colorer cette campagne de la teinte sociale qui lui avait manqué en 2002. C’est l’usine PSA d’Aulnay où 400 à 500 ouvriers en grève depuis trois semaines rêvent d’étendre le mouvement à d’autres entreprises pour obtenir une augmentation mensuelle nette de 300 euros et un salaire minium de 1 500 euros. « Cette revendication figure dans les programmes de certains candidats, souligne Philippe Julien, délégué CGT. Cela n’a rien d’incohérent. »

Ce sont aussi les syndicats de France Télévisions et de sa filière production, au coeur d’une grève de vingt et un jours de France 3 en novembre 2002, à qui Patrick de Carolis a annoncé hier qu’il suspendait la mise en oeuvre d’un plan de réorganisation fortement contesté pour ouvrir des négociations.

Ce sont également les cheminots de la CGT qui appellent à une journée d’action demain, provoquant la suspicion chez certains de leurs confrères. « Nous ne nous laisserons pas entraîner dans une action politique, avertit le délégué CFTC qui s’interroge : Est-ce bien opportun de braquer les feux sur les cheminots en ce moment ? » SUD-rail, en tout cas, joue la surenchère en accusant le gouvernement et la direction de préparer « la casse du régime de protection sociale des cheminots ».

Tout cela sans oublier les grèves perlées à La Poste, l’appel à la grève d’hier à la RATP, le mouvement des enseignants, le blocage des terminaux pétroliers et gaziers du port de Marseille par les agents CGT, les conflits chez Airbus et Alcatel-Lucent et des microconflits dans les entreprises. « Même si la campagne peut laisser penser que c’est le moment de se faire entendre, l’essentiel de ces conflits n’y est pas directement lié mais découle plutôt des tensions sur les salaires », explique la secrétaire confédérale de la CGT, Maryse Dumas.

S’il n’y a pas de mouvement social unifié à ce jour, les attentes à l’égard du prochain pouvoir montent. Et chez tous les syndicats, on adresse la même mise en garde : s’il est facile d’annoncer une « conférence sociale », encore faut-il qu’elle produise des résultats. Gare à l’effet boomerang...

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