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Gérard Le Puill | L’Humanité le 25 juillet 2007

Produits agricoles : Les dessous d’une hausse des prix ?

mercredi 25 juillet 2007 par Gérard Le Puill
Agriculture . Céréales, oléagineux, protéagineux : les denrées les plus faciles à stocker font l’objet de spéculations sur fond de mauvaises conditions climatiques et de lancement des biocarburants.

Depuis quelques semaines, la « flambée des prix » de plusieurs matières premières agricoles occupe une large place dans l’actualité. Trois catégories de produits agricoles de base ont vu leur prix augmenter de 40 % à 80 % en un an. Il s’agit des céréales, des graines oléagineuses et des graines protéagineuses. Les céréales servent directement à l’alimentation humaine via le pain, les pâtes alimentaires, les pizzas, les biscuits et autres produits à base de farine. Mais l’augmentation du prix du blé n’a pas beaucoup d’influence sur le prix de revient d’une baguette, dans la mesure où l’on estimait que la valeur marchande du blé nécessaire à sa confection n’entrait que pour environ 5 % dans son prix de vente, avant la hausse de ces derniers mois. La valeur finale du pain doit beaucoup au travail effectué depuis le transport du blé jusqu’à la cuisson, sans oublier la meunerie et le salaire de la vendeuse.

Les graines oléagineuses servent à produire de l’huile, de la margarine et d’autres graisses végétales. Les graines protéagineuses (soja) tiennent une place importante dans l’alimentation humaine, notamment en Asie. Elles sont également utilisées pour produire des huiles végétales et les tourteaux issus de la trituration servent à engraisser les animaux de boucherie et les vaches laitières. Les hausses actuelles de prix sur toutes ces matières premières ont plusieurs causes, dont les effets s’additionnent. Le lancement d’une filière de biocarburants à partir de la graine de maïs aux États-Unis a fait monter le prix de cette céréale chez le premier producteur mondial, qui est aussi le principal exportateur. L’augmentation des superficies de canne à sucre au Brésil pour produire de l’éthanol commence à se faire au détriment du soja, pour cause de meilleure rentabilité. Le soja cependant conserve de gros débouchés sur les marchés mondiaux, à commencer par celui de l’Union européenne qui n’a jamais voulu mettre en place une filière susceptible de réduire sa dépendance. Le démarrage des filières de bioéthanol et de biodiesel en Europe contribue aussi à soutenir les cours des céréales et des oléagineux sur le Vieux Continent.

les rendements céréaliers diminués par le mauvais climat

Les aléas climatiques - imputables ou non au réchauffement de la planète - viennent aggraver la tension sur les cours des denrées agricoles de base. Après un hiver rigoureux, l’est et le sud-est de l’Europe subissent un été de sécheresse et de canicule qui fait diminuer les rendements céréaliers. En Grande-Bretagne, on peut prévoir que les dernières inondations ne seront pas sans conséquences sur les récoltes. Dans la moitié nord de la France, les moissons sont loin d’être achevées. Le mauvais temps réduit les rendements et compromet la qualité du grain. Enfin, l’Europe refuse depuis longtemps de recourir à des réserves de sécurité alors que les céréales sont des denrées facilement stockables, durant une année au moins. Il n’en faut pas plus pour que des capitaux baladeurs en quête de profits rapides et faciles se détournent des matières premières minières déjà surcotées pour spéculer sur ce qui se mange.

En France, pour le moment, ce sont d’autres paysans qui paient au prix fort la flambée des prix des céréales. En première ligne les éleveurs de volailles et de porcs, qui voient augmenter de 30 à 40 % les prix des aliments composés sans pouvoir répercuter ces hausses. Les volaillers travaillent pour des intégrateurs, qui sont aussi des abatteurs et ne révisent leurs contrats qu’une fois l’an. Les éleveurs de porcs européens sont dans une phase cyclique de haute production et pourraient voir les cours chuter une nouvelle fois, alors que flambent les prix des aliments. Sans dépendre du prix des céréales, d’autres paysans et des entreprises de l’agroalimentaire sont confrontés à de graves difficultés en cette année 2007. C’est le cas des vignerons dans le segment des premiers prix, contraints de vendre à perte depuis deux ans. C’est le cas des producteurs de fruits et légumes, victimes d’une réduction des débouchés pour cause de temps maussade, alors que la pluie augmente la proportion de déchets au moment de la récolte. Pour les producteurs, « le prix de la pêche est inférieur de 25 % à la moyenne des prix des cinq dernières années », note Raymond Girardi, secrétaire général du MODEF qui demande au ministre de l’Agriculture d’imposer un « coefficient multiplicateur sur la pêche », afin que la grande distribution rémunère correctement le travail des producteurs au lieu de vendre cher ce qu’elle achète bon marché.


Sale temps pour l’escalope et le biscuit

Il existe une cause commune aux difficultés que vivent les éleveurs de veaux de boucherie et de nombreuses PME de la biscuiterie. Elle est imputable à la réforme de la politique agricole commune de 2003, dont l’une des conséquences a été la baisse du prix du lait durant quatre ans. Cette chute des prix a découragé les vocations et favorisé les conversions de certains éleveurs dans des productions moins contraignantes en termes de charge de travail et d’astreinte causée par la traite. Du coup, la France n’arrive plus à produire le quota national de production laitière que lui attribue l’Union européenne. Conséquence : les stocks de beurre et de poudre de lait ont été réduits à néant. Conséquence de cette conséquence : le prix de la poudre de lait servant d’aliment liquide reconstitué aux veaux de boucherie a augmenté de 80 % en un an. Celui du beurre industriel utilisé dans la biscuiterie a augmenté de 40 à 50 %.

Du coup, la viande de veau est devenue trop chère et les consommateurs s’en détournent. Les prix des biscuits n’ont guère augmenté car les distributeurs continuent de mettre la pression sur les petits industriels de la filière. Mais ces derniers vivent désormais des temps difficiles.

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