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Un article de Sébastien Ganet paru dans l’Humanité du 22 février 2005

Profits à la hausse : La polémique enfle

mardi 22 février 2005 par Sébastien Ganet

Profits et dividendes franchissent le mur du son, les syndicats réagissent vivement, et le gouvernement tente de rester calme. Comment être crédible quand on explique qu’« il faut travailler plus pour gagner plus » au moment où les entreprises engrangent des bénéfices record grâce à des gains de productivité effarants (voir l’Humanité de vendredi 18 février) ? La publication des comptes annuels 2004 tombe à un moment du cycle politique qui n’est pas anodin. D’un côté, le gouvernement et le MEDEF multiplient depuis trois ans les réformes impopulaires pour soutenir la rentabilité des groupes. De l’autre, les partis de gauche ne pouvaient espérer meilleure occasion pour appuyer la contestation sociale, avant la journée de mobilisation du 10 mars.

La fin de semaine dernière a été agitée. Les syndicats se sont indignés, dès vendredi, de l’explosion des profits et des dividendes, qui ne « génèrent ni emploi ni hausse du pouvoir d’achat ». Ils demandent au gouvernement une ouverture rapide de négociations salariales dans le privé comme dans le public. Côté partis politiques, le député PS Henri Emmanuelli (courant Nouveau Monde) a stigmatisé l’« indifférence » du gouvernement « face à la situation sociale » et aux « dividendes indécents » reversés aux actionnaires. Marie-George Buffet (PCF) a jugé « choquant » l’écart entre ces profits et la multiplication des « plans sociaux » et des « délocalisations ». Le phénomène prenant de l’ampleur, Jean-Pierre Raffarin a réagi, vendredi soir : « Je le dis avec conviction. Quand j’entends sur les radios, comme ce matin, le profit fait par un certain nombre d’entreprises, je me dis vraiment que ces entreprises, si elles veulent continuer à faire du profit, il faut qu’elles le partagent. »

jackpot pour les actionnaires

Gêné aux entournures, l’hôte de Matignon s’est trouvé un nouveau credo, le temps de dégonfler la polémique : « Il faut partager avec les actionnaires, avec les salariés et notamment avec les salariés actionnaires. » Outre la pirouette tentant de réconcilier grands actionnaires et salariés, Jean-Pierre Raffarin, un peu comme Jacques Chirac avec la « fracture sociale », essaie de canaliser le mécontentement. L’enjeu est d’éviter que la polémique prenne de l’ampleur avant la journée de mobilisation du 10 mars. La CGT, FO, la CFTC, l’UNSA et l’Union syndicale Solidaires entendent faire des salaires, comme de l’emploi et des conditions de travail, le centre de leurs revendications. Alain Olive (UNSA) juge que privilégier les actionnaires et non les salariés dans le partage des bénéfices « pose problème ». « Quand on voit les résultats financiers des entreprises du CAC 40, on se dit qu’aujourd’hui, c’est le jackpot pour les actionnaires et les fonds de tiroir pour les salariés », s’est exclamé Jean-Claude Mailly (FO). Comme Jacques Voisin (CFTC) et la CGT, il réclame la convocation rapide de la commission nationale de la négociation collective, qui comprend l’État et les partenaires sociaux. Bernard Thibault (CGT) estime que l’explosion des bénéfices est « payée au prix fort » par le « monde du travail ». Annick Coupé (Union syndicale Solidaires) juge que « l’explosion des bénéfices » pose la « question de fond » d’un « plus juste partage des richesses ». Rémi Jouan (CFDT) demande au patronat d’« accepter de parler vrai ». Pour Michel Lamy (CFE-CGC), les « résultats mirobolants » des entreprises du CAC résultent d’une « exploitation forte des salariés et des entreprises sous-traitantes ».

Devant l’ampleur des réactions, le premier ministre a indiqué qu’il ferait fin mars, à l’occasion du projet de loi Gaymard-Jacob, « des propositions pour permettre aux entreprises de développer le droit des salariés en termes d’information et de participation aux fruits de la croissance ». Dans la foulée, dimanche soir, le ministre de l’Industrie, Patrick Devedjian, indiquait sur Europe 1 qu’il serait « juste et habile » que les grandes entreprises françaises partagent les bénéfices avec leurs personnels.

le MEDEF reste silencieux

Jeudi, Hervé Gaymard, ministre de l’Économie, s’est dit « complètement d’accord » avec la nécessité d’une politique des revenus. Les sapeurs-pompiers du gouvernement éteindront-ils la polémique née ce week-end autour des profits ? Les 45 % de hausses des bénéfices annoncés hier par le groupe d’assurances AGF ne devraient pas les y aider. Une perche que les syndicats ne rateront certainement pas le 10 mars prochain. En attendant, le président du MEDEF, Ernest-Antoine Seillière, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet ce week-end. Le silence est d’or, paraît-il.

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