Liste des auteurs

Article de Christelle Chabaud paru dans L’Humanité du 16 décembre 2006

Projets peu endimanchés

samedi 16 décembre 2006 par Christelle Chabaud

Les 24 et 31 décembre tombent cette année un dimanche... Il n’en fallait pas plus, à quelques mois de l’élection présidentielle, pour relancer l’offensive libérale contre la stricte réglementation du travail le dimanche. Depuis l’été, plusieurs décisions de justice ont pourtant obligé Vuitton (sur les Champs-Élysées), Usines Center (à Villacoublay) ou encore la rue des Francs-Bourgeois dans le Marais à Paris à respecter la loi. Mais à la fin de novembre dernier, une rencontre entre Charles Melcer et le ministre du Commerce a créé la fissure. Le président de la Fédération nationale de l’habillement s’est dit prêt à réétudier l’ouverture dominicale de tous les commerces des Champs-Elysées. Un revirement de situation très étonnant pour cette fédération qui, en six ans, est à l’origine de la fermeture de plus de 150 commerces ce jour de repos. Terrain d’explication quelques jours plus tard : le 8 décembre le même ministre Renaud Dutreil déclare qu’il serait « absurde de ne pas pouvoir faire ses courses la veille de Noël ».

Des Fnac aux Carrefour, des Leclerc aux Darty, des Decathlon aux Conforama, dans les faits, beaucoup d’enseignes seront ouvertes, grâce à l’autorisation municipale pour laisser le rideau ouvert cinq dimanches par an (voir page ci-contre). C’est pour cette même raison que les grands magasins Galeries Lafayette, Printemps et Bon Marché seront eux fermés le 24 puisqu’ils auront épuisé leur stock de dimanches. « Ils ont choisi les 3, 10 et 17 décembre, mais s’il y avait plus de cinq autorisations ils ouvriraient le 24 », explique Jacques Perilliat, président de l’union du grand commerce de centre ville. Un assouplissement et un élargissement des dérogations d’ouverture ? C’est la teneur d’une proposition de loi déposée début juillet par le député UMP Pierre Lellouche dans laquelle il propose une libéralisation du travail le dimanche pour toutes les « activités de service en relation directe avec le public ».

En face, les syndicats sont unanimes. Pour protéger les droits des salariés et défendre les commerce de proximité, la CFTC-Paris appelle les consommateurs au boycott des grandes surfaces le dimanche 24. De son côté, la CFE-CGC dénonce « une vision de plus en plus consumériste » de la société. La CGT, elle, prévient que « tous les consommateurs du dimanche pourraient à terme se transformer en salariés du dimanche ». Certaines mairies ont d’ailleurs fait le choix de ne pas délivrer de dérogation pour ouvrir le 24. À Nantes, le maire Jean-Marc Ayrault (PS) a estimé que « les conditions sociales n’étaient pas réunies » pour une ouverture : « En septembre, j’avais rappelé qu’un accord global aurait préservé l’intérêt des salariés, dommage que contrairement à Toulouse ou Rennes cela n’ait pas été possible ».

À Angers par contre, le socialiste Jean-Claude Antonini a tranché sans négociation afin de faire « respecter le repos dominical ».

Pour l’instant, le gouvernement s’est contenté de commander un rapport au Conseil économique et social qui lui sera remis en février. Rien ne devrait bouger d’ici là. Pierre Lellouche a donc décidé de changer de stratégie : il va déposer un amendement à la loi sur la consommation, qui doit être examinée en janvier à l’Assemblée, pour « définir de la façon la plus large possible la notion d’exception touristique afin d’optimiser les ouvertures le dimanche », a indiqué le député au Figaro.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !