Liste des auteurs

Article de Pierre-Yves Dugua paru dans Le Figaro du 26 avril 2006

Quand l’essence chère bouleverse la vie des Américains

mercredi 26 avril 2006 par Pierre-Yves Dugua
Dans certaines villes des Etats-Unis, le prix du gallon dépasse 3 dollars. Un niveau inconnu depuis les ouragans de l’été dernier.

CE N’EST pas encore la révolution, mais la hausse de près de 20% en un mois du prix de l’essence modifie le comportement de consommation des Américains. Le seuil psychologique de 3 dollars pour un gallon d’essence ordinaire (3,8 litres) vient d’être dépassé dans plusieurs métropoles comme New York, Washington, Los Angeles et San Francisco. La moyenne nationale se rapproche chaque jour de 3 dollars, ce que l’automobiliste n’avait pas vu depuis début septembre. Pis, les experts anticipent 3,40 dollars le gallon dès le mois prochain lorsque débutera la driving season, début de la saison des vacances aux Etats-Unis qui coïncide avec une forte hausse de la consommation d’essence.

Or, chaque cent d’augmentation du gallon d’essence retire 1,3 milliard de dollars de pouvoir d’achat aux Américains. 70% des adultes considèrent que la hausse de l’essence leur cause un préjudice financier. Ce n’est probablement pas une coïncidence si, de Washington à San Francisco, les réseaux de transport en commun enregistrent actuellement des hausses notables de leur fréquentation.

Dans la capitale fédérale par exemple, la semaine dernière mardi et jeudi ont représenté les deux journées les plus chargées de l’histoire de Metrorail, le métro local. A Tulsa, dans l’Oklahoma, les autobus municipaux n’ont pas été aussi pleins depuis l’été 2003.

Les marcheurs récompensés

Par ailleurs, de plus en plus d’entreprises redoublent d’efforts pour encourager leurs employés au covoiturage. A Detroit, capitale historique de l’automobile, plusieurs sociétés, comme la banque Comerica, le cabinet comptable PriceWaterhouseCooper et Lawrence Tech University participent à un concours organisé par le Département des Transports de l’Etat du Michigan. Chaque employé reçoit quotidiennement des bons points pour récompenser son recours à des modes de transport autres que l’automobile individuelle. En marchant, en prenant leur bicyclette où en empruntant les « vans » subventionnés par leur entreprise, ces employés pourront ensuite gagner des dîners gratuits dans des restaurants, des bons d’achat dans des magasins ou des abonnements d’autobus...

Les prix élevés de l’essence ont certes affecté la demande de certaines grosses cylindrées dont General Motors et Ford dépendent beaucoup pour leurs profits. Mais selon le cabinet JP Power, toutes marques confondues, les véhicules de huit cylindres ont toujours représenté au premier trimestre près d’un quart des ventes automobiles, soit en gros la même proportion que l’été dernier. Le confort des gros véhicules lourds est difficile à abandonner.

Le président Bush multiplie en tout cas les efforts pour prouver qu’il n’est pas indifférent à une situation qui contribue à la chute de sa popularité.

Insuffisances d’approvisionnement

En septembre 2005, un tiers de la capacité de raffinage et de production du golfe du Mexique avait été paralysé à cause de l’ouragan Katrina. Les Américains avaient alors accepté le sursaut des prix comme une fatalité liée à la catastrophe historique qui frappait leur principal bassin pétrolier.

Aujourd’hui, d’autres facteurs interviennent. Outre l’envolée du prix du baril, la transition des stations services d’un type d’additif antipolluant à un autre se révèle plus complexe que prévu. Il en résulte des insuffisances d’approvisionnement en essence dans certaines régions, comme celle de Washington précisément. Autre source d’inquiétude : le réchauffement des eaux de l’Atlantique, qui fait craindre une nouvelle saison particulièrement riche en ouragans.


Dépèche AFP parue dur lefigaro.fr le 25 avril 2006

Crise du pétrole : les Etats-Unis vont fournir plus de brut

Alors que le prix du pétrole a atteint son plus haut niveau depuis 1983 le 21 avril, à 75,35 dollars le baril de brent, le président américain a annoncé la suspension provisoire de l’approvisionnement de la réserve stratégique américaine.

Suspendre l’approvisionnement de la réserve stratégique de pétrole américaine jusqu’à l’automne pour augmenter la disponibilité de l’or noir sur les marchés. Telle est la mesure exceptionnelle prise mardi par le président américain.

« La réserve stratégique est assez grande pour nous protéger contre toute perturbation dans l’offre ces prochains mois. En reportant les approvisionnements jusqu’à l’automne nous laissons un peu plus de pétrole sur le marché. Chaque petite chose aide », a expliqué George W. Bush, pour justifier cette décision. Les Etats-Unis espèrent ainsi que la hausse des prix du pétrole soit limitée. Bush a également appelé les compagnies pétrolières, qui enregistrent des profits record, à accroître leurs investissements dans des carburants alternatifs, tel que l’éthanol.

Les réserves stratégiques de pétrole des Etats-Unis comptent actuellement quelque 700 millions de barils. Elles sont utilisées en cas d’urgence, notamment pour faire face à une interruption momentanée de l’approvisionnement en brut du pays.

Tensions sur le marché du pétrole

Dès cette annonce, les prix du baril de brent ont reculé, s’établissant à 72,90 dollars contre 75,35 dollars le 21 avril, un record depuis 1983.

Le marché reste néanmoins sous tension alors que Téhéran a laissé entendre mardi qu’il aurait recours à l’arme du pétrole en cas de sanctions « radicales » à son encontre. « L’Iran n’est pas celui qui commencera la crise, mais si nous sommes sujets à des mesures radicales cela aura automatiquement des conséquences importantes sur le pétrole », a ainsi déclaré Ali Larijani, le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale.

Or, les Etats-Unis ont indiqué ces derniers jours que toutes les options étaient sur la table pour forcer l’Iran à cesser d’enrichir de l’uranium, y compris une intervention militaire. Dans cette éventualité, le pays pourrait riposter en réduisant ses exportations de brut, estimées à plus de 2,5 millions de barils par jour ou en bloquant le détroit d’Ormuz, passage stratégique pour le trafic pétrolier. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a donné jusqu’à vendredi à l’Iran pour suspendre l’enrichissement d’uranium.

Par ailleurs, le géant américain ExxonMobil a évacué mardi son personnel « non-essentiel » du principal terminal d’exportation pétrolier du Nigeria, qui traite 650.000 barils par jour, par crainte d’attaques de militants séparatistes. Cette annonce a ravivé les inquiétudes sur l’instabilité de la production au Nigeria, déjà amputée de quelque 20 % (550.000 barils par jour) par de récentes attaques.

Version imprimable de cet article Version imprimable

Forum de l'article

Aucune réaction pour le moment!
Répondre à cet article
 
Propulsé�par SPIP 1.9.2b | Suivre la vie du site  RSS 2.0 | Navigateur conseille Get Firefox! espace prive | Téléchargez le Squelette du site

CSS Valide !