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Un entretien réalisé par Paule Masson paru dans l’humanité du 27 septembre 2005

« Quand tout est épuisé, il reste l’expression de masse »

mardi 27 septembre 2005 par Paule Masson
Tous les syndicats appellent à la journée de mobilisation sur les salaires et l’emploi. Rencontre avec Jacques Voisin, président de la CFTC.

La mayonnaise est-elle en train de prendre pour la journée du 4 octobre ?

Jacques Voisin. La mobilisation s’ancre à partir des territoires des unions départementales et régionales. Le baromètre social que nous réalisons à chaque rentrée confirme que la préoccupation majeure des salariés aujourd’hui, c’est qu’ils veulent être entendus. Les électeurs ont dit dans les urnes le 29 mai dernier qu’il faut que cela change. Mais le gouvernement continue sa politique, sous pression des ultralibéraux. Le 4 octobre doit donc permettre de frapper un grand coup. La suite dépend directement des réponses que va apporter le gouvernement.

Avez-vous le sentiment de ne plus avoir d’autres choix que d’aller à l’épreuve de force ?

Jacques Voisin. Les organisations syndicales sont placées dans une situation ingérable. Par exemple, avant l’annonce du contrat « nouvelles embauches », le gouvernement Villepin nous avait consultés. J’ai la désagréable impression aujourd’hui que les arbitrages étaient déjà rendus avant ces rencontres. On nous prend pour quoi ! Instrumentaliser le dialogue social est inacceptable. Le gouvernement n’écoute que les employeurs. Dans les entreprises, le dialogue social devient du monologue patronal. Nos interlocuteurs nous poussent vers des extrêmes, vers des solutions qui risquent de nous conduire au non-retour. Pour la CFTC, nos règles d’action passent par la concertation, le dialogue, la négociation, la médiation, la grève s’il le faut. Quand tout est épuisé, il reste l’expression de masse.

Vous parlez d’attentes concrètes, quelles sont-elles ?

Jacques Voisin. Elles concernent en premier lieu le pouvoir d’achat. Le gouvernement doit relancer d’urgence le processus de négociations salariales dans les branches et les entreprises. Il doit être le garant de leur réussite. L’autonomie des partenaires sociaux ne vaut qu’à cette condition.

Les gens ont le sentiment que tout augmente sauf les salaires. Après le succès du 10 mars dernier, Gérard Larcher, ministre de l’Emploi, nous a donné l’impression de vouloir débloquer la situation, en nous précisant toutefois qu’il avait peu de moyens. Il a les moyens qu’il veut bien se donner. Sur le principe, nous ne sommes pas d’accord avec les politiques de baisse des contributions patronales qui, rappelons-le, financent la protection sociale. Mais nous sommes encore moins convaincus quand elles sont accordées sans aucune contrepartie pour les salaires ou l’emploi. Quand un salarié emprunte, il doit remplir des conditions draconiennes pour rembourser. Pourquoi l’État allouerait-il des moyens aux entreprises sans conditions ?

Et puis, il devient inévitable de se poser la question d’une juste répartition des richesses. Depuis vingt ans les salariés doivent fournir des efforts alors que la part des richesses qui leur revient n’a cessé de diminuer. Les entreprises du CAC 40 s’apprêtent pourtant à annoncer cette année encore des profits record. On marche sur la tête ! Si on ne s’attaque pas à ce problème, plus rien n’a de sens. Une juste répartition devrait suivre la règle des trois tiers : un pour les actionnaires, un pour l’investissement et un troisième pour les salaires.

Tous les syndicats s’érigent contre le contrat « nouvelles embauches ». Faut-il aussi s’attaquer au problème de la précarité ?

Jacques Voisin. Oui, c’est aussi une urgence. 73 % des embauches se font aujourd’hui sur des contrats précaires et l’entreprise n’est pas sollicitée au niveau du risque qu’elle génère. Elle devrait selon nous payer une surcotisation sociale ou d’assurance chômage, qui serve à sécuriser le salarié. C’est le sens de notre proposition de statut du travailleur. Si le salarié se trouve en sécurité, il retrouve de la liberté, de la prise sur sa vie. Nous pensons comme d’autres syndicats qu’il faut lui allouer des moyens pour faciliter les transitions, en termes de mobilité professionnelle, de formation, de salaire, de sécurité sociale et de prévoyance. Aujourd’hui, les droits sociaux devraient être attachés à la personne et non plus à l’emploi.

Ce que vous préconisez va à l’encontre de toute l’idéologique libérale qui cherche à individualiser les prises de risque pour les faire supporter aux seuls salariés.

Jacques Voisin. Tout à fait. Il faut sortir de cette logique qui nous mène droit dans le mur. Construire de la croissance sur de la précarité n’a aucun sens. Le moment est venu de repenser un projet de croissance pour le pays.

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