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Frédéric Faux | Le Figaro le 22/04/2008.

Quand un géologue français fait entrer le Belize dans l’aventure pétrolière

vendredi 25 avril 2008 par Frédéric Faux
Sans la flambée des cours, Jean Cornec n’aurait sans doute jamais découvert de pétrole dans ce petit pays d’Amérique centrale.

Juin 2005, une heure du matin. Le géologue français Jean Cornec rentre chez lui en maugréant. Le premier puits qu’il vient de creuser dans la terre du Belize, pays oublié d’Amérique centrale, ne donne pour l’instant pas une seule goutte de pétrole. La zone où devait sourdre l’or noir, à 800 mètres de profondeur, n’a rien révélé. Pas de gaz. Aucun indice. Après tout, depuis un demi-siècle, les plus grandes compagnies pétrolières ont exploré le sous-sol du Belize sans jamais rien y trouver.

Belize National Energy (BNE), l’entreprise dont Jean Cornec est le directeur, allait donc connaître la même déconvenue, mais avec des conséquences plus lourdes. « Tout notre investissement initial était passé dans l’achat de la concession d’exploration, sur 200 000 hectares. On n’était même pas sûr de pouvoir financer un deuxième forage, et l’aventure aurait pu s’arrêter là, se souvient le géologue. C’est à ce moment que mon téléphone a sonné. Les techniciens avaient atteint une profondeur de 1 000 mètres… Ils avaient trouvé du pétrole ! »

Trois ans plus tard, le prix du baril a explosé pour dépasser les 115 dollars, et le Belize ne contribuera guère à adoucir la pénurie mondiale. Chaque jour, à peine 3 200 barils sortent des cinq puits de Spanish Lookout, une communauté mennonite située au centre du pays. Chapeau de paille sur la tête, ces protestants rigoristes passent devant les pompes qui s’élèvent et s’abaissent dans un chuintement immuable, sans même détourner la tête. Mais pour ce pays qui fut jusqu’en 1981 la dernière colonie britannique sur le continent américain, et pour ses 300 000 habitants, ces quelques gouttes d’or noir suffisent à alimenter les rêves les plus fous.

Premier contribuable du pays

« On a négocié un contrat avec le gouvernement qui reçoit 65 % de tous les profits, souligne Jean Cornec. En 2006, BNE leur a versé 10,4 millions de dollars, et en 2008 nous serons le premier contribuable du pays. Nous sommes aussi le premier exportateur devant les producteurs de sucre ou d’agrumes, ajoute le directeur du marketing, Daniel Guttierez. Le brut du Belize est très léger, avec peu de soufre, sûrement l’un des meilleurs de la région. Il suffit de le débarrasser de son eau, et de son gaz, pour pouvoir l’utiliser. »

Au siège de BNE, une zone industrielle prise sur la forêt, une station de stockage et des bureaux sont sortis de terre en quelques mois. Avec 400 salariés, à 95 % béliziens, l’industrie pétrolière est devenue l’une des plus importantes du pays. La production couvre la moitié de la consommation nationale, et ce n’est peut-être qu’un début : deux autres puits sont en cours de forage à Spanish Lookout, un autre champ a été découvert à Belmopan, la lilliputienne capitale, soit une réserve totale estimée à 100 millions de barils. « Depuis notre découverte, dix-sept compagnies pétrolières ont acheté des concessions au Belize, rappelle Jean Cornec. L’exploration s’étend même à toute la région, car ce pétrole vient sans doute du Guatemala ou du Yucatan mexicain, d’où il a migré pendant des millions d’années. »

Pour le gouvernement, cette manne pétrolière est providentielle. En 2005, il a dû faire face à des émeutes provoquées par les conséquences de l’insupportable endettement du pays. Aujourd’hui il a retrouvé son crédit auprès des agences de notation et espère investir les bénéfices énergétiques dans le développement du pays. « Le pétrole nous a déjà permis de compenser le déclin qu’ont pu connaître d’autres secteurs comme le tourisme, explique David Gibson, directeur du ministère des Ressources naturelles. Nous avons également plus de fonds disponibles pour mettre en place des programmes sociaux et lutter contre la pauvreté, qui touche 40 % de la population. » BNE, de son côté, promet des lendemains qui chantent avec la possibilité de construire une miniraffinerie, de produire de l’électricité bon marché et avec la commercialisation du gaz dès cette année.

Un simple regard sur un planisphère suffit pourtant à vérifier que le pétrole n’apporte que rarement paix et prospérité. Sur les routes du Belize, des slogans rageurs accusent déjà l’ancien président Saïd Musa, évincé au début de l’année, d’avoir volé l’or noir à son profit. Cette malédiction du pétrole, Jean Cornec ne la croit pourtant pas inéluctable. « Ça n’existe pas, c’est une invention des hommes, assure-t-il. L’argent du pétrole peut parfaitement être utilisé pour construire des écoles, des routes, des hôpitaux… Tout est une question de choix politique. »


Profession : chercheur d’or noir

Dans ses pires cauchemars, Jean Cornec s’imagine employé dans une grande compagnie pétrolière, dans un bureau à la Défense, et des piles de graphiques comme seul horizon. « C’est ce qui m’attendait si j’étais resté en France », soupire-t-il. Sitôt sorti de l’Institut français du pétrole, ce géologue breton va donc prendre des chemins de traverse. En 1984, il est envoyé par la France et les Nations unies au Belize afin d’étudier le potentiel minier de cette jeune nation qui vient tout juste de gagner son indépendance. Il compile la première carte géologique du pays, trouve de l’or, et commence à s’intéresser au pétrole en étudiant les affleurements de roche dans le lit des rivières. « Le prix du pétrole était alors très bas et les explorations précédentes n’avaient rien donné, raconte Jean Cornec, je n’ai pas pu convaincre les compagnies pétrolières. »

Comme beaucoup de ses collègues étrangers, le géologue va sillonner le continent à la recherche des richesses du sous-sol. Il trouve du pétrole au Kansas, tombe sur une très riche veine d’or dans la jungle bolivienne, mais n’oublie jamais le Belize. Une intuition confirmée par la découverte du pétrole, en juin 2005. « Pour un géologue, la chance est une énorme part du succès, surtout dans un pays très peu étudié », rappelle Jean Cornec. Aujourd’hui, il s’est associé avec d’autres géologues pour trouver de l’or…au Nevada.

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