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Entretien réalisé par Natasha Saulnier – L’humanité du 09.10.2008

Rachele Huennek : « Il faut que l’Amérique change de cap »

vendredi 10 octobre 2008 par Natasha Saulnier
Entretien avec la porte-parole du syndicat AFL-CIO, Rachele Huennek.

La pauvreté et les inégalités sont les deux fléaux qui rongent la plus grande puissance mondiale. Avez-vous un plan d’action ?

Rachele Huennek. Les racines de la crise qui engloutit actuellement notre nation sont très profondes. Elles sont le reflet de l’élitisme ancré dans nos règles économiques - une philosophie qui sous-tend le programme économique élaboré par l’administration Bush et qui a également imprégné celui de McCain pendant les vingt-six années qu’il a passées au Sénat. Ces règles favorisent les profits des sociétés et les investisseurs de Wall Street par rapport aux salariés qui construisent nos villes, enseignent à nos enfants et soignent nos blessures.

Nous devons reconstruire l’économie américaine en commencant par ses fondements, en édifiant une économie qui fonctionne pour tout le monde, pas seulement pour une minorité de riches. Il faut que l’Amérique change de cap.

Les premières conséquences concrètes du krach sont-elles déjà perceptibles ? Que préconisez-vous pour lutter contre elles ?

Rachele Huennek. Le 3 octobre, nous avons appris que notre nation avait perdu 159 000 em- - plois en septembre - ce qui porte le nombre d’emplois supprimés cette année à 760 000. Cela devrait faire retentir les sonnettes d’alarme quant à la nécessité de voter pour un ensemble de mesures économiques et d’apporter une aide réelle pour endiguer le flot de saisies immobilières avant de demander aux contribuables de sauver Wall Street. Il est absolument scandaleux que nos représentants consacrent le temps qui leur reste à aider Wall Street, alors que de plus en plus de familles perdent leurs emplois et leurs maisons. Les classes moyennes s’effondrent. Partout dans le pays, de plus en plus de travailleurs font face à un chômage à long terme sans espoir de trouver un emploi ou de payer leurs factures. Ces personnes vont se retrouver à la rue en tant que SDF.

Il est indispensable d’apporter une aide immédiate à ces familles qui supportent les conséquences de notre effondrement économique. Le Congrès devrait passer une loi visant à stimuler l’économie qui aiderait les travailleurs et sauverait Wall Street. C’est le moment d’accroître l’allocation chômage. Une étude révèle que les trois quarts du million de chômeurs recevant actuellement des allocations vont les perdre sans retrouver d’emploi. Nous devons également apporter une aide aux États dont les budgets vont pâtir, compte tenu de l’état actuel de notre économie, et créer de nouveaux emplois en reconstruisant les routes, écoles et ponts en mauvais état.

Que pensez-vous du plan de sauvetage de Wall Street ?

Rachele Huennek. Ce plan est dangereux et mal conçu et n’aurait pas dû être adopté sous cette forme. Notre nation fait face à une vraie crise qui appelle à une action réfléchie et rapide, mais pas hâtive. Les mesures que nous allons prendre à cette étape délicate doivent créer les conditions nécessaires pour un véritable redressement qui bénéficie à Main Street (l’homme de la rue par opposition au secteur financier - NDLR) ainsi qu’à Wall Street. Le Congrès devrait élaborer un autre plan de sauvetage qui serait dirigé par une commission indépendante dotée d’un mécanisme de contrôle transparent, efficace et accessible au public. Il devrait y avoir des garanties que ldes contribuables est dépensé dans l’intérêt du public et que le plan nécessaire ne permette pas à l’élite financière de piller le Trésor. Les institutions participantes doivent céder des actions au gouvernement - une part du capital - en échange des bénéfices tirés du sauvetage.

Il faut employer toute la panoplie d’instruments financiers et juridiques disponibles au gouvernement pour empêcher les saisies et restructurer les crédits des familles. Il faut s’attaquer aux causes de la crise de Main Street. Le Congrès devrait passer un autre plan visant à stimuler l’économie. Il faut également examiner les faiblesses désastreuses de notre système de régulation financière et le système de gouvernance des entreprises qui ont permis à ce désastre de se produire.

Le plan du Trésor ne remplit pas ces critères. Il accorde l’autorité complète à l’administration Bush pour dépenser 700 milliards de dollars d’argent public afin de sauver les institutions de Wall Street qui leur plairont, sans règles ni contrôle indépendant. Ce plan n’aide aucunement les familles qui vont se retrouver à la rue ou ceux qui vont perdre leur emploi et il ne demande pas à ceux qui ont causé cette crise de rendre des comptes.

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