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Pierre Ivorra | L’Humanité du 08.10.2008

Récession

jeudi 9 octobre 2008 par Pierre Ivorra
Vers quels replis la croissance risque-t-elle de se réfugier, avec cette crise financière sans précédent ? La France est entrée en récession d’après les derniers chiffres de l’INSEE et les prévisions, situées entre 0,6 % et 1,1 % pour 2009, sont sans doute optimistes. La zone euro ne devrait pas croître de plus de 1 % en 2009, selon les chiffres officiels. Quant aux économistes et dirigeants américains, ils ne cachent pas leurs craintes. Les signes de dégradation de la conjoncture se multiplient un peu partout. Les pays émergents paraissent mieux résister mais cela risque de n’être que temporaire.

Il y a probablement pourtant encore une sous-estimation de l’impact possible de cette crise financière sur l’économie réelle. Ainsi les efforts faits aux États-Unis, les centaines de milliards de dollars versés ou injectés pour soutenir les banques et les institutions financières défaillantes, ne sont pas sans danger. Pour combler le « trou », les autorités américaines se refinancent elles-mêmes en émettant des bons du Trésor rachetés particulièrement par les banques centrales chinoises et japonaises. On ne peut pas exclure que celles-ci puissent à un moment donné vouloir se débarrasser d’une partie de leurs énormes réserves accumulées avec pour conséquence un effondrement du dollar aux effets dévastateurs.

Nous avons déjà souligné que cette crise est à notre sens l’expression de la contradiction entre l’insuffisance des moyens accordés au développement humain et l’énorme accumulation financière et spéculative réalisée à l’échelle mondiale. Mais il faut encore insister sur le rôle du crédit à la fois dans l’exacerbation de cette contradiction, et celui qu’il pourrait jouer pour la résoudre, pour commencer à sortir de la crise.

On ne le dira jamais assez, les banques ont financé à tour de bras les opérations de croissance externe, de titrisation des dettes, les LBO ont contribué à faire monter la spéculation comme une mayonnaise infernale. Elles l’ont fait en accordant du crédit, avec les encouragements des banques centrales et des politiques publiques, de la droite et d’une certaine gauche, en Europe notamment grâce à l’euro « fort ».

On nous dit maintenant : il y a le feu à la maison, on ne peut pas rester sans rien faire, il faut réaliser une véritable union sacrée pour éteindre l’incendie et donc verser encore des mlliards de dollars, d’euros, de yens pour éviter l’abîme. Aux États-Unis, on a fait le forcing pour faire adopter le plan du gouvernement fédéral de création d’un fonds de 700 milliards de dollars destiné à racheter tout le « pourri » qui traîne dans les coins. Mais s’agit-il « d’assainir » pour permettre aux mêmes ou à leurs frères de refaire du « pourri » ? On ne peut évidemment pas rester sans rien faire, il faut agir vite et pour cela définir les conditions, revoir les règles du financement de l’économie par les banques, sans attendre. Afin de faire tout autre chose.

Cela implique évidemment des changements importants. Ainsi, en France particulièrement, le budget de l’État pour 2009 a des allures de « pousse-au-crime », il semble fait pour amplifier le recul prévu de la croissance. Le Parti socialiste, lui, réclame à l’opposé des mesures de relance. Certes, mais que faut-il relancer ? La croissance financière, aider EDF à racheter un autre grand de l’énergie après avoir absorbé British Energy ? Au niveau du crédit bancaire, ce n’est pas qu’un problème de quantité à délivrer. Il s’agit de faire prévaloir des exigences sur la nature de ces crédits, leur objet, leurs objectifs afin de favoriser l’investissement, la production, la recherche, la formation plutôt que la rentabilité financière. C’est une question cruciale pour éteindre l’incendie.

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