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Article de Alain Raynal paru dans L’Humanité du 5 juillet 2006

Relaxe pour quatre jeunes anti-CPE toulousains

mercredi 5 juillet 2006 par Alain Raynal
Une enquête de la police des polices est en revanche ouverte sur les agissements répressifs de la brigade anticriminalité lors de l’occupation des voies ferrées de la gare Matabiau.

Quelques minutes à peine après les plaidoiries des deux défenseurs, la présidente du tribunal correctionnel a prononcé, hier matin, la relaxe pour tous les quatre, en raison de « faits non avérés ». Dans son réquisitoire, la représentante du parquet avait demandé pour chacun 500 euros d’amende. Antoine, dix-neuf ans, étudiant en informatique, Romain, vingt et un ans, en biologie, Nicolas, vingt et un ans, en éducation physique et sportive, et Frédéric, dix-neuf ans, lycéen, étaient poursuivis pour avoir occupé les voies ferrées SNCF aux côtés de plusieurs centaines de jeunes opposés au CPE lors d’une manifestation le 6 avril dernier en gare Matabiau. Ils étaient accusés d’avoir « contrevenu aux dispositions concernant l’intégrité des voix ferrées et entravé la circulation des trains ». Une accusation fondée sur des textes, dont un datant de mars 1942, interdisant « le stationnement de voitures ou d’animaux », comme le note Me Raphaël Darribère, dénonçant « la singularité et l’injustice » des poursuites.

Les quatre jeunes reconnaissent tous avoir participé à l’action de blocage de la voie ferrée à l’issue de décisions majoritaires prises en assemblée générale dans les universités toulousaines. Ils assument pleinement leur présence dans les puissantes mobilisations contre le CPE, tout en refusant d’être considérés comme des meneurs du mouvement.

Si cette manifestation du 6 avril, à la gare Matabiau, frappe toujours les esprits à Toulouse, on le doit en revanche à l’intervention particulièrement violente et provocatrice des forces de police à l’encontre des jeunes manifestants. Les quatre témoins cités par la défense apportent une série d’éclairages qui en disent long sur la volonté de répression du pouvoir qui s’obstine alors contre vents et marées, et surtout contre l’immense majorité de l’opinion publique, à maintenir la loi prétendue « d’égalité des chances ».

Conducteur SNCF et élu CGT, Éric Ferreres, qui, ce jour-là, tente de jouer les médiateurs, confirme qu’un accord avait été validé par la direction régionale de la SNCF et les jeunes manifestants. Ces derniers acceptant de quitter les voies en échange d’une prise de parole dans le hall de la gare afin d’informer le public sur le sens de leur lutte. « La police est passée outre, elle est alors intervenue pour une évacuation hors du commun avec une violence extrême. » Simone Lantin, responsable administrative à l’université du Mirail et mère de deux jeunes engagés dans la lutte anti-CPE, raconte comment elle a vu les policiers en civil, placés derrière les cordons de CRS, frapper durement des jeunes à coups de matraque. « Des jeunes tombaient, des gens hurlaient, des chaussures volaient. » Laure, étudiante et manifestante, dénonce aussi la violence policière. « Ils nous ont encerclés et nous ont serrés comme dans un étau, nous tombions les uns sur les autres. » Même constat du côté d’Hervé Larroze, maître de conférences : « Nous pouvons tous témoigner qu’il y a eu volonté de réprimer fortement alors que les jeunes restaient pacifiques. Le commissaire divisionnaire n’était pas là pour négocier mais pour aller à l’affrontement. »

L’autre défenseur, Me Julien Brel, revient sur le contexte politique et revendicatif au moment de l’action à la gare Matabiau. « En face de manifestations en France toujours plus massives, le gouvernement s’arc-boute alors dans une position intenable : il veut faire des exemples en sanctionnant fortement des jeunes et demande à la justice de venir à sa rescousse. » Les deux avocats se félicitent d’apprendre le matin même dans la Dépêche du Midi que l’inspection générale de la police enquête sur les agissements à Toulouse de la brigade anticriminalité (BAC) lors de cette manifestation.

« Toute la lumière doit être faite sur les violences policières, les enquêtes en cours doivent établir clairement les responsabilités », exigent les animateurs des collectifs antirépression de la région toulousaine venus hier matin soutenir les quatre étudiants.

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