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Un article de Lénaïg Bredoux paru dans l’Humanité du 18 février 2005

Renault ou « la gestion par le stress »

vendredi 18 février 2005 par Lénaïg Bredoux
Le constructeur automobile affiche un résultat net en hausse de 43 %. Les salaires, eux, n’augmentent que de 4,65 %, tandis que le groupe emploie entre 15 000 et 18 000 salariés en situation précaire

Louis Schweitzer ne voulait surtout pas rater sa sortie. Pari réussi. Le PDG de Renault, qui, atteint par la limite d’âge, quitte ses fonctions en avril, a annoncé, la semaine dernière, des résultats record pour 2004. Les chiffres sont éloquents : le résultat net grimpe de 43 % par rapport à l’année précédente avec un bénéfice de 3,5 milliards d’euros ; le chiffre d’affaires - 40,7 milliards - s’établit en hausse de plus de 8 % ; la marge opérationnelle atteint 5,9 %.

« Les résultats sont d’un haut niveau, admet Philippe Noël, délégué central de la CGT Renault, mais il faut voir comment sont produits ces chiffres. Depuis dix-huit ans que Louis Schweitzer est à Renault, et depuis 1992 qu’il est PDG, il a mené d’une main de maître une politique de grand patron d’industrie. » C’est lui, l’ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius, qui a obtenu la privatisation de Renault en 1996, lui qui a justifié la fermeture de l’usine Vilvorde en Belgique, et lui qui a totalement transformé l’organisation du travail. « Il fait aujourd’hui la démonstration que la flexibilité a un haut niveau de rentabilité. C’est à faire pâlir d’envie les entreprises américaines ou allemandes ! »

Difficile d’imaginer Renault, ancien modèle social, en chantre de la casse des acquis. Pourtant, la réalité est bien là. Par exemple à Sandouville, près du Havre (Seine-Maritime). « Des gens qui travaillent du lundi au vendredi peuvent tout à coup devoir travailler le samedi et pas le lundi. Les semaines sont complètement éclatées, explique Philippe Noël, depuis son local de Boulogne. Ils ont même des jours de chômage technique. Et avec moins de jours travaillés, on peut même produire autant, voire davantage, de véhicules. En gros, au lieu de courir le 100 mètres en 3’’, ils le font en 2’’. Les cadences sur les chaînes de montage, ça détruit moralement et physiquement les salariés. »

L’année dernière, Renault a dû également se justifier devant les tribunaux du recours intensif aux intérimaires. Depuis le début des années quatre-vingt-dix, la pratique est devenue systématique. « À l’usine de Douai, en juillet-août 2004, on est allé jusqu’à 70 %, voire 80 % d’intérimaires ! dénonce Philippe Noël. Si l’on ajoute des prestataires recrutés en ingénierie, on arrive à 15 000-18 000 salariés précaires dans le groupe. » Le phénomène est banal : les intérimaires, fragilisés dans leur emploi, acceptent plus facilement des conditions de travail dégradées. Conséquence : les salariés permanents sont mis en porte-à-faux vis-à-vis de la direction.

« Renault, c’est la gestion par le stress », lance la CGT, majoritaire chez le constructeur. Ainsi, « quand on négocie 2,1 % d’augmentation générale de salaire pour 2005, entre 11 et 15 % des cadres en sont exclus ». Pourquoi ? Celui qui a été absent, moins « performant » ou insolent est puni. « C’est pour qu’ils aient encore plus la tête dans le guidon. Et ce n’est pas tant pour les cadres sanctionnés que pour tous les autres. » Comme un avertissement.

Comment s’étonner alors que, malgré des résultats record, les mesures salariales chez Renault n’atteignent pour 2005 que 4,65 % ? Lundi, tous les syndicats, à l’exception de la CGT, ont signé l’accord. Le syndicat majoritaire dénonce, lui, la faiblesse de l’AGS - l’augmentation générale des salaires (2,1 %). « On ne négocie plus les salaires, on prend seulement en compte les résultats », explique Philippe Noël.

En effet, Renault a annoncé un intéressement particulièrement élevé pour 2005, au vu de ses bénéfices. « Le talon minimum est de 3 223 euros brut par salarié, alors que 40 % du personnel gagne 1 300 euros par mois. » Difficile dans ces conditions de mobiliser les salariés. Le syndicaliste le sait : « Renault, c’est le laboratoire social du MEDEF. »

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