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Jean Christophe Le Duigou L’Humanité Hebdo du 24 juin 2010

Retraite : juste le temps de mourir ?

vendredi 23 juillet 2010 par Jean-Christophe Le Duigou

La fixation à 62 ans de l’âge auquel les salariés pourront faire valoir leur droit à la retraite serait un important recul social. La brutalité du processus que le gouvernement prévoit de mettre en oeuvre sur six petites années, d’ici à 2016 n’a pas d’équivalent dans les autres pays européens. Les auteurs du projet, enfermés dans leur approche financière, cédant à la pression des banques et des agences de notation, ne semblent pas comprendre qu’ils sont en train de porter atteinte à ce qui est considéré, par une majorité de salariés, comme une liberté chèrement acquise.

Revenons brièvement sur l’histoire des trente dernières années.

L’abaissement de l’age de la retraite de 60 a 65 ans, en 1982, n’a pas été vécu comme acquis social parmi d’autres. Pendant 2 décennies, l’âge de la retraite avait été à peine supérieur à l’espérance de vie ouvrière. Un travailleur manuel sur 2 avait peu de chance de dépasser le seuil de 65 ans et de jouir pleinement de la retraite.

Le passage à 60 ans, combiné à une amélioration de l’état de santé, a été la reconnaissance, pour la majorité des ouvriers et des employés, d’un droit à une période conséquente de retraite en bonne santé comme les autres catégories sociales. Le salarié de la sidérurgie, le travailleur posté, l’ouvrier de l’industrie chimique, le travailleur de la construction, tous ont pu enfin considérer qu’ils allaient bénéficier pleinement d’une retraite méritée.

La réforme gouvernementale, en reculant de 2 ans l’âge du départ à la retraite, ne suprime bien sûr pas cette perspective, mais elle amputerait en moyenne, pour un ouvrier, d’un sixieme une periode de retraite qui est déjà d’un tiers plus courte que celle d’un cadre supérieur ! Est il dès lors étonnant que la réforme soit vécue comme foncièrement injuste ?

C’est d’une autre manière ce que traduit le dispositif censé "prendre en compte de la pénibilité du travail". Ce dispositif est révélateur de la conception que de la retraite que le gouvernement veut imposer.

Le ministre du travail qui suit en la matière la position patronale, rejetée unanimement par les syndicats à l’issue de trois ans de discussions, de refuse à reconnaitre la "pénibilité" d’un certain nombre de postes de travail. Aussi, Eric Woerth propose seulement de ne pas appliquer le recul de deux ans de l’âge de départ à la retraite aux salariés bénéficiant d’une rente pour maladie professionnelle ou accident du travail qui se sont vu reconnaitre une incapacité au moins égale à 20%. A titre indicatif, celà supposera que le salarié ait une acuité visuelle ne dépassant pas trois dixièmes, ou qu’il connaisse des troubles phlébitiques graves. Mais la pose d’un stimulateur cardiaque, le diagnostic d’un régime de tension élevé, d’un anévrisme arério véneux, d’une hernie irréductible, n’ouvriront pas ce droit.

Au total, le gouvernement évalue à dix mille cas par an le nombre de travailleurs qui pourraient bénéficier du dispositif. soit à peine plus de un pour cent des départs annuels en retraite. Pour La CGT c’est au moins un travailleur sur six qui devrait être concerné.

Le Président de l’association Santé et Médecine du Travail a déclaré que ce dispositif est "d’une bétise hallucinante". comme on peut supposer que les rédacteurs du projet de réforme du gouvernement ne sont ni incompétants ni incohérents, force est d’aller chercher dans les conceptions même qui président à la réforme l’explication de cette absurdité.

Eric Woerth L’a dit : il ne veut prendre en compte que les travailleurs "usés". Quel aveux ! Ses objectifs sont clairs : substituer un constat médical à une approche sociale, ne retenir qu’une approche individuelle en lieu et place d’une dimension collective. Dans cette conception la retraite n’est plus un droit à une période conséquente de la vie en bonne santé. Elle redevient une simple protection contre le fait de ne plus pouvoir travailler en raison d’une maladie professionnelle ou d’un accident du travail.

On est bien face à un recul social majeur.

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