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Pierre Laurent Yves Housson et Sébastien Crépel | L’Humanité du 29.04.2008

Retraites : la bataille est lancée

samedi 3 mai 2008 par Yves Housson, Sébastien Crépel, Pierre Laurent
annuités . Le gouvernement veut imposer 41 ans de cotisations à une opinion majoritairement hostile. Le ministre Xavier Bertrand consacre tous ses efforts à escamoter le débat.

Le document remis hier aux organisations syndicales par le ministre Xavier Bertrand est une bombe. Présenté comme un « ensemble équilibré » issu des concertations qu’aurait menées le gouvernement, le texte entérine en fait une nouvelle régression grave des droits à la retraite. Il ne retient que ce qui avait été décidé à l’avance par Nicolas Sarkozy en partenariat avec le MEDEF, c’est-à-dire pour l’essentiel l’allongement de la durée de cotisation et l’encouragement à travailler plus vieux. La seule mesure de financement annoncée est un « redéploiement au sein de la protection sociale ». Faire passer ces décisions pour un règlement d’avenir du problème des retraites relève de l’escroquerie pure et simple.

tous concernés

Voilà pourquoi l’Humanité a décidé la publication intégrale et commentée de ce texte. Il faut le faire connaître, le faire circuler, ouvrir partout le débat sur ses conséquences et ses incohérences. Nous mettons également ce texte en ligne sur notre site Internet afin d’en favoriser la diffusion et la discussion. Hier, le titre de une du Figaro donnait le ton : « Xavier Bertrand lance la bataille des 41 ans ». Celui du Parisien et d’Aujourd’hui en France aussi, mais pour cette fois remarquer que sur le sujet « Les Français sont divisés ». Le journal publie un sondage CSA dans lequel 48 % des Français (contre 46 %) et 53 % des moins de 30 ans sont opposés aux 41 années de cotisation. Le gouvernement veut passer en force, sans débat, parce qu’il est en difficulté dans l’opinion. Il sait qu’une explication franche déboucherait presque à coup sûr sur une très large mise en minorité de ces propositions, chez les salariés du privé comme du public, car cette fois il ne pourra jouer l’opposition entre les uns et les autres : tous sont concernés. Tout va donc être fait par le gouvernement pour escamoter le débat, tout en abusant de mots sur la concertation. Faire la clarté suppose dans ces conditions de prendre en charge ce débat public refusé aux citoyens et aux salariés, en déployant pour cela l’information et l’explication maximum.

pour ouvrir le débat

L’initiative que nous prenons est au service de cette démarche de transparence et de démocratie. Notre ambition est de contribuer dans le même mouvement à un débat de propositions alternatives. Car non seulement le plan gouvernemental est régressif mais il ne résout de surcroît aucun des problèmes posés. C’est un plan nocif socialement et économiquement à très courte vue. Dans un mois de mai qui s’annonce chargé de mobilisations, nous souhaitons concourir à faire émerger de cette effervescence des solutions nouvelles.


Les syndicats rejettent le projet

La CGT appelle à une riposte unitaire lors des défilés du 1er Mai. Réunion intersyndicale ce soir sur une initiative nationale interprofessionnelle.

Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT :

« Les mesures du gouvernement sont gravissimes pour les salariés et l’avenir de leurs retraites (…). Au final, il faudra travailler plus, plus longtemps pour gagner moins, d’où un ensemble de mesures destinées à cumuler plus systématiquement emploi et retraite » (…) estimant que le gouvernement, « de fait, fait disparaître le droit » à la retraite à soixante ans. « Il y a une diminution du niveau des retraites, des pensions, qui appelle à repenser le système de financement des retraites. Or, aujourd’hui, le gouvernement n’emprunte pas de voies nouvelles pour assurer le financement des retraites, il demande toujours plus de sacrifices aux salariés ». Il a appelé à une mobilisation unitaire le 1er Mai.

Gaby Bonnand, secrétaire de la CFDT :

« Le passage à 41 ans n’est pas d’actualité, les conditions ne sont pas réunies, même si nous ne sommes pas hostiles par principe à un allongement de la durée de cotisation. »

Jacques Voisin, président de la CFTC :

« Il ne peut pas y avoir de prolongation de la durée de cotisation sans que les autres questions soient regardées. Tant qu’on n’a pas fait le tour des autres solutions sur les recettes, le financement, la question de la pénibilité, nous rejetons l’allongement de la durée de cotisation. » Il s’est déclaré « favorable » à une action unitaire « pour faire bouger les choses ».

Bernard Van Craeynest, président de la CFE-CGC :

Le texte « reste un document d’orientation, et il n’y a pas de mesures concrètes qui permettent d’envisager qu’on va atteindre les objectifs. Tout reste à construire, et il nous semblait essentiel de fixer un objectif à 2010 pour mesurer la productivité des mesures en question. »

Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO :

« J’ai expliqué à différentes reprises que 41 ans de cotisation, ça conduisait à travailler plus pour gagner la même chose, ou moins (…). Dans le schéma qui nous a été distribué, qui s’en sort bien ? Le patronat. On ne demande rien aux entreprises (…) Ça conduit progressivement à aller vers un système de retraite individuelle. Quand vous mettez des surcotes, des décotes, vous mettez des bonus, on va vers une logique individuelle. » Dans ce contexte, Jean-Claude Mailly a jugé nécessaire une mobilisation de l’ensemble des organisations syndicales.

Jean-René Buisson, du MEDEF :

« Un certain nombre de mesures ont été confirmées par Xavier Bertrand, comme les 41 ans. Ça nous paraît effectivement un minimum (…). Nous avons eu la certitude que la dispense de recherche d’emploi allait être supprimée. Ça nous paraît effectivement un élément important, positif, pour que l’emploi des seniors s’améliore. »

Jean-François Roubaud, président de la Confédération générale des petites et moyennes entreprises (CGPME) :

« C’est un projet qui est globalement bien équilibré où l’emploi des seniors est mis en avant, les pensions de réversion, le minimum de retraite (…). Ça me paraît être un bon projet. »

PCF :

« Nicolas Sarkozy prétend que l’allongement de l’espérance de vie impose pour seule et unique solution d’allonger la durée de cotisation. Derrière une apparence bêtement logique se cache une dramatique impasse. 50 % des retraités touchent une pension inférieure au SMIC, les salariés ont de plus en plus de mal à atteindre le nombre d’années de cotisations et enfin, l’espérance de vie d’un cadre est supérieure à celle d’un ouvrier. Ces statistiques démontrent que le gouvernement conduit la France vers la fin pure et simple du régime de retraite. »

François Hollande, premier secrétaire du PS, interrogé sur le passage à 41 ans de cotisation, a déclaré :

« Si on a du travail jusqu’à la période qui permet de partir en retraite avec ses droits pleins, alors oui, pourquoi pas ? Sauf que là, le préalable, c’est le travail des seniors. » Et il a poursuivi : « On peut allonger la durée de cotisation à 41 ans, 42 ans, mais si au-delà de 55 ans vous n’êtes pas en situation d’allonger vos droits, vous aurez une diminution de votre niveau de pension. C’est un marché de dupes. »

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