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Carine Clément | L’Humanité du 13 avril 2007

Réveil syndical en Russie ?

vendredi 13 avril 2007 par Carine Clément
Moscou . Dans un pays où la loi du profit s’impose avec force, profitant de la désorganisation du monde du travail, on note ces jours-ci un net regain de mobilisation sociale.

Grève des salariés de Ford début février, journée nationale de solidarité avec les syndicats alternatifs le 18 mars, grève des camionneurs de la poste de Saint-Pétersbourg le 3 avril. Ce ne sont là que quelques faits, parmi les plus frappants, illustrant le redémarrage des luttes syndicales de ces derniers mois en Russie.

Encouragés par l’exemple de Ford (dont l’usine est située dans la région de Saint-Pétersbourg), les salariés de la poste ont sauté le pas. Mi-mars, ils ont créé un nouveau syndicat, la partie la plus militante quittant les rangs de la confédération traditionnelle FNRP (Fédération des syndicats indépendants de Russie). Les 3 et 9 avril, ils ont conduit leurs premiers mouvements de grève. Les revendications touchent au salaire, aux conditions de travail, à la reconnaissance du syndicat et à l’amélioration du service public postal.

Dans la même région (à Vsevolojsk, la localité où se trouve l’usine Ford), les salariés de la fabrique d’emballage de thé Nevski Porogi se sont organisés eux aussi en syndicat alternatif, également dans la foulée de la grève chez Ford. La différence est qu’auparavant depuis les six ans que fonctionne l’usine n’existait aucune structure syndicale, ce qui permettait au patronat d’agir à sa guise. Au coeur du conflit : la promesse non tenue du directeur de doubler la rémunération des journées de travail coïncidant avec les fêtes de fin d’année 2006. Début avril, les salariés menacent de se mettre en grève s’ils n’obtiennent pas satisfaction sur leurs revendications : hausse du salaire, double rémunération du travail effectué pendant les fêtes, mise à disposition d’un local pour le syndicat, admission dans l’entreprise d’un inspecteur du travail indépendant, etc. Pour l’heure, les dirigeants du syndicat subissent de terribles pressions patronales. Néanmoins, grâce à la solidarité syndicale qui s’est tout de suite organisée, les syndicalistes tiennent bon. Boris Khomiak, adjoint au président du syndicat, le confirme à l’Humanité : « Les salariés, dit-il, sont déterminés à ne pas céder et à aller jusqu’au bout pour obtenir satisfaction de leurs revendications. »

D’autres régions sont touchées. À Perm (Oural), le 4 avril une nouvelle organisation syndicale a été fondée par les salariés de la gare routière municipale, qui a adhéré à la Confédération syndicale indépendante Zachita truda (Défense du travail). Le déclic a été provoqué par le projet de « restructuration » de l’entreprise municipale, qui fait craindre aux salariés des licenciements massifs. La présidente du nouveau syndicat, Natalia Tchernikova, annonce que le syndicat s’apprête à se battre pour le maintien de l’emploi et la négociation d’un nouvel accord collectif permettant aux salariés de contrôler la « restructuration ».

À Tolliati (région de Samara), dans l’usine General Motors-AvtoVAZ, le 23 mars, à l’issue d’une lutte de plusieurs mois, ponctuée par des actions de solidarité de toutes sortes et par des démêlés judiciaires à rebondissements, la présidente du syndicat indépendant Ilsiar Charafutdina est réintégrée à son poste, le tribunal du district ayant reconnu illégal son licenciement (datant du 17 novembre 2006). La direction de la multinationale est condamnée à payer des indemnités.

À Moscou, le 26 mars, la veille du piquet de grève préparé par le syndicat de l’usine de cigarettes Gallaher Liggett-Ducat (affilié à la FNPR et membre de l’Union syndicale internationale des travailleurs de la branche alimentaire IUF), la direction a fini par céder et a satisfait les principales revendications des salariés. En particulier, ont été réintégrés à leur poste deux syndicalistes illégalement licenciés.

À Iaroslavl (au nord de Moscou) dans la brasserie Iarpivo appartenant au groupe Baltika, début mars a été créée une cellule syndicale indépendante affiliée au syndicat des travailleurs de la vente et des services. La mobilisation a été provoquée par une série de licenciements et par l’intensification drastique des cadences.

La liste pourrait encore être prolongée. Retenons que le mécontentement monte à la base, surtout dans les grandes sociétés russes ou les multinationales où les salaires sont certes plus élevés que la moyenne, mais où les conditions de travail empirent sous la pression de l’élévation des cadences, de l’augmentation des exigences de productivité et de la course au profit.

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