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Christian LOSSON | Libération le 9 mars 2007

Robert Bell, président du département de sciences économiques du Brooklyn College. « Dans cinq ans, la bulle verte sera explosive »

vendredi 9 mars 2007 par Christian LOSSON

Robert Bell est président du département de sciences économiques du Brooklyn College, à New York. Il vient de publier la Bulle verte [1].

Une entreprise spécialisée dans le nucléaire doit-elle se diversifier dans les énergies alternatives ?

Evidemment. Ne pas le faire, c’est une catastrophe pour Areva, et pour la France. La ruée vers l’or vert va être colossale, à commencer par l’éolien. Il faut dès à présent y investir massivement. L’Espagne (avec Gamesa, 18 % du marché mondial), le Danemark (Vestas Wind Systems, 34 % du marché total) ou l’Allemagne ­ qui, avec REpower, a la seule firme mondiale qui fabrique des éoliennes offshore de plus de 5 mégawatts, qui préfigurent l’avenir ­ l’ont bien compris. Et la France devrait se doter d’une véritable industrie d’énergie verte, comme l’éolien. Même si elle doit aussi faire face, paradoxalement, au lobby du tout nucléaire, la présidente d’Areva l’a compris. Mais on ne peut pas dire la même chose de celui qui préside le ministère des Finances. Dommage, d’autant que d’ici dix à quinze ans, la plupart des projets de nouveaux réacteurs seront à un moment ou à un autre arrêtés sous la pression de l’opinion publique.

Va-t-on assister à une révolution énergétique qui va conduire à des investissements colossaux ?

Plus personne ne pourra ou ne voudra acheter du pétrole bientôt. La fin du pétrole va être brutale. Les firmes pétrolières le savent bien, qui limitent leurs investissements dans des nouvelles prospections ou de nouvelles technologies. Et se mettent au vert, à l’image de BP qui parle d’injecter 8 milliards de dollars. Mais, à l’image de la démission des politiques sur le réchauffement climatique, ce n’est pas à la hauteur des enjeux. La révolution, ce sont paradoxalement les compagnies d’assurances, qui s’alarment du coût des dévastations climatiques comme le cyclone Katrina, qui peuvent pousser à sortir de la dépendance de l’énergie fossile.

La frénésie du renouvelable, selon vous, mènera à une « bulle verte » plus grosse que la bulle Internet.

C’est inévitable. Parce que la vitesse et l’ampleur des investissements dans ces nouvelles énergies vont dépasser, et de loin, ceux de la bulle Internet des années 2000. Si, à l’époque, la bulle était très ciblée sur l’Europe, le Japon et les Etats-Unis, la frénésie, comme la bulle, seront cette fois planétaires. Alors qu’Internet était immatériel, la révolution énergique touche tout ce qui est matériel sur terre...

Quand débutera cette bulle ?

On voit les prémices d’un marché haussier en Allemagne, ou en Espagne. Elle commence, comme la bulle Internet avait débuté en 1995. Dans cinq ans, la bulle verte sera explosive, elle aura provoqué une spéculation irrationnelle et exubérante. Même les managers les plus rétrogrades de la planète vont réaliser la valeur des entreprises de la nouvelle énergie propre (éthanol, hydrogène, photovoltaïque ou éolien) ou dérivé (batterie, voiture hybride, etc.)...

[1] Editions Scali, 24 €.

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