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Entretien réalisé par Anne Roy | L’Humanité du 7 mai 2007

Rolf Büttner : « 250 000 emplois supprimés en Europe »

samedi 9 juin 2007 par Anne Roy
Rolf Büttner, du syndicat VerDi (Allemagne) et président d’UNI-Europa Poste revient surl es effets de la libéralisation des services postaux.

Quel bilan tirez-vous des premières privatisations des services postaux en Europe ?

Rolf Büttner. Il y a dix ans a eu lieu la première grosse vague de libéralisation. La Commission avait dit : tout ira mieux, les services seront meilleurs et il y aura plus d’emplois. Si nous regardons en arrière, nous constatons que la situation a empiré. Il y a en Europe moins de bureaux de poste, moins de boîtes à lettres, les trajets jusqu’aux bureaux de poste se sont allongés. Et nous estimons que, dans les dix dernières années, environ 250 000 emplois ont été supprimés en Europe. Nombre de ceux qui ont été conservés sont précaires, avec des salaires de misère : c’est ce qu’a mis en lumière une étude que nous avons faite sur le marché du travail dans les services postaux en Allemagne.

Quels seront les effets d’une libéralisation totale ?

Rolf Büttner. Nous craignons qu’une libéralisation totale en Europe ne se solde par un dumping social et salarial et que les entreprises postales se fassent concurrence d’un pays à l’autre. Par exemple, la poste hollandaise TNT pratique en Allemagne des salaires largement inférieurs à ceux que nous avons négociés par l’intermédiaire de VerDi et 32 000 emplois sont menacés en raison de ce dumping. À l’inverse, la Deutsche Post travaille aux Pays-Bas, avec des salaires inférieurs de 66 % à ceux pratiqués par la poste hollandaise. En conséquence de quoi 7 000 emplois doivent être supprimés aux Pays-Bas. Une libéralisation totale empêche toute protection des emplois. Nous devons mettre en garde la Commission européenne que l’ouverture du marché ne s’accompagne pas d’un dumping social et salarial en Europe. Les emplois en place doivent être protégés.

Et en ce qui concerne les usagers ?

Rolf Büttner. Nous voulons conserver un service universel pour tous les citoyens européens, afin que chacun, même dans les campagnes ou sur les îles, puisse obtenir des services de qualité équivalente. Pour mémoire, la Grèce compte 220 îles. Chaque citoyen qui y vit doit avoir accès aux mêmes services que les autres. Ce qui vaut également pour certaines zones reculées en Allemagne ou en France. Ce service universel doit pouvoir être financé. Les sociétés de postes cotées en Bourse obéissent à une logique capitalistique pure et, aux yeux des actionnaires, le profit prime sur l’intérêt des citoyens.

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